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Le joint de la réconciliation économique à Kanesatake

Anne Caroline Desplanques | Journal de Montréal

Le nombre de cabanes à pot est en augmentation à Kanesatake, un territoire mohawk enclavé dans la municipalité d’Oka, dans les Laurentides. En plus des traditionnelles doses à fumer, des commerçants offrent une panoplie d’aliments à forte teneur en THC.

Photo Martin Alarie

Le nombre de cabanes à pot est en augmentation à Kanesatake, un territoire mohawk enclavé dans la municipalité d’Oka, dans les Laurentides. En plus des traditionnelles doses à fumer, des commerçants offrent une panoplie d’aliments à forte teneur en THC.

Le fédéral voit l’industrie du cannabis comme un possible moteur économique pour Kanesatake, malgré les inquiétudes du grand chef Serge Otsi Simon et de la Municipalité d’Oka face à la prolifération des « cabanes à pot » opérant sans permis.

Interrogé sur sa vision du développement économique de la communauté mohawk, 30 ans après la crise d’Oka, le ministre canadien des Services aux Autochtones, Marc Miller, lance spontanément qu’« il y a lieu de parler de légalisation et de vente de marijuana ».

« Est-ce qu’il devrait y en avoir autant ? Ce n’est pas à moi d’en décider. Reste que le commerce est là et il y a des gens qui font de l’argent dessus », a dit le député montréalais en entrevue au Journal.

Il souligne qu’il revient à Kanesatake, dans les Laurentides, de décider de sa politique en lien avec le cannabis. 

Certaines, comme la réserve de Wendake près de Québec, interdisent par exemple de « cultiver, multiplier et récolter » la plante, ainsi que de la consommer dans les lieux publics.

Source de revenus

Pour Ottawa, ce commerce est une source de revenus qui pourrait bénéficier à toute la communauté plutôt qu’à un petit nombre. C’est d’ailleurs le pari qu’a fait la nation crie d’Opaskwayak, première réserve autochtone au pays à avoir ouvert une boutique légale de cannabis, dès novembre 2018.

Cette communauté située au nord du Manitoba, qui était au bord de la faillite en 2018, gagne maintenant de quoi investir en infrastructures, en logements, en bourses scolaires et en revitalisation de la langue crie. 

Mais l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a plus d’une fois indiqué qu’elle craint les coûts sociaux et sanitaires de la légalisation dans des territoires déjà aux prises avec des problèmes de surconsommation et d’insécurité liés au trafic de drogues.

Des chefs ont également exprimé leurs craintes que l’ouverture de commerces légaux de cannabis crée des tensions avec les trafiquants qui contrôlent ce marché.

La Sûreté du Québec

Le grand chef Simon réclame d’ailleurs depuis 2011 l’aide des gouvernements pour rétablir un corps de police mohawk afin d’enrayer le trafic.

« La clef du développement, c’est que les gens se sentent en sécurité », convient Marc Miller. 

À ce chapitre, il n’hésite pas à pointer des lacunes dans les services offerts par la Sûreté du Québec (SQ) à Kanesatake.

« La normale, maintenant, c’est que ce soit la Sûreté du Québec qui assure la sécurité, mais il faut constater le fait que ça ne marche pas, dit-il. La SQ refuse d’intervenir là où elle le ferait si ce n’était pas une communauté autochtone. »

Tout en admettant que les policiers non autochtones ont des raisons légitimes d’être discrets chez les Mohawks, M. Miller souligne qu’« il y a des gens qui veulent que la SQ fasse son travail ».