/news/coronavirus

Coincée en Martinique à 92 ans après sept annulations de son vol

Nora T. Lamontagne | Le Journal de Montréal

Sylvain Bélanger, que l’on voit en compagnie de sa mère, Marie-Claire Bélanger, espère qu’elle pourra prendre le vol du 12 juillet pour revenir à la maison.

Photo courtoisie

Sylvain Bélanger, que l’on voit en compagnie de sa mère, Marie-Claire Bélanger, espère qu’elle pourra prendre le vol du 12 juillet pour revenir à la maison.

Le fils d’une Québécoise de 92 ans prise en Martinique depuis mars désespère de la revoir après sept annulations de son vol de retour à Montréal.  

Ces annulations à répétition sont un coup dur pour Marie-Claire Bélanger, dont le moral se détériore de jour en jour.

« Chaque fois que je lui parle, elle me dit : “Je ne veux pas mourir ici, viens me chercher !”, relate son fils, Sylvain Bélanger, ébranlé. Elle est complètement démoralisée, elle pleure. » 

La « déprime » et la perte de mobilité de sa mère, qui a toujours été une grande marcheuse, l’inquiètent grandement.

En janvier dernier, Mme Bélanger, qui habite en résidence à Val-David, était dans un meilleur état d’esprit. Elle se réjouissait à l’idée de laisser l’hiver québécois derrière elle pour aller passer deux mois chez sa fille, Céline, à Sainte-Luce, en Martinique. 

Sa famille était loin de se douter que sa date de retour ne cesserait d’être repoussée et que Céline devrait « la ramasser à la petite cuillère » chaque fois que son vol de retour serait annulé.

La sécurité d’abord 

Quand la pandémie a frappé, les quatre enfants Bélanger ont préféré que leur mère prolonge son séjour dans le Sud plutôt que prendre un vol où elle aurait pu attraper le coronavirus. 

Aujourd’hui, Céline se demande encore si cette décision a été la bonne, même si elle a suivi les conseils du médecin de famille de sa mère. 

Ce dernier estimait que vu son grand âge, il était plus sécuritaire que Mme Bélanger reste sur place.  

Les premières semaines ont été plutôt agréables, aux dires de sa fille, malgré le confinement. 

« On a essayé de rendre ça joyeux. Mais là, ma mère a perdu espoir. Même si elle est chez sa fille, elle a l’impression de ne pas avoir de porte de sortie », s’inquiète Céline Bélanger, qui tient boutique en Martinique.

Au début juin, les Bélanger ont regardé avec envie les 200 étudiants antillais rapatriés du Canada sur un vol orchestré par la Martinique et la Guadeloupe, en espérant que le Canada viendrait à la rescousse.

Peu après, le service consulaire du Canada à Paris a plutôt suggéré aux voyageurs coincés dans les Antilles de transiter via la France pour rentrer au Québec, une option que Sylvain Bélanger a refusé d’envisager. 

« L’envoyer toute seule à Paris, à 92 ans ? C’est dix heures de vol depuis la Martinique, et elle fait quoi, rendue là ?! », s’exclame l’homme de 58 ans, encore étonné que l’idée ait été envisagée. 

Un mince espoir 

Le Canada a annoncé la prolongation de l’interdiction d’entrée sur son territoire jusqu’au 31 juillet au désespoir de Marie-Claire Bélanger. 

Elle ne souhaite que rentrer « chez elle », plaident ses deux enfants. 

L’ambassade du Canada à Paris a précisé à ses ressortissants que l’annulation des vols d’Air Canada entre le Canada et la Martinique, un territoire d’outre-mer français, était due à la fermeture des frontières entre les deux pays.

Malgré tout, Sylvain Bélanger croise les doigts pour que sa mère puisse monter à bord d’un vol le 12 juillet à destination de Montréal, comme prévu.

« C’est le dernier voyage qu’elle fera à vie, je crois ».