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Des parades circassiennes pour donner du bonheur

Léa Papineau Robichaud | Agence QMI

COURTOISIE BENOIT Z LEROUX

Le festival Montréal Complètement Cirque (MCC) a annoncé la semaine dernière tenir une édition un peu différente nommée Montréal Presque Cirque. Des artistes circassiens performeront dans différents arrondissements de la métropole sans s’annoncer, afin d’éviter de trop gros rassemblements. Le «24 Heures» en a discuté avec Antoine Carabinier Lépine, l’un des initiateurs du projet appelé Bonheur Mobile et membre du Cirque Alfonse. 

Au début du confinement, tu as organisé avec des comparses des parades dans Hochelaga que vous avez appelé le Bonheur Mobile. Est-ce que vous avez poursuivi ce projet tout au long du confinement?

On a continué les parades pendant toute la pandémie jusqu’à ce que ça déconfine. On a fait 17 parades avec des thèmes différents à chaque fois. Ça a vraiment été tripant comme projet. C’est vraiment quelque chose qui nous a bien rempli, et notre temps et notre âme, pendant la pandémie. Ça change un petit peu en ce moment. Avec le déconfinement, il y a un petit peu moins d’engouement. Il y a moins de monde dans les ruelles un peu. Il y a plus d’activités que le monde peut faire en ce moment. Ça a changé un peu la «vibe». Quand tout a commencé, on voulait devenir un OBNL, mais dernièrement on s’est rendu compte que c’est un projet qui marche pendant la pandémie. Ça a été quelque chose de vraiment important pour nous pendant le confinement, mais en ce moment on ressent un petit essoufflement. On commence à réduire la cadence. On a aussi chacun nos propres compagnies. Il y a Le Patin Libre, Machine de Cirque et nous, le Cirque Alfonse.

Bonheur Mobile est maintenant du festival Montréal Presque Cirque. Ça va se dérouler comment?

On a sept parades à faire avec eux. On a commencé lundi dans le Quartier des spectacles et ça se poursuit cette semaine dans différents arrondissements de la ville. On a deux thèmes qui sont un peu généraux pour que ça touche le plus grand nombre de gens possible. On va passer dans des quartiers qui sont vraiment différents les uns des autres, alors ça va être le fun de voir comment les gens vont réagir. On a trois véhicules qui avancent avec nous. On fait de l’acrobatie, on a une planche sautoir, il y a aussi de la roue Cyr et des chorégraphies. On essaie de faire embarquer le monde le plus possible aussi. On a trois musiciens «live» qui sont dans un pick-up. On veut vraiment donner du bonheur à tout le monde!

Comment vous préparez-vous pour ces événements?

C’est la première fois qu’on a un budget pour créer les parades. On a eu trois jours de création pour monter une parade. C’est devenu un petit peu plus gros. On a pu étoffer la parade pour Montréal Presque Cirque. On a répété à la TOHU dans le stationnement. Il faisait chaud! Et ça fait un bout de temps qu’on n’avait pas travaillé. Après trois mois, on était un peu rouillé, mais ça revient vraiment vite.

Avec le déconfinement entrevois-tu un peu d’espoir pour reprendre les spectacles avec le Cirque Alfonse?

C’est un peu compliqué et frustrant pour nous. On voit que la vie reprend un peu comme avant, mais nous, nos contrats sont annulés au moins jusqu’au mois de décembre. On ne sait pas trop ce qui va se passer. On n’a pas vraiment le droit de s’entraîner tous ensemble encore. On fait des entraînements individuels. C’est très précaire dans le milieu des arts en général, mais le cirque, c’est compliqué. On ne peut pas vraiment faire de cirque sans se toucher. Cela dit, on comprend pourquoi c’est ainsi.

C’est vrai que le cirque est un art qui ne se prête pas trop au web et à la distanciation sociale.

C’est difficile de faire des projets avec la distanciation. C’est bien beau se renouveler et essayer de nouvelles formules, mais en fin de compte, on fait quand même de l’art vivant. On ne pourra pas toujours faire des duos ou des solos. On a hâte que ça revienne un peu à la normale. Personnellement, je n’aime pas trop ce qui est sur les réseaux sociaux. Ce qui nous faisait triper dans les parades, c’était d’avoir un contact avec un public réel. On voyait les sourires sur le visage des gens qui nous voyaient passer et ça nous mettait un sourire à nous aussi! Je pense qu’on fait des arts pour avoir un retour du public et je pense que c’est ça qui nous manque le plus.

En tant qu’artiste de cirque, vous devez être très souvent partie en tournée à l’étranger. Est-ce que ça fait bizarre d’être aussi longtemps à Montréal?

Normalement, on ne passe pas plus que deux-trois semaines à Montréal. On est parti environ huit mois par année. D’être coincé au Québec pour 3-4 mois et probablement plus, c’est sûr que c’est spécial. On découvre notre quartier! On découvre les ruelles, le voisinage, etc. Juste dans notre ruelle derrière, on a rencontré plein de monde qu’on n’aurait jamais rencontré sans la pandémie. C’est quand même beau de voir que tout le monde s’entraide. Ça ouvre des portes, je pense. En tout cas, ça ouvre la communication avec le voisinage. C’est un point positif de la COVID!

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite des choses?

Je pense que ce qu’on pourrait nous souhaiter, c’est de garder vivant l’art vivant, de pouvoir continuer à faire des «shows» pour le monde. On souhaite que les gens continuent de s’intéresser à l’art et qu’ils soient de plus en plus intéressés à découvrir de nouvelles affaires et de nouvelles façons de faire de l’art.