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2 mètres de distance qu’on oublie

Dominique Scali | Le Journal de Montréal

Plusieurs personnes se tenaient à moins de 2 mètres des autres hier dans la longue file qui s’étirait à l’extérieur de la boutique Apple, au Carrefour Laval.

Photo Agence QMI, Alex Proteau

Plusieurs personnes se tenaient à moins de 2 mètres des autres hier dans la longue file qui s’étirait à l’extérieur de la boutique Apple, au Carrefour Laval.

Réunions entre amis à moins de 2 mètres. Clients qui en frôlent d’autres à l’épicerie. Couvre-visage peu porté. Plusieurs observateurs constatent un relâchement dans le respect des règles de distanciation sociale en ce début d’été.

« Même des gens qui travaillent dans le domaine oublient parfois qu’il faut être à 2 mètres (m) [quand ils reçoivent des amis]. J’ai des collègues qui se sont retrouvés tous ensemble dans le même jardin », raconte la Dre Caroline Quach. 

Et pourtant, les collègues en question ne sont pas monsieur et madame Tout-le-Monde, puisque la Dre Quach est infectiologue au CHU Sainte-Justine. 

En général, les gens gardent une distance de 2 m des autres dans les endroits publics... lorsqu’il y a assez d’espace pour que ce soit facile, ont pu constater plusieurs représentants du Journal hier. Mais nul besoin d’aller très loin pour observer de petites incartades aux règles. 

Dans un stationnement du Quartier Dix30, une cliente en a frôlé une autre à quelques centimètres près afin de contourner une flaque d’eau. 

À l’intérieur du magasin Renaissance à Verdun, il n’a fallu que quelques minutes pour détecter deux clientes poussant leur panier dans le sens contraire des flèches collées au sol. 

Et deux hommes interrogés aux Promenades Cathédrale ont même insisté pour que le journaliste leur serre la main. 

Pensée magique

« La distraction, c’est ça qui tue », dit la Dre Quach. Mais le vrai relâchement, il se passe à l’intérieur des maisons et sur les terrasses, observe-t-elle. 

« C’est vraiment entre amis et proches qu’il y a un glissement. Avec les gens en qui on a confiance. On se dit “bah !” » 

« Il y a de la pensée magique. C’est un peu comme les infections transmises sexuellement », ironise-t-elle. 

« C’est certain que c’est inquiétant. J’en ai encore, des cas positifs, juste dans mon hôpital », ajoute la Dre Quach. 

Dans le trouble?

Avant le confinement, le Québécois moyen était en contact avec 12 personnes par jour à moins de 2 m de distance et sans qu’un couvre-visage soit porté, révèle un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publié hier.

Au plus fort du confinement, vers la fin avril, ce nombre avait baissé à 4,5 contacts. Maintenant que le déconfinement bat son plein, où en sommes-nous ? 

Il s’agit de la « grande inconnue » du moment, avoue Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, qui a collaboré au rapport. « On voit le relâchement, mais on n’a pas encore de données. »

« Si je savais qu’on était rendu à 8 contacts par jour, je pourrais dire : “On est dans le trouble.” »

Dans tous les cas, il faudra plusieurs semaines pour que l’impact se fasse sentir, peut-être d’ici le début du mois d’août, estime-t-il. 

– Avec Guillaume Cyr et Alex Proteau, Agence QMI