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Les régions larguées par Air Canada: un cauchemar pour se faire soigner à Québec

Kathryne Lamontagne | Journal de Québec

Journaliste

Photo courtoisie

En rémission d’un virulent cancer du sein, une mère de famille de Sept-Îles ne pourra plus compter sur le vol d’Air Canada vers Québec, où elle suivait une partie de ses traitements.

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Vicky Gravel a fait l’aller-retour en avion entre Québec et Sept-Îles à différentes reprises l’année dernière, pour subir durant cinq semaines ses 25 traitements de radiothérapie dans la capitale.

« Je prenais le premier vol le lundi matin et je pouvais revenir le vendredi soir, pour passer le week-end à la maison avec mes enfants et mon chum », illustre la maman de deux enfants, qui pouvait compter sur ses assurances pour assumer la facture.

« Si je n’avais pas eu ça, il aurait fallu que je prenne la route ou que je fasse ça en autobus. Ça n’aurait pas eu de sens, surtout avec la fatigue de la radiothérapie. Ou il aurait fallu que je reste à Québec et que mon conjoint vienne me visiter avec les enfants. Mais l’hiver, avec l’école, ça aurait été compliqué », dit-elle.

En rémission

Aujourd’hui en rémission, Vicky Gravel devra tout de même revenir à Québec cet automne pour sa reconstruction mammaire.

« Je dois revenir au moins trois ou quatre fois, aux deux semaines. J’aurais aimé utiliser l’avion, mais on devra se trouver un plan B. Ça risque d’être l’auto », déplore-t-elle, évoquant avec déception la longueur du trajet d’environ huit heures et les conditions routières parfois difficiles.

Selon Marion L’Espérance, chirurgienne à l’hôpital de Sept-Îles, l’abolition des vols aura des répercussions sur la vie des patients, mais aussi sur l’organisation des soins.

Recrutement plus difficile

Marion L’Espérance, chirurgienne à l’hôpital de Sept-Îles.

Photo courtoisie

Marion L’Espérance, chirurgienne à l’hôpital de Sept-Îles.

« Dans plusieurs spécialités, on dépend beaucoup du dépannage, entre autres au niveau des anesthésistes. À Sept-Îles, on a un anesthésiste permanent, mais on a une couverture à l’année par des anesthésistes de l’extérieur dont la grande majorité vient de Québec », souligne-t-elle.

Cette décision, qui préoccupe tout le monde, dit-elle, pourrait aussi avoir un impact négatif sur le pouvoir d’attraction de la région auprès des nouveaux médecins puisque la desserte aérienne se trouve grandement amputée.

–Avec Diane Tremblay 

Un « gros pas en arrière »   

Air Canada

Photo Alexandre D’Astous

La suspension de vols régionaux au Québec, dont celui qui liait Montréal à Mont-Joli, constitue un « gros pas en arrière », estime le président de la Chambre de commerce et industrie Mont-Joli-Mitis.

« C’est un coup dur. On déplore vraiment le fait que les régions soient encore restreintes au niveau de leur mobilité », plaide Olivier Fortin.

Les répercussions risquent de se faire sentir dans le milieu des affaires, en plus d’affecter les activités de l’aéroport régional de Mont-Joli. Sans compter les voyageurs de la région qui se rendaient à Montréal pour une connexion vers un vol à l’international. « Ça va être plus compliqué. On restreint l’accès à ce niveau-là aussi », dit-il.

Face à la baisse du service d’Air Canada – autant dans la qualité que la quantité –, M. Fortin demande une restructuration concernant les vols interrégionaux. « On ne peut pas garder ça comme ça pendant des semaines ou des mois », termine-t-il. 

—Kathryne Lamontagne 

« Une décision insensée »   

Normand Côté

Photo courtoisie

Normand Côté

« C’est une décision insensée. On dirait que c’est toujours les régions qui paient. Ils peuvent bien ne pas avoir de volume. Ça nous coûte 1000 $ aller-retour pour faire Sept-Îles–Québec. On est pris en otage. Ça nous coûte un bras et une jambe pour sortir de la région », a réagi Normand Côté, directeur financier du conseil Innu Uashat Mani-utenam, à Sept-Îles.

« J’espère qu’il y aura des pressions pour qu’Air Canada change d’idée. C’est à espérer qu’il y aura la création d’une coalition avec des décideurs », a dit M. Côté qui est appelé à voyager souvent par affaire. 

Il s’estime « extrêmement déçu » d’Air Canada, et ce, depuis plusieurs années puisqu’il n’est plus possible de faire un aller-retour Sept-Îles–Québec dans la même journée, avec les changements apportés aux heures de vol.

—Diane Tremblay 

L’économie va en souffrir   

Nancy Arpin

Photo courtoisie

Nancy Arpin

La directrice générale de l’Office du tourisme et des congrès de Val-d'Or, Nancy Arpin, estime que le développement économique va écoper de cette décision.

« Sur le plan touristique, on vient de perdre différentes opportunités avec le programme Explore Québec », déplore-t-elle.

Même son de cloche du côté de la Chambre de commerce de Val-d’Or.

« Non seulement les vols directs entre Val-d’Or et Montréal sont arrêtés, mais il n’y aura plus d’escales à Val-d’Or lors de vols vers Rouyn-Noranda », a affirmé la directrice générale, Hélène Paradis.

Les conséquences seront majeures sur la communauté d’affaires, ajoute Mme Paradis. La seule autre option disponible reste Air Creebec, une société qui est la propriété des Cris du Québec.

—Diane Tremblay 

Un impact sur la clientèle d’affaires en région    

Avec la suspension de la liaison entre Montréal et Baie-Comeau, il sera plus difficile pour plusieurs gens d’affaires de rencontrer leurs clients en région.

C’est notamment le cas de Rachel, qui travaille en finance et qui doit se rendre environ quatre fois par année à Baie-Comeau, pour visiter une douzaine de clients. 

Le séjour devient moins intéressant si la jeune professionnelle doit parcourir huit heures de voiture à l’aller et au retour. « Il faut qu’il y ait une autre compagnie qui prenne le relais pour ces vols-là. Ça va toucher les liens d’affaires, les gens qui font du fly-in fly-out aussi », illustre-t-elle. 

—Kathryne Lamontagne

Pas de remboursement automatique   

L’aéroport Michel-Pouliot de Gaspé.

Photo Agence QMI

L’aéroport Michel-Pouliot de Gaspé.

Les voyageurs qui avaient des billets pour l’une ou l’autre des liaisons suspendues par Air Canada ne doivent pas s’attendre à un remboursement automatique.

La compagnie aérienne affirme en effet que les clients concernés se verront offrir « certaines options qui tiendront compte des circonstances particulières actuelles ».

À en croire les expériences passées de clients interrogés par Le Journal, ces options comprennent entre autres un crédit, des points Aéroplan ou un remboursement partiel des sommes engagées.

Concernant cette dernière option, une cliente s’est d’ailleurs fait offrir récemment un remboursement représentant environ 10 % de la valeur de son billet d’avion, pour un vol Rouyn-Montréal, prévu en juin. Air Canada avait annulé son vol six jours après sa réservation. 

—Kathryne Lamontagne

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