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Toujours sans logis trois ans après avoir été inondée

Antoine Lacroix | Le Journal de Montréal

Graham Checkland avec sa conjointe Liezel Saet et leur fille, Audrey, âgée de 22 mois, dans leur condo ravagé par les inondations de 2017, puis par celles de 2019.  On voit que le bas des murs a dû être arraché en raison des dégâts causés par l’eau.

Photo Antoine Lacroix

Graham Checkland avec sa conjointe Liezel Saet et leur fille, Audrey, âgée de 22 mois, dans leur condo ravagé par les inondations de 2017, puis par celles de 2019.  On voit que le bas des murs a dû être arraché en raison des dégâts causés par l’eau.

Trois ans après avoir été inondée, une famille de Montréal est toujours sans domicile, coincée entre Québec et l’arrondissement qui se renvoient la balle au sujet de son condo détruit.

« Depuis le printemps 2017 qu’on n’a pas pu rentrer dans notre maison. Et maintenant, aucune compagnie d’assurances ne veut assurer le bloc au complet. À quoi bon reconstruire comme le veut le gouvernement si on peut même pas s’assurer? », lance Graham Checkland, qui déplore l’intransigeance de la machine bureaucratique.

Sa petite famille et lui ne l’ont pas eu facile dans les dernières années. Il a vu le condo qu’il possède depuis 14 ans à Sainte-Geneviève, dans l’ouest de l’île de Montréal, être inondé une première fois au printemps 2017, puis une seconde fois, deux ans plus tard.

« On venait de terminer les rénovations. Ç’a vraiment été difficile sur le moral », raconte l’homme, qui a dû se résigner à retourner vivre chez son père avec sa femme et sa fille. 

Depuis, celui qui est concierge dans une commission scolaire tente par tous les moyens d’obtenir l’allocation de départ gouvernementale, alors qu’il songe à la faillite et que les risques d’inondations le guettent « chaque printemps ».

« Des dommages importants ont été causés au condo de monsieur lors des inondations de 2017, alors que les dommages étaient minimes en 2019 », indique de son côté le ministère de la Sécurité publique, qui précise que « l’aide à laquelle il a droit se limite au montant des dommages, et cette somme lui a été versée ».

Sentiment d’abandon

Le sinistré se sent abandonné par le gouvernement. « Même si je ne remplis pas les critères, il faut aussi que le gros bon sens embarque », laisse tomber le père de famille.

Graham Checkland s’est tourné à l’automne 2019 vers son maire d’arrondissement en espérant qu’il puisse l’aider.

« On veut faire condamner les quatre condos du sous-sol (dont celui de M. Checkland) parce qu’on juge que tôt ou tard ça va inonder de nouveau. Ça va toujours être un problème et on veut éviter d’autres réclamations », soutient Normand Marinacci, maire de l’arrondissement de L’Île-Bizard – Sainte-Geneviève, ajoutant que la décision finale des allocations de départ n’est pas de son ressort, mais de celui de Québec.

Réglementation municipale

Du côté du cabinet de la ministre de la Sécurité publique, on rétorque que « la balle est dans le camp de l’arrondissement ».

« [Il] doit vérifier légalement ce qui est possible de faire en lien avec cet immeuble qui sont des copropriétés divisées, pour modifier la structure juridique de cet immeuble, et tenter de trouver une solution qui s’harmonise à la réglementation municipale », a affirmé Jean-François Del Torchio, directeur des communications de la ministre. L’arrondissement dit ne pas comprendre la réponse du cabinet.

« Nous allons tenter d’élucider la question juridique avec le contentieux de la Ville de Montréal », a ajouté le maire Marinacci.

Incapables de faire assurer le bloc 

Pas au bout de leurs peines après avoir vécu les inondations en 2017 et 2019, les copropriétaires du bloc de condos de la rue du Pont sont maintenant incapables de trouver une compagnie d’assurances qui accepte de les couvrir.

« On se sent vraiment coincés. Si personne ne veut nous assurer, ça en dit long sur l’état du bâtiment et les risques d’inondations », affirme Catherine Patenaude, présidente du syndicat des copropriétaires du 297 du Pont, à Sainte-Geneviève.

3 courtiers

Des démarches ont été entreprises auprès de 3 différents courtiers d’assurance, mais en vain. 

Aucune compagnie n’a accepté de faire une soumission d’assurance pour l’endroit.

« Nous avons aussi dû faire une réclamation pour un dégât d’eau à l’automne 2019. Notre compagnie nous a simplement dit qu’elle nous assurerait plus. Depuis, c’est mission impossible », explique Mme Patenaude.

« C’est vraiment plate que la situation au sous-sol affecte maintenant tout le bloc. Il faut qu’on se fasse aider, on ne va pas s’en sortir tout seul », ajoute Graham Checkland.

Très stressante

La situation est d’autant plus stressante pour les copropriétaires advenant un incendie ou tout autre sinistre, puisqu’ils ne seront pas assurés.

Le syndicat de l’endroit a donc convenu que la meilleure solution serait de condamner les quatre condos du sous-sol, afin de pouvoir aider leur dossier.

« Il faudrait faire ça bien comme il faut, ça va prendre des travaux. Ça va être aussi important d’installer plusieurs pompes lorsque les inondations vont revenir », estime Catherine Patenaude, qui s’est, elle aussi, tournée vers le maire d’arrondissement, Normand Marinacci, afin de trouver une solution.

Comme dans le cas de M. Checkland, il s’est dit interpellé par la situation et a indiqué qu’il travaillerait pour trouver une solution.