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Jour du déménagement: un propriétaire dans l’impasse

Guillaume Cyr | Agence QMI

Joël Lemay / Agence QMI

Le nombre de locataires qui refusent de déménager malgré la fin de leur bail a doublé cette année, déplore un regroupement de propriétaires.

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Un homme qui possède plusieurs immeubles locatifs dans la région de Montréal est confronté à tout un casse-tête en raison des contrecoups de la pandémie, ce qui va lui coûter cher.

En plus de ne pas pouvoir expulser de mauvais payeurs en raison de la suspension des audiences à la Régie du logement, Urgel Blais a dû se retenir de louer certains de ses logements, car il se doutait que des locataires n'arriveraient pas à déménager à temps pour laisser la place à ceux qui devaient emménager le 1er juillet.

Il a eu raison. Mercredi, un de ses locataires est demeuré sur place, car le logement dans lequel il devait aller s'installer n'était pas libre.

«Ce n’est pas de sa faute. Mais je garde dans ce temps-là quatre logements non loués afin de m’assurer de relocaliser les locataires à qui j’avais promis un logement», a-t-il dit.

Cette méthode lui permet d'accommoder tout le monde et d'éviter d'éventuelles poursuites, mais elle le prive de revenus sur ces appartements le temps qu'ils restent vacants, en plus de les retirer temporairement du parc locatif déjà peu garni dans le grand Montréal.

M. Blais n'est pas seul dans cette situation. Selon un sondage mené auprès de 1741 propriétaires de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), le nombre de locataires qui refusent de déménager à la date convenue a doublé cette année. En effet, 5 % des propriétaires ont indiqué qu’au moins un locataire leur a fait savoir qu’il ne compte pas déménager même s’il devait le faire.

«On trouve ça totalement inacceptable que des occupants sans droit privent des locataires qui détiennent un bail valide de pouvoir accéder à leur logement, a confié Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la CORPIQ. On souhaite que la Régie du logement puisse obtenir une audience le plus rapidement possible, plus rapidement qu’à l’habitude.»

Audiences suspendues  

La COVID-19 a entraîné la suspension des audiences à la Régie du logement. Celle-ci reprendra ses activités le 6 juillet pour appliquer les décisions rendues avant le 1er mars 2020, et le 20 juillet pour celles rendues plus tard. Aucun locataire n'a donc pu être expulsé de son logement durant cette période, même s'il n'a pas versé un sou au propriétaire.

Cette période de grâce a été bénéfique pour plusieurs locataires dont la vie a été ébranlée par la crise, mais a eu un effet domino sur les finances des propriétaires.

À la CORPIQ, on se dit d'ailleurs «très inquiets» face à la capacité de la Régie d'obtenir des audiences rapidement.

«On appelle ça la Régie des locataires», a ironisé M. Blais, frustré de la situation.

Ce dernier, qui possède au total 125 appartements dans le secteur nord de l'île de Montréal et sur la Rive-Sud, a notamment deux locataires qui ont arrêté de payer leur loyer depuis le début de la pandémie. Il estime que chacun lui doit environ 5000 $ en loyers impayés.

«Ajoute entre 1000 et 3000 $ en frais de réparation pour chaque logement», a-t-il dit.

M. Blais, qui possède des immeubles à logements depuis près de 51 ans, relativise toutefois la situation. Les gens sont majoritairement de bons locataires, selon lui.