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350 ménages toujours sans loyer

Dominique Scali | Le Journal de Montréal

Sans logement

Photo Dominique Scali

Dormir sur un sofa chez un parent. Être hébergé d’urgence dans une chambre d’hôtel. Continuer d’éplucher les annonces. Environ 350 ménages à travers le Québec n’ont toujours pas de logement, à deux jours du 1er juillet.

Au début, Mary Ann McLean dormait sur le sol dans la pièce que sa mère utilise comme garde-manger. Puis, elle y a installé son sofa pour avoir un minimum de confort. 

« Au moins, je ne suis pas dans la rue [...] Mais ce n’est pas décent comme situation », dit la femme dans la cinquantaine, qui a dû quitter à la fin juin l’appartement qu’elle habitait depuis 18 ans à Montréal. 

Mary Ann McLean, dans le quartier résidentiel de Saint-Hubert, où elle est hébergée en attendant de se trouver un appartement à Montréal.

Photo Dominique Scali

Mary Ann McLean, dans le quartier résidentiel de Saint-Hubert, où elle est hébergée en attendant de se trouver un appartement à Montréal.

Elle se cherche un logement situé au rez-de-chaussée ou avec un ascenseur en raison de ses problèmes de dos, mais comme elle vit sur l’aide sociale, elle peine à trouver dans ses prix.

« On me dit que je suis 500e sur la liste d’attente des habitations à loyer modique. »

Elle fait donc partie des quelque 350 ménages locataires qui n’ont toujours pas signé de bail, à quelques jours de la date fatidique du 1er juillet. 

« Les demandes d’aide à Montréal ont pratiquement doublé cette année par rapport à l’an passé », remarque Véronique Laflamme du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). 

Pas juste à Montréal 

Le taux d’inoccupation des logements est à 1,8 % au Québec : son plus bas chiffre depuis 15 ans, dit Mme Laflamme. 

Et le problème ne se limite pas à la métropole. À Beauharnois, le taux d’inoccupation est de 1,1 %. Il atteint même 0,4 % à Terrebonne. 

Jessy Trudel Lefebvre, 30 ans, cherche à Beauharnois ou à Châteauguay. Elle n’arrive pas à se trouver un logement où les chiens de taille moyenne sont acceptés et qui lui coûterait moins de 750 $.

Enceinte jusqu’aux oreilles, elle est censée accoucher le 15 juillet. « J’essaie de ne pas stresser parce que ce n’est pas bon non plus », soupire-t-elle. 

Aucune des personnes interrogées par Le Journal n’a choisi de quitter sa résidence. Presque toutes subissent une reprise de logement de la part de leur propriétaire. 

« Jamais de ma vie je n’ai été dans une situation aussi périlleuse. Jamais », lance Bastien Gilbert, 73 ans.

Bastien Gilbert devra dire adieu à la magnifique terrasse remplie de fleurs de son appartement idéalement situé, en face du parc Lafontaine, à Montréal.

Photo Dominique Scali

Bastien Gilbert devra dire adieu à la magnifique terrasse remplie de fleurs de son appartement idéalement situé, en face du parc Lafontaine, à Montréal.

Soupçonnant une reprise déloyale, il a porté sa cause devant la Régie du logement l’hiver dernier. La juge aura pris plus de quatre mois avant de rendre sa décision, ce qui ne lui laisse que quelques semaines pour se replacer. « C’est inconcevable », s’indigne-t-il. 

Sans internet 

Pendant le confinement, les visites en personne ont presque toutes été suspendues ou remplacées par des tours virtuels... inaccessibles pour les gens à faible revenu qui n’ont pas internet, note-t-on au FRAPRU. 

C’est le cas de Pierre Maisonneuve, 57 ans, qui vit sur la solidarité sociale en raison d’une invalidité qui l’empêche de travailler.  

« C’est pas évident. Même si j’allais faire le tour en bicycle [pour voir les pancartes “à louer”]... C’est plus comme dans le temps », dit-il. 

Des aides salvatrices... et temporaires    

Une panoplie de services pour s’assurer que des locataires ne se retrouvent pas à la rue mercredi sont offerts, mais ces solutions ne règlent par le problème à la source. 

« Ils sont déjà venus me porter des boîtes. Ils travaillent quand même fort, à la Ville », souligne Pierre Maisonneuve. 

Il vivra dans une chambre d’hôtel dès le 1er juillet. Ses meubles seront entreposés gratuitement en attendant de trouver un appartement. 

Il fait partie des trois ou quatre personnes qui, depuis vendredi, bénéficient de l’hébergement temporaire offert par la Ville de Montréal, un chiffre qui pourrait augmenter dans les prochains jours, estime Mathieu Vachon de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM). 

Mais après cela, M. Maisonneuve arrivera-t-il à trouver ? « Beaucoup finissent par signer un bail trop cher pour eux », remarque Véronique Laflamme du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). 

Aide d’urgence 

Certains auront droit au supplément de loyer d’urgence. 

Ce programme permet aux personnes à faible revenu de ne payer qu’une partie de leur loyer, tandis que le gouvernement paie le reste. 

À travers la province, la Société d’habitation du Québec (SHQ) a octroyé cette année 1600 suppléments aux offices d’habitation des villes, qui les redistribuent ensuite à leurs résidents.

À Montréal, 20 suppléments d’urgence avaient été octroyés en date de samedi, et 80 dossiers étaient toujours en cours d’analyse.

Mary Ann McLean pourrait sans doute se qualifier à ce programme. 

Mais comme cette aide n’est que temporaire, elle craint de devoir redéménager dans un ou deux ans. 

Elle a déjà déboursé quelque 1100 $ pour faire transporter ses meubles dans le sous-sol de sa mère. 

« De l’argent que je n’avais pas. J’ai dû emprunter », explique Mme McLean.

Le problème de fond, c’est le manque de logements abordables et le gonflement des prix, explique Mme Laflamme. 

Les mesures d’urgence sont bienvenues, mais « ça ne crée pas des logements qui n’existent pas ». 

Et avec la pandémie et le grand nombre de personnes qui ont perdu leur emploi, on peut même s’attendre à ce que le problème s’accentue, craint-elle.


Ménages sans logement  

  • Ensemble du Québec : Environ 350    
  • Montréal : 141    
  • Laval : 26    
  • Québec : 13    
  • Outaouais : Une dizaine        

Source : FRAPRU, SHQ, OMHM