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Dix fois plus d'appels pour des abus chez les jeunes

Nora T. Lamontagne | Le Journal de Montréal

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Confinés à la maison, dix fois plus d’adolescents en détresse ont contacté Tel-Jeunes pour dévoiler des abus sexuels ou physiques dont ils auraient été victimes qu’à la même période l’an dernier. 

En mai 2019, environ 70 interventions de crise de l’organisme concernaient des abus sexuels ou physiques. Au cœur de la pandémie, ce nombre est grimpé à près de 800 au cours du mois de mai 2020, révèlent des données fournies par l’organisme.

Chez Jeunesse J’écoute, les conversations par texto au sujet de l’abus physique ont également augmenté de 31 % depuis le début du confinement au Québec.

« Des dévoilements comme ceux-là, c’est alarmant... Mais c’est une bonne nouvelle que les jeunes puissent en parler », affirme la coordonnatrice au développement des contenus de Tel-Jeunes, Myriam Day Asselin.

Loin des yeux 

Cette hausse importante des dévoilements de maltraitance et de violence sexuelle chez les adolescents peut s’expliquer en partie par l’absence du réseau de soutien qu’est l’école, estime la chercheuse spécialisée en violence sexuelle chez les jeunes Karine Baril.

Du jour au lendemain, les élèves ont perdu contact avec leurs amis, leurs enseignants ou leur psychologue scolaire, qui auraient pu les épauler, leur servir de confident ou alerter les autorités.

« Si la famille a été maltraitante ou négligente, il n’y avait plus personne pour le voir », résume Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

La poule ou l’œuf? 

La période de confinement a-t-elle provoqué une hausse réelle des abus sexuels et physiques envers les jeunes ou seulement une hausse de signalements via les lignes d’écoute?

Il s’agit d’une question délicate à laquelle les données disponibles ne permettent pas de répondre, selon la chercheuse Karine Baril.

D’un côté, les violences pourraient avoir réellement augmenté, dans un contexte où les jeunes ont été confinés chez eux et plus susceptibles d’y avoir été exposés.

De l’autre, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) remarque des baisses de signalements dans plusieurs régions qui vont à l’opposé des données de l’organisme.

Mme Baril croit que demandes d’aide formelle qui avaient lieu dans un contexte scolaire ont possiblement été redirigées vers des services d’aide téléphonique comme Tel-Jeunes, Jeunesse J’écoute, ou 1888 APPELLE. 

Les intervenants de Tel-Jeunes ont d’ailleurs été 30 % plus sollicités qu'à l'habitude depuis le début de la pandémie. «Ça démontre bien l’importance de ce type d’organisme», conclut la chercheuse.   

  • Il est possible de contacter Tel-Jeunes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, au 1 800 263-2266