/regional/homepage

Comment l’asphalte de nos autoroutes a été testé

Éric Yvan Lemay et Félix Séguin | Le Journal de Montréal

Bitume - Asphalte

Photo Benoît Pelosse

Notre Bureau d’enquête a fait analyser des échantillons d’asphalte neuf appliqué l’été dernier sur deux des plus importantes autoroutes du Québec, soit l’autoroute 20 à Sainte-Madeleine, en Montérégie, et l’autoroute 10 à Bromont, dans les Cantons-de-l’Est. 

Nous avons également fait analyser un bout d’asphalte de l’entrée d’un immeuble résidentiel à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal, pour voir si le produit posé sur les autoroutes est vraiment plus résistant. Les experts de l’École de technologie supérieure de Montréal ont déterminé que l’asphalte provenant des deux autoroutes était de qualité acceptable.

• À lire aussi: Les routes sont mauvaises parce qu’on fait le minimum

L’analyse des spécialistes  

Bitume - Asphalte

Photo Benoît Pelosse

À l’aide d’une aiguille, Francis Bilodeau, de l’École de technologie supérieure, calcule le taux de pénétration du bitume chauffé à 25 °C.

Bitume - Asphalte

Photo Benoît Pelosse

Le technicien Sylvain Bibeau montre l’un des tamis utilisés pour calculer la grosseur des granulats contenus dans l’enrobé bitumineux.

Bitume - Asphalte

Photo Benoît Pelosse

1. L’échantillon de route est d’abord désagrégé en gros morceaux.

Bitume - Asphalte

Photo Benoît Pelosse

2. Il est ensuite mis au four à 540 °C (1004 °F).

Bitume - Asphalte

Photo Benoît Pelosse

3. Il en ressort des pierres, le bitume ayant été entièrement brûlé. C’est ainsi qu’on peut connaître le pourcentage de bitume.

Lexique    

  • % de bitume dans l’enrobé : Le bitume lie les granulats (les roches) entre eux dans le mélange d’enrobé bitumineux. S’il manque de bitume, l’asphalte s’effrite plus rapidement. À l’inverse, s’il y en a trop, cela risque d’entraîner des ornières sur la chaussée.    
  • Granulométrie : Grosseur des roches (granulat) dans le mélange. Une certaine variété de grosseurs de roches est nécessaire pour qu’il performe correctement. Le pourcentage représente la quantité de roches qui passe à travers différents types de tamis.     
  • Cisaillement sur bitume : Plus la température est haute, plus l’enrobé va résister à des températures importantes avant de se déformer ou de se fissurer.     
  • % de pénétration à 25 °C : Nombre de millimètres auquel une aiguille s’enfonce dans le bitume chauffé à 25 °C. Si l’aiguille s’enfonce trop, cela peut laisser présager des problèmes de durabilité.        

Les résultats     

Autouroute 20 : respecte les normes 

nids-de-poule autoroute 20

Photo Éric Yvan Lemay

▶ % de bitume dans l’enrobé : 5,40 %

▶ Granulométrie : 8,6 % à 0,08 mm, 57 % à 5 mm, 92 % à 10 mm

▶ Cisaillement sur bitume : 93,2 °C

▶ % de pénétration à 25 degrés °C : 26 mm

Autouroute 10 : respecte les normes  

Dossier bitume Asphalte

Photo Martin Chevalier

▶ % de bitume dans l’enrobé : 5,62 %

▶ Granulométrie : 8,7 % à 0,08 mm, 47 % à 5 mm, 95 % à 10 mm

▶ Cisaillement sur bitume : 81,7 °C

▶ % de pénétration à 25 degrés °C : 48 mm

Saint-Lambert

L’asphalte installé sur l’entrée d’un immeuble de condos est moins résistant que celui prélevé sur deux autoroutes. La logique est respectée, car il n’est pas conçu pour supporter un volume de circulation aussi élevé.

Photo Éric Yvan Lemay

L’asphalte installé sur l’entrée d’un immeuble de condos est moins résistant que celui prélevé sur deux autoroutes. La logique est respectée, car il n’est pas conçu pour supporter un volume de circulation aussi élevé.

▶ % de bitume dans l’enrobé : 5,62 %

▶ Granulométrie : 6,6 % à 0,08 mm, 66 % à 5 mm, 98 % à 10 mm

▶ Cisaillement sur bitume : 66,6 °C

▶ % de pénétration à 25 degrés °C : 74 mm 

Quelques pistes pour améliorer nos routes  

Notre Bureau d’enquête a posé trois questions au professeur Alan Carter au sujet de l’état de nos routes. Voici ses observations.

C’est quoi le problème avec nos routes au Québec ?

Le climat n’explique pas tous les problèmes des routes, comme plusieurs le soutiennent. Certaines structures de chaussées ont été construites pour une durée de 15 ans, mais ça fait plus de 50 ans qu’on les utilise. Il est donc normal qu’elles soient en mauvais état. En refaisant complètement une route, y compris l’infrastructure sous celle-ci, il y a moyen de faire des routes qui vont durer longtemps.

L’asphalte recyclé, une bonne ou une mauvaise idée ?

Les enrobés bitumineux peuvent être recyclés autant de fois qu’on veut. Tout dépend du gouvernement ou de la ville avec laquelle on travaille. Au ministère des Transports, on parle d’un maximum de 20 % dans la couche de base. Ça a même été démontré que 40 % d’enrobés recyclés, ça faisait des enrobés qui étaient meilleurs qu’un enrobé normal neuf. La seule chose à laquelle on doit faire attention avec les enrobés recyclés, c’est la fissuration thermique, c’est-à-dire la température basse. Il suffit de prendre un nouveau bitume qui soit plus mou et qui va compenser pour la rigidité du bitume recyclé.

Est-ce normal d’avoir des nids-de-poule, y compris sur des autoroutes ?

Les nids-de-poule ne devraient pas exister. Un nid-de-poule, c’est une phase terminale. Pour s’être rendu au nid-de-poule, il faut qu’il y ait eu une fissuration causée par trop de trafic, du trafic trop lourd, trop de cycles de gel et dégel, une mauvaise comptabilité entre le bitume et le granulat, une mauvaise formule ou une mauvaise mise en place. Il y a plein de raisons possibles. Si on a des nids-de-poule, c’est qu’on n’a pas fait le travail d’entretien qu’on aurait dû faire. 

- Éric Yvan Lemay