/news/culture

MBAM: La peinture au temps de l’indépendance

Gabriel Beauchemin | Agence QMI

GABRIEL BEAUCHEMIN/24 HEURES/AGENCE QMI

L’exposition Paris au temps du postimpressionnisme: Signac et les Indépendants, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal, revisite les œuvres de Paul Signac et de plusieurs peintres qui, à la fin du XIXe siècle, défendaient l’idée d’un art accessible, sans jury, en dehors des institutions. 

«On voulait raconter l’histoire du développement du Salon des Indépendants qui a été fondé en 1884 avec cette idée de créer une plate-forme d’exposition complètement ouverte, démocratique, en dehors du système gouvernemental, en dehors du système académique et ouverte à toutes les personnes qui voulaient être artistes, a expliqué Mary-Dailey Desmarais, cocommissaire de l’exposition. En plus, Signac était quelqu’un qui croyait profondément en la capacité de l’art de contribuer au bien commun.»

COURTOISIE STEPHANIE BADINI

Plus de 500 toiles sont ainsi réunies pour l’occasion au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), provenant toutes d’une collection privée. Si le peintre Paul Signac y est bien représenté, plusieurs courants artistiques le sont également, alors que ce Salon a vu passer des œuvres de plusieurs styles différents, représentatifs du postimpressionnisme qui s’installait alors à l’époque.

«À travers cette période-là, de la fin du XIXe jusqu’au début du XXe, le Salon des Indépendants était vraiment au carrefour de tous les grands mouvements avant-gardistes dans l’histoire de l’art, poursuit celle qui est également conservatrice de l'art moderne et contemporain international du MBAM. Que ce soit le néo-impressionnisme, le nabisme, le symbolisme, l’expressionnisme, le cubisme ou le fauvisme, on a des œuvres représentatives et exceptionnelles de chacun de ces mouvements dans l’exposition.»

GABRIEL BEAUCHEMIN/24 HEURES/AGENCE QMI

Art et politique

Pour la cocommissaire, cette volonté qu’avaient Signac et ses contemporains de vouloir sortir des institutions établies pour évoluer en parallèle demeure toujours tout à fait d’actualité.

«On voit depuis quelques années beaucoup de mouvements populaires, de mouvements sociaux, anti-institutionnels, beaucoup d’inégalités sociales, a-t-elle affirmé. Et c’est un peu ce que ces artistes vivaient à l’époque de Signac. C’était la “Belle Époque”, une période qu’on associe à la fête, au développement en science, en technologie, mais il y avait aussi des gens qui souffraient beaucoup, il y avait beaucoup de pauvreté, beaucoup de mouvements anarchistes. D’ailleurs, Signac et plusieurs de ses contemporains lisaient sur les théories anarcho-communistes d’auteurs comme Pierre Kropotkine. C’est quelqu’un qui avait vraiment la volonté, à travers son art, d’apporter le changement social.»

GABRIEL BEAUCHEMIN/24 HEURES/AGENCE QMI

À travers des tableaux de paysages souvent lumineux, toujours très colorés, se cache ainsi une proposition politique bien assumée.

«Pour lui, il y avait un parallèle entre des idées anarcho-communistes, qui disent que deux individus distincts qui évoluent dans des situations égales, s’ils collaborent, pourraient créer une harmonie plus grande que la somme de ces individus, et une théorie optique qui consiste à dire que deux couleurs distinctes, mais complémentaires, appliquées l’une à côté de l’autre, pourraient créer un troisième effet encore plus harmonieux, a résumé Mary-Dailey Desmarais. Donc, il y a un parallèle entre la vibration que produit cette harmonie visuelle qu’il voulait créer dans ses toiles et l’harmonie sociale qui était son idéal.»

GABRIEL BEAUCHEMIN/24 HEURES/AGENCE QMI

«Il disait “justice en sociologie, harmonie en art, même chose”», conclut la cocommissaire.

L’exposition Paris au temps du postimpressionnisme: Signac et les Indépendants est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal du 4 juillet au 15 novembre.