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Régis Labeaume pleure le décès de son père

Dominique Lelièvre

Photo Stevens LeBlanc

Le maire de Québec, Régis Labeaume, est en deuil de son père, Maurice Labeaume, dont il a annoncé le décès, samedi matin.

«Maurice Labeaume est décédé, il y a quelques heures. Labeaume, comme dans mon père. J'ai de la peine», a écrit M. Labeaume dans un poème de plus d’une centaine de lignes qu'il a publié sur sa page Facebook et qui a suscité en quelques minutes des dizaines de commentaires de sympathie.

Le premier magistrat de la ville avait partagé à la population, en octobre dernier, l’état de santé très précaire de son père afin de justifier son absence lors de deux séances du conseil municipal. Il avait alors expliqué être le seul à pouvoir être à son chevet, étant «le seul enfant de la famille à Québec».

Maurice Labeaume avait 86 ans. «Presque neuf mois, qu’il ne devait pas en dépasser trois. Il s'est battu comme un fou. Avec un espoir éperdu, celui de guérir. Saloperie de cancer. Y’en a marre depuis une couple d’années», peut-on lire dans le texte poétique de son fils, qui est accompagné d'une image montrant la sculpture «Dromeas» aussi appelée «The runner» créé en 1994 par le sculpteur grec Kostas Varotsos.

Le message intégral de Régis Labeaume    

Maurice Labeaume est décédé,
il y a quelques heures.
Labeaume, comme dans mon père.
J'ai de la peine.

Je sais, trépasser, actuellement,
c'est formidablement banal,
en cette ère Covidienne.
Sale temps pour les mourants.
Il ne fera même pas partie de la statistique,
la statistique-spectacle.

Presque neuf mois,
qu'il ne devait pas en dépasser trois.
Il s'est battu comme un fou.
Avec un espoir éperdu,
celui de guérir.
Saloperie de cancer.
Y'en a marre depuis une couple d'années.

L'image du Dromeas nous a sidéré,
mes frangins et moi.
Comme notre père,
contre le courant,
contre la tempête,
pour retrouver la santé, sa dignité.

Devenu un avatar de lui-même,
une métaphore de ce qu'il était;
beau mec, et « droit dans ses bottes »,
comme l'a déjà si bien dit un ami de Bordeaux.

Mais cognitivement intact,
jusqu'au dernier éveil.
Il a tout vu de sa déchéance, il a tout entendu,
cela a décuplé le mal.
Pas chic un corps, quand ça te lâche.

Lui et moi avons vécu un classique.
Je l'ai découvert à 86 ans.
Il est mort à 86 ans.
Deux existences, un grand silence.
Jusqu'à tout récemment.
Que dire...

Il était de son époque, et moi de la mienne.
Un, conséquence de l'autre,
ou vice versa.
C'est bête mais c'est comme ça.

Je l'ai touché pour la première fois,
il y a quelques mois.
Et frôlé, peut-être caressé,
il y a quelques jours.
Pendant son inconscience.
C'est moche mais c'est comme ça.

Quand, comme lui, tu émanes de la crèche,
atterris au pays du Piekuakami,
et qu'en commençant ta vie,
l'amour est une abstraction,
ça te détracte la capacité de transmission.

Quand je me récite le début de son existence,
pauvre comme un chat à trois pattes,
et seul, mauditement seul,
j'en braille encore.

Alors, y'a jamais eu de grief.
Seulement de la compréhension,
silencieuse, entre nous.
Un genre d'amour, à nous.

C'est juste que parfois, ces derniers mois,
on a rigolé, ensemble.
Une totale nouveauté.
Et quelquefois même,
l'amorce d'une complicité.
Ça m'a un peu chamboulé.
J'y ai pensé, l'ai ruminé, et repensé...
Mais c'est ça qui est ça.

Qui sait ce que cela aurait pu donner,
si on avait pu un peu discuter.
Plus tôt disons,
à peine quelques années plus tôt.

Pas grave, on s'est aimé.
Aimé différemment,
mais aimé quand même.
Juste qu'on aurait pu se le dire.
Enfin...

C'était pas obligé de se passer comme ça.
Mais on s'en ai pas si mal sorti,
somme toute.
Cela dit, c'est appris.
C'est pas obligé de se répéter.

Un dernier petit chagrin.
Le QI du gars.
Ouf!! Époustouflant.
Je ne le devinais pas tant.
Un mécano, qui se serait vu autrement.
Il aurait pu, s'il était né à ma place.
Un mécano, qui m'a permis à moi,
de voir autrement.

Au final,
si tant est que cela était possible,
et qu'il y aurait un fond de vérité à tout cela,
la transcendance,
je tricoterais un épilogue heureux.
Mais rien n'interdit la petite poésie,

Ainsi, un rêve.

« Dans le cosmos,
après vingt années d'éternité,
après la noyade/AVC,
c'est au choix,
notre homme, et Lucie dit Thérèse,
sont à nouveau en étreinte. »

Lucie dit Thérèse.
Notre mère.
La direction matriarcale de la tribu.
Un côté déjanté, mais bien élevée.
Une franchise, quasi Latourette.
Approx délinquante.
Elle ne parlait pas,
elle accumulait les octaves.
Une félicité de cuisine.
Et ce don, cette générosité,
d'écouter,
de décrypter le meilleur de l'humain,
et le célébrer.

« Alors ces deux-là,
l'intro, l'extra,
antipodes, mais destinés,
se sont créés quelque chose,
pas simple, mais quelque chose,
comme une planète.
Qu'eux seuls, peut-être, ont habitée.
Pour nous épargner.

Et enfin,
libérés de la Terre,
ils étaient dus,
dus pour une magnifique fin des temps.
Et la mort, elle, vaudrait la peine d'être vécue. »

RIP p'pa.
T'as été tellement courageux.
Ta vie durant.
Embrasse maman,
et JC, de notre part.
Tes trois survivants:
L'américain, le radio-canadien et le bourgmestre.

Mes frères et moi désirons exprimer notre profonde
gratitude au personnel de l'aile des soins palliatifs
de l'Hôpital Chauveau:
À la Dr Atamna, à Pascale, Chantale, Carole, Dany, Marie-Andrée, Christine,
Isabelle, Jean, Irene, Diane et Diane, Sylvie, Manon, Isabelle encore,
Sylvie de nouveau, Andrée, Fazia, Aline, Elsa, Gérard,
Caroline et Madeleine.

Il n'existe pas de mots pour vous remercier encore une fois pour tout,
et pour vous redire toute notre affection.

Avant eux, nos mêmes sentiments envers le personnel
de l'Hôtel-Dieu de Québec, du CRCO et de la Résidence St-Philippe.