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Bars et restaurants rouvrent à Rio

Agence France-Presse

Rio de Janeiro, capitale touristique du Brésil, a vu ses bars, cafés et restaurants rouvrir jeudi après trois mois de paralysie dus à la crise du coronavirus, «un retour à la normale» graduel jugé prématuré par les experts.

Pour cette nouvelle étape de reprise de l'activité, ces établissements — qui n'étaient autorisés à fonctionner qu'avec des livraisons à domicile — peuvent désormais recevoir des clients jusqu'à 50 % de leur capacité d'accueil, avec deux mètres entre chaque table et de préférence dans des espaces ouverts.

Les salles de sport, salons de beauté et de tatouages ont également été autorisés à rouvrir dans la «Ville merveilleuse» de 6,7 millions d'habitants, en prenant toutefois de strictes précautions.

Lors de phases précédentes du plan de déconfinement, les autres commerces avaient été autorisés à rouvrir et le championnat local de football avait repris à huis clos.

«Nous avons respecté toutes les règles, avec la distance entre les tables, le gel... Maintenant, on attend que les clients arrivent», dit à l'AFP Carlos José dos Santos, 60 ans, gérant de trois paillotes installées sur la plage emblématique de Copacabana.

«Si c'est trop plein, ceux qui veulent préserver leur santé doivent comprendre qu'il ne faut pas fréquenter les restaurants», dit Raide Machado, 65 ans, une cliente qui sirote une noix de coco fraîche.

Mais vers midi, la plupart des tables étaient encore vides. S'il n'avait pas négocié un report de paiement de loyers, le gérant aurait dû mettre la clé sous la porte.

La réouverture répond à des préoccupations économiques, alors que nombre de ces établissements, fermés depuis la fin mars, sont dans d'extrêmes difficultés financières.

«Il n'y a rien à célébrer, nous sommes engagés dans ce combat depuis mars», a déclaré mercredi le maire de Rio, Marcelo Crivella.

«La baisse des demandes de lits en soins intensifs, et la stabilisation du nombre des morts signalent que nous avons atteint un pic sinistre en mai, avant de tomber aux niveaux actuels», a-t-il assuré.

La ville de Rio de Janeiro a déploré 68 nouveaux décès au cours des dernières 24 heures, et avait connu un pic de 227 morts le 3 juin.

Bien que dans l'Etat de Rio, comme dans tous les autres au Brésil, on observe un mouvement de la pandémie vers l'intérieur des terres, les spécialistes avertissent que le taux de contamination reste élevé et que le déconfinement progressif pourrait mettre de nouveau sous pression les structures hospitalières.

Pour le professeur Roberto Medonho, directeur de la division de recherche de l'Hôpital Universitaire Clementino Fraga Filho, de l'université fédérale de Rio de Janeiro, cette réouverture est «précoce et inopportune».

Le taux de contamination par chaque personne infectée est remonté à 1,51. «Ce chiffre va augmenter avec les réouvertures», a prédit M. Medonho auprès de L'AFP.

«Ce plan de réouverture est un désastre, nous aurions pu sauver de nombreuses vies avec un confinement plus strict dès le mois d'avril», renchérit Margareth Dalcomo, spécialiste de l'institut de santé publique de référence Fiocruz.

Même au plus fort de la pandémie, aucune mesure coercitive n'a été prise pour contraindre la population à rester chez elle, le décret municipal se limitant à une interdiction de fréquenter les plages et à la fermeture des commerces considérés comme non essentiels.

Carlos José dos Santos craint de devoir fermer à nouveau ses paillotes sur Copacabana si la situation devait se dégrader.

«Les prochains mois sont un point d'interrogation, espérons qu'on ne doive pas reconfiner, comme d'autres États ont dû le faire», notamment dans le sud du pays, rappelle-t-il.

L'État de Rio de Janeiro, le deuxième le plus touché après celui de Sao Paulo, a franchi le stade des 10 000 morts, dont 6618 dans la seule ville de Rio.

Le Brésil a dépassé mercredi le cap des 60 000 morts du coronavirus, après avoir enregistré 1038 décès supplémentaires en 24 heures, avec 1,44 million de contaminations.

Mercredi soir, le Congrès a décidé de reporter de plus d'un mois les élections municipales d'octobre en raison de la pandémie. Le premier tour aura lieu le 15 novembre et le second le 29.

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