/regional/montreal/montreal

En mémoire des 109 oubliés du vol AC621

Roxane Trudel | Journal de Montréal

Tragédie du vol 621

Photo courtoisie

La douleur est toujours vive pour les proches des 109 victimes, dont 73 Québécois, qui ont vu leur vie être bouleversée il y a 50 ans jour pour jour, lors de l’écrasement d’un avion d’Air Canada en Ontario.

« Elles m’ont manqué toute ma vie, témoigne Lynda Weinberg Fishman qui a perdu ses deux sœurs et sa mère lors de la tragédie. Ma vie a terriblement changé, évidemment. Mon père était détruit, il ne s’en est jamais remis. »

Le 5 juillet 1970, 100 passagers et neuf membres d’équipage prenaient place à bord du vol 621 d’Air Canada qui devait se rendre à Los Angeles.

Des débris de la carlingue jonchaient le champ.

Photo courtoisie

Des débris de la carlingue jonchaient le champ.

Or, 52 minutes après le décollage de Montréal, l’appareil DC-8 a plutôt terminé sa route dans un champ de Brampton en Ontario, tuant ses 109 passagers, après une erreur de pilotage.

Cérémonie virtuelle 

Cinquante ans plus tard, la Ville de Brampton a décidé d’organiser une cérémonie, qui se tiendra finalement en ligne aujourd’hui, en mémoire des disparus de cette tragédie presque oubliée au Québec.

Pendant des dizaines d’années, c’est dans le silence que les proches ont malheureusement vécu leur deuil, sans soutien de la compagnie aérienne.

Parmi les passagers, il y avait la Montréalaise Rita Weinberg, 39 ans, qui avait planifié des mois durant ce voyage en Californie pour sa famille.

« Ma mère était la présidente d’une organisation caritative pour les enfants atteints de trisomie 21. Elle faisait beaucoup de bénévolat. Elle donnait son temps pour les gens dans le besoin », se souvient sa fille, qui est devenue thérapeute pour aider à son tour.

Quelques mois avant que Rita, Carla et Wendy (de gauche à droite) ne soient emportées dans la tragédie, elles posaient lors d’un mariage avec le reste de leur famille, dont Lynda et Saul Weinberg.

Photo courtoisie

Quelques mois avant que Rita, Carla et Wendy (de gauche à droite) ne soient emportées dans la tragédie, elles posaient lors d’un mariage avec le reste de leur famille, dont Lynda et Saul Weinberg.

La maman au grand cœur était accompagnée de ses deux plus jeunes, Carla, 11 ans, et Wendy, 8 ans. Lynda, qui avait 13 ans à l’époque, se trouvait déjà à destination avec ses grands-parents.

Ses sœurs périssent 

« Carla était vraiment intelligente. Elle disait toujours qu’elle allait devenir médecin. Elle était brillante à l’école, elle aimait lire. [...] Wendy, elle, aimait jouer du piano, chanter et danser. Elle était très divertissante », se rappelle-t-elle.

Un demi-siècle plus tard, Mme Weinberg est reconnaissante de voir l’effort constant de la Ville de Brampton pour s’assurer que les victimes ne soient pas oubliées.

109 pierres 

Grâce à elle, 109 pierres s’élèvent aujourd’hui sur les lieux de l’écrasement. Cette année, des premiers répondants appelés ont été invités à témoigner, pour partager la souffrance qu’ils traînent eux aussi depuis 50 ans.

Le lieu où l’avion a piqué du nez avant de percuter le sol.

Photo courtoisie

Le lieu où l’avion a piqué du nez avant de percuter le sol.

« Quand on perd quelqu’un, on le perd pour toujours. On le perd toute notre vie, à travers chaque célébration, à chaque bel événement. Tout est doux-amer, illustre-t-elle. Une tragédie, ça ne fait pas juste arriver, puis c’est fini. C’est une existence complète à vivre une vie différente. »