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Neuf énoncés qui ne se sont pas concrétisés

Geneviève Lajoie, Vincent Larin et Charles Lecavalier

horacio Arruda

JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

Horacio Arruda avait averti les journalistes au début de la pandémie : des choses vont changer, parfois du jour au lendemain, puisque la science nous en apprend chaque jour davantage sur la COVID-19. Mais voici tout de même neuf énoncés du trio formé de François Legault, Horacio Arruda et Danielle McCann qui ne se sont pas concrétisés. 

1. PAS FACILE DE SE DÉBARRASSER DES FAX 

Le Journal a dévoilé que 200 morts de la COVID ont été oubliés un certain temps en raison de l’utilisation du télécopieur et de la poste pour comptabiliser les décès, au grand dam de François Legault. « D’ici une semaine, ça devrait tout être informatisé », a dit le premier ministre. Un formulaire informatique a été développé, mais on continue d’utiliser le télécopieur à plusieurs endroits. La disparition de ce dinosaure technologique du réseau de la santé est programmée pour 2023.

2. LOIN DES 14 000 TESTS PAR JOUR 

Même si le Québec s’était fixé comme objectif de mener 14 000 tests de dépistage par jour, la santé publique a rarement atteint cette cible. Le 1er mai dernier, le Dr Horacio Arruda déclarait qu’« on a un objectif de faire 14 000 tests [...] et de maintenir ce flot-là au courant des prochaines semaines ». Or, le nombre de tests menés quotidiennement a dépassé ce seuil à seulement trois reprises depuis et a même souvent été de moins de 8000.

3. QUAND LA MACHINE N’ENTEND PAS LES DIRECTIVES  

La COVID-19 fait des ravages lorsqu’elle entre dans un CHSLD, et les employés qui circulent d’un établissement à l’autre sont un cheval de Troie. « C’est fondamental que ce soient les mêmes personnes qui interviennent auprès de nos personnes aînées par unité et par établissement », disait la ministre de la Santé Danielle McCann début avril. Malgré ces directives, des employés ont continué de faire des quarts de travail dans plus d’un établissement, dont certains où les cas de COVID-19 ont explosé.

4. FORCÉ D’APPELER L’ARMÉE EN RENFORT 

François Legault pensait avoir réussi à combler le manque de personnel dans les CHSLD après avoir épluché les candidatures du site JeContribue et appelé les médecins en renfort. « On a confiance que, d’ici demain, avec tous ceux qui nous ont fait signe, on devrait être capables de combler les 1000 postes qui restent à combler », a-t-il déclaré le 21 avril. Le lendemain, c’était tout le contraire. Il demandait l’aide de 1000 soldats de l’armée canadienne.

5. L’ÉCOLE À MONTRÉAL OUI... MAIS NON 

Une montagne russe d’émotions a submergé les petits écoliers montréalais ce printemps. « Je vous annonce aujourd’hui que si et seulement si la situation reste comme actuellement, on va rouvrir les écoles primaires [...] le 19 mai dans le grand Montréal », a déclaré François Legault le 27 avril. Le retour en classe des enfants de la métropole a d’abord été repoussé au 25 mai, avant que le PM ne tire la plogue et annonce que les écoles de Montréal et ses banlieues resteraient fermées jusqu’en septembre. 

6. LA MENACE VENAIT PLUTÔT DES ÉTATS-UNIS  

Au début de la crise, les autorités craignaient que la maladie ne provienne de voyageurs asiatiques. « On a un avantage par rapport à la Colombie-Britannique puis Toronto, c’est qu’il y a moins de Chinois ou de gens qui viennent ici », disait Horacio Arruda le 11 mars. Or, finalement, 25 % des voyageurs déclarés positifs au Québec avaient séjourné aux États-Unis, 18 % revenaient d’ailleurs au Canada, et 19 % avaient visité l’Europe, rapportait Le Devoir en mai, alors qu’un maigre 0,07 % provenait de Chine. 

7. QUI A PARLÉ D’IMMUNITÉ COLLECTIVE ? 

Pour convaincre les Québécois d’entamer le déconfinement, François Legault a brandi le concept d’immunité collective. Le 23 avril, le PM a expliqué aux citoyens cloîtrés chez eux depuis un mois qu’ils devaient désormais développer des anticorps contre la COVID-19. « Il faut qu’il y ait une immunité qui se développe dans les prochains mois », a-t-il dit. Deux jours plus tard, l’OMS et la santé publique du Canada mettaient en doute cette approche. Depuis, ce concept est disparu du discours public du trio de 13 h.  

8. LA FIN DE L’OMERTA POUR PLUS TARD 

Devant les récits d’horreur qui se sont multipliés dans les CHSLD, la ministre de la Santé Danielle McCann a annoncé la fin de « l’omerta » dans le réseau. Elle a mis en place une boîte courriel où les travailleurs pouvaient dénoncer des situations irrégulières. Or, des infirmières ont indiqué au Journal qu’après avoir porté plainte, le MSSS répondait qu’il ne pouvait pas intervenir dans les milieux de travail.  

9. TESTS SYSTÉMATIQUES EN CHSLD. VRAIMENT ? 

« On a commencé, puis on va continuer, dans les prochains jours, à tester systématiquement tout le monde dans les CHSLD pour savoir s’ils ont le virus », déclarait François Legault, le 8 avril dernier. Mais deux mois plus tard, des prélèvements avaient été effectués sur 70 % du personnel, ce qui représente 44 000 travailleurs, révélait notre Bureau d’enquêtes. Il restait donc encore près du tiers des employés à qui faire passer des tests, sans parler des bénéficiaires, et ce, malgré plusieurs directives envoyées au réseau de la santé.