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30 ans plus tard: la pinède d’Oka transformée en parc

Anne Caroline Desplanques | Journal de Montréal

Le 11 juillet 1990, deux barrages bloquent la route 344, qui longe le club de golf d’Oka. Les Mohawks de Kanesatake s’opposent à l’agrandissement du golf et à un projet domiciliaire.

Photo d'archives, Jacques Bourdon

Le 11 juillet 1990, deux barrages bloquent la route 344, qui longe le club de golf d’Oka. Les Mohawks de Kanesatake s’opposent à l’agrandissement du golf et à un projet domiciliaire.

À l’été 1990, tous les yeux sont rivés sur Oka. Cette petite municipalité située à 50 minutes à l’ouest de Montréal devient le théâtre d’un affrontement entre les forces de l’ordre, les Mohawks et les Warriors. Un policier est tué. Des centaines de vies sont brisées. Trente ans plus tard, un projet d’aire protégée prend forme dans la pinède d’Oka, un grand pas vers la résolution de centaines d’années de conflit territorial. Mais ce projet historique n’effacera pas les souvenirs douloureux des victimes collatérales de ce drame.

Ottawa a accordé une subvention au Conseil de bande de Kanesatake pour étudier la valeur écologique de la pinède d’Oka, qui pourrait être transformée en aire protégée autochtone, a appris Le Journal.

Le secteur visé est précisément celui où, il y a 30 ans, un promoteur et la municipalité d’Oka voulaient agrandir le golf local et ériger une soixantaine de résidences de luxe. C’est là que le caporal Marcel Lemay est mort le 11 juillet 1990.

Environnement et Changement climatique Canada explique avoir accordé un soutien financier afin d’« évaluer la richesse écologique et l’écosensibilité » du site.

Sans préciser le montant offert, car les documents finaux n’ont pas encore été signés, le ministère précise que le Conseil de bande et le propriétaire, Grégoire Gollin, ont quatre ans pour réaliser le projet qui concerne 59 hectares de boisé.

« Cette subvention illustre bien la volonté du gouvernement de mener à bien ce projet », se réjouit M. Gollin, qui possède 95 % des terrains vacants d’Oka.

M. Gollin a créé la surprise l’an dernier en proposant de céder ses terres presque intégralement aux Mohawks. 

Depuis, les tractations se sont poursuivies et l’offre a été bonifiée par le programme d’aire de conservation et de protection autochtone.

« Ce programme rencontre les objectifs historiques de notre communauté de protéger la pinède pour les générations futures », indique le grand chef, Serge Otsi Simon.

D’abord des consultations

Prudent, le grand chef Simon précise que le processus en vue de la création du parc ne fait que commencer et que rien ne sera signé sans l’aval de la communauté.

« La subvention doit servir à préparer un projet qui fera ensuite l’objet de consultations », explique-t-il.

Sachant que le projet ne prévoit pas que les Mohawks achètent des terres qu’ils considèrent comme les leurs, M. Gollin a bon espoir que son offre fera consensus à Kanesatake. Il est néanmoins prudent. 

« On n’est à l’abri de rien », souffle-t-il.

M. Gollin et M. Simon espéraient annoncer l’octroi de la subvention fédérale à l’occasion du 30e anniversaire de la crise. Mais, en raison de la pandémie, la cérémonie commémorative de cet événement n’aura pas lieu.

Moratoire

En plus des 59 hectares de forêt, M. Gollin--- a également offert de vendre 150 hectares de terrains vacants au gouvernement fédéral, afin qu’ils soient remis aux Mohawks.

Si le projet de parc avance, pour le projet de vente de terrains, « il n’y a pas encore de table de négociation formelle pour faire avancer les discussions », indique-t-il.

Discret, le cabinet de la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennet, indique que « ces discussions actives progressent bien, mais sont confidentielles ».

D’ici à ce que les deux projets aillent de l’avant, M. Gollin s’est engagé à observer un moratoire de développement jusqu’en juin 2021. 

Réconciliation

L’homme d’affaires a mis la main sur ces terres en 2004 quand la violence qui secouait Kanesatake faisait peur aux investisseurs.

Aujourd’hui, à 71 ans, il souhaite laisser un héritage en contribuant au processus de réconciliation avec les Premières Nations.

L’opération n’est toutefois pas dénuée d’intérêt financier. 

« Je suis un homme d’affaires et non un disciple de Mère Teresa », dit-il en souriant.

Il bénéficierait en effet d’avantages fiscaux pour son don de 59 hectares et d’une compensation financière pour les 150 hectares additionnels. 

Le maire d’Oka se bat au front     

Pascal Quévillon

Photo Pierre-Paul Poulin

Le maire d’Oka, Pascal Quévillon, entend s’opposer bec et ongles à la création d’une aire protégée mohawk dans la pinède adjacente à sa résidence.

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Pas de commerces de cannabis     

Grand Chef Serge Simon

Photo Pierre-Paul Poulin

Advenant la création d’un parc autochtone dans la pinède d’Oka, aucune activité commerciale n’y sera permise.

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Un litige qui traîne depuis trois siècles     

oka

Photo d'archives

L’opération policière du 11 juillet 1990 qui a coûté la vie au caporal Marcel Lemay n’était pas la première intervention musclée des forces de l’ordre en territoire autochtone.

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Un face-à-face qui résonne     

Indigenous Protest History 20200223

Photo d'archives, The Canadian Press

« Je m’en rappelle comme si c’était hier », lance l’ex-soldat immortalisé dans un célèbre face-à-face avec un Warrior lors de la crise d’Oka.

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« Je suis devenue avocate en raison de ça »     

Sophie Mongeon

Photo Stéphane Sinclair

Devenue avocate après avoir vu la maison de ses parents saccagée durant la crise d’Oka, une femme en veut toujours aux Warriors et au gouvernement qui les a abandonnés à leur sort.

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Un conflit armé sans précédent     

Crise d'Oka

Photo d'archives

Entre le 11 juillet et le 26 septembre 1990, les Warriors, les Mohawks, la Sûreté du Québec et l’armée canadienne venue en renfort, se font face, tous armés jusqu’aux dents. Le siège prendra fin avec la reddition des Warriors, devant l’échec des négociations. 

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