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La retraite anticipée bien moins tentante pour les employés de l’État

Daniel Germain | Journal de Montréal

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Illustration Adobe Stock

Si un employé de la fonction publique du Québec caresse l’idée de prendre sa retraite à 58 ans, ce serait bien dommage pour lui s’il devait réaliser son rêve après le 1er juillet.

Une fois dépassée cette date, la retraite anticipée sera nettement moins alléchante pour les salariés du gouvernement.

Ça ne fera sans doute pas pleurer les travailleurs du secteur privé qui ne profitent pas d’un « fonds de pension » aussi généreux. Mais tout de même, les changements apportés au RREGOP, le régime de retraite de la fonction publique québécoise, représentent un recul important pour les fonctionnaires, les profs, les infirmières, les employés d’hôpitaux et de CHSLD, les travailleurs sociaux... bref, pour plus de 560 000 personnes en fait. En France, ils seraient dans la rue.

Des changements annoncés en 2016  

Il s’agira des dernières d’une série de modifications appliquées progressivement depuis 2016. C’est en 2016 en effet que Québec a adopté la loi 97 venant modifier le régime. Depuis, la transition se fait par étapes.

Le régime permet aux employés du gouvernement de prendre une retraite anticipée sans pénalité, mais à certaines conditions. Avant la loi 97, un fonctionnaire pouvait se retirer à 60 ans, quel que soit le nombre d’années de services, et recevoir sa pleine pension. S’il avait accumulé 35 ans de services, il pouvait prendre sa retraite plus jeune encore.

Depuis juillet 2019, la condition de l’âge a été repoussée de 60 à 61 ans. Celle des 35 ans de services est demeurée inchangée. Une nouvelle condition a été introduite : si l’âge du fonctionnaire additionné à ses années de services donne un résultat de 90 ou plus (âge de 60 ans, plus 30 ans dans la fonction publique), il a accès à la retraite anticipée sans pénalité.

Une pénalité plus douloureuse  

C’est pour les employés qui ne répondent pas à l’une de ces conditions que ça se corse à compter du 1er juillet prochain.

Un fonctionnaire qui n’a pas accumulé ses 35 ans de services, qui n’a pas 61 ans (ou qui ne répond pas à règle des 90) voit actuellement sa rente réduite de 4 % pour chaque année qu’il devance sa retraite. Dans deux semaines, le taux de réduction augmentera à 6 % par année.

Pour une infirmière à bout de souffle, par exemple, le coup est dur. 

« C’est une hausse de 50 % de la pénalité, c’est considérable », affirme le planificateur financier Martin Dupras.

Dans quelle mesure, considérable ? Avant la loi 97, par exemple, un fonctionnaire qui voulait prendre sa retraite à 58 ans voyait sa rente diminuer de 8 %, calcule Martin Dupras (deux années de pénalité à 4 %).

La même personne qui prendra sa retraite à 58 ans après juillet se fera amputer sa pension de 18 %, poursuit le planificateur financier (trois années de pénalité à 6 %).

Sur une rente annuelle de 25 000 $, une pénalité de 8 % représente un manque à gagner de 2000 $. À 18 %, la perte s’élève à 4500 $ par année. Pour toute la vie.

Soudainement, la retraite anticipée, c’est beaucoup moins alléchant.