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Eman : l’Alaclair sans son Ensemble

Catherine Genest

PHOTO COURTOISIE/Claude Bégin

Le rappeur Eman fait cavalier seul le temps de l’album intitulé «1036» bricolé de ses mains. Une parution aux accents soul et jazzés qu’il a balancée sur la toile la semaine dernière.

Au sein d’Alaclair Ensemble, Eman s’impose vraiment comme la force tranquille, un maillon fort. Constant et toujours fort en bouche, il déballe ses couplets avec flegme. Un calme qui tranche avec la force de ses mots et les extravagances d’un Maybe Watson ou d’un KNLO. La voix d’Eman, c’est un peu comme la gélatine qui fait prendre l’aspic.

« Le running gag d’Alaclair c’est comme Dominique Michel avec ses ‘’Bye Bye’’. À chaque album, on se dit que ça va être notre dernier avant de prendre un break. C’est la blague. Après ça, le lendemain, on reçoit une offre qu’on ne peut pas refuser et on se dit ‘’oh shit, c’est reparti pour deux ans!’’. »

Habité par le doute, comme l’ultime plage en témoigne, Eman décore son succès individuel et collectif d’une date de péremption. Ses paroles sur ce nouvel effort sont brutalement lucides. Le gars a vu neiger.

Sur « Diamants », un duo avec la vibrante Sarahmée, le rappeur déboulonne un tabou tenace et s’en prend aux vautours de l’industrie musicale. Comme si toutes ces conversations de coulisses irradiaient enfin sous les lumières de la scène.

« Je ne nommerai pas de noms, mais ces gens auxquels je fais référence vont se reconnaître de toute façon s’ils écoutent la chanson. »

«Tu peux te faire aspirer [dans le show business] et il y a plein d’artistes qui composent avec des problématiques de santé mentale. Ils vont faire des dépressions ou tomber dans la grosse consommation. Pourtant, ils ne vont avoir rien fait d’autre que se brûler parce qu’ils n’étaient pas capables de dire non, parce qu’ils voulaient saisir le momentum. C’est triste, je trouve. J’en ai vu tomber plusieurs.»

Un clin d’œil à Accrophone

Créativement très en forme, Eman a profité du confinement pour reprendre ses pinceaux pour peindre l’autoportrait de la pochette. C’est également lui qui a assemblé tous les beats, les portions mélodiques et rythmiques de ce disque.

« Sur ‘’Hussle’’, la numéro 9, je joue les drums, la basse, la guitare... [...] J’ai fait l’album tout seul chez moi. Je signe toutes les musiques sauf le dernier beat pour la chanson ‘’Accrophone’’. C’est Claude Bégin qui l’a fait. Il a aussi fait le mix et le "mastering" de l’album. »

Le rappeur et producteur à la stature d’Apollon le rejoint sur cette ultime piste, ravivant avec Eman les souvenirs de ce « Duo de balcon » qui leur a permis de faire leurs dents sur la scène rap dès 2005. Sans «Accrophone», mine de rien, le Québec n’aurait jamais eu droit son groupe de post-rigodon bas-canadien. Alaclair Ensemble n’existerait même pas.

L’album «1036», intitulé ainsi en référence à la porte de l’ancien appartement de Claude Bégin, est disponible depuis le 26 juin dernier.