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Déficit «historique» de 343,2 milliards $ en 2020 au Canada

TVA Nouvelles

Avec un déficit gigantesque de 343,2 milliards de dollars en 2020, le Canada fait face à l’un de ses plus importants défis de son histoire, a reconnu mercredi le ministre des Finances Bill Morneau en présentant sa mise à jour économique. Mais Ottawa écarte pour l’instant toute forme d’austérité alors que se poursuit la crise de la COVID-19. 

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Ces 343,2 milliards $ de déficit représentent dix fois celui de l’an dernier, et bien plus que les 256 milliards $ prévus il y a trois semaines à peine le Directeur parlementaire du budget, Yves Giroux.

« Face à un défi sans précédent, notre gouvernement avait deux choix », s’est justifié Justin Trudeau. On pouvait laisser les Canadiens se débrouiller et espérer que tout ça se termine bientôt, ou on pouvait agir rapidement pour aider les Canadiens. »

Pas de compressions  

Comme à Québec, Ottawa espère que la reprise économique — et un éventuel retour à l’équilibre budgétaire, un jour — passera par la croissance de l’économie plutôt que par les compressions budgétaires et les hausses de taxes. 

« On doit faire des investissements pour notre croissance », a dit Bill Morneau. « On va investir, et pas faire de coupures ou des changements dans notre système d’impôt. »

Jusqu’à maintenant, l’aide fédérale a totalisé 212 milliards en soutien financier direct aux Canadiens et aux entreprises, par exemple au moyen de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et de la subvention salariale. Selon le ministère des Finances, cela représente 91 % de l’aide débloquée pour lutter contre les impacts économiques de la COVID-19, contre 9 % pour les gouvernements des provinces.

« C’est une contribution qui représente 14 % du PIB, c’est une situation extraordinaire, qui était absolument nécessaire (dans les circonstances) », a dit M. Morneau. 

Il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour un effort financier de la sorte.

Prochaines étapes  

Quelles sont les prochaines étapes ? Dur à dire. 

Bill Morneau s’est engagé à présenter un « vrai » budget fédéral à l’automne, sept ou huit mois après l’annulation du budget 2020 à cause de la COVID. Au-delà de ça, on en sait très peu sur les mesures concrètes qui seront mises de l’avant à l’automne, mis à part la fin progressive de la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

M. Morneau a dit souhaiter qu’à partir de septembre, la subvention salariale et l’assurance emploi prennent le relai de la PCU. 

En d’autres mots, plus de chèque de 2000 $ pour la plupart des Canadiens, l’aide devra surtout passer par l’entreprise qui les emploie. Près d’un employé sur quatre au pays touche actuellement la subvention salariale offerte à son employeur, bien moins que ce qu’envisageait Ottawa à son lancement. 

« On doit d’abord trouver une façon de tous retourner au travail. On s’engage à faire les investissements nécessaires, c’est ce qui va aider à l’amélioration de notre situation », dit M. Morneau.

Recettes en baisse  

Selon les projections d’Ottawa, les revenus budgétaires de 2020-2021 devraient être « considérablement plus bas que ceux prévus » l’an dernier, à cause des répercussions économiques de la crise sanitaire.

« La contraction prévue des revenus budgétaires fédéraux est sans précédent depuis la Grande Dépression ; la baisse prévue en 2020-2021 est plus du double de celle survenue en 2009-2010 à la suite de la crise financière mondiale », illustre le ministère des Finances. 

Le Portrait économique et budgétaire diffusé mercredi prévoit une baisse de 6,8 % du PIB en 2020, et un rebond de 5,5 % en 2020, contre les croissances modestes de 1,6 % et 1,8 % prévues l’an dernier. Il s’agit d’un écart de 231 milliards pour 2020, et de 153 milliards pour 2021. 

M. Trudeau et son ministre des Finances ont néanmoins répété encore et encore que le Canada se trouve en meilleure posture que bien d’autres pays du G7, avec un ratio de dette par rapport au PIB « considérablement plus bas que les autres ».

« Selon les projections de l’OCDE, les niveaux de la dette du Canada augmenteront moins que ceux de bien d’autres économies avancées, même advenant un scénario plus pessimiste où il y aurait une résurgence du virus. »

En contrepartie, Ottawa a été beaucoup plus interventionniste que d’autres États. 

Des mesures coûteuses  

La Prestation canadienne d’urgence (PCU) demeure la mesure la plus coûteuse pour Ottawa. En date du 28 juin, 8,16 millions de Canadiens en avaient fait la demande, ce qui représente des versements de 53,53 milliards de dollars $.

La PCU pour étudiants a quant à elle bénéficié à 601 000 jeunes, ce qui représente 1,42 milliard $.

La Subvention salariale est, elle, reste bien moins populaire que prévue par Ottawa.