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Québec fait une exception pour Sophie Brochu

Philippe Orfali | Journal de Montréal

STOCKQMI-HYDRO-QUEBEC

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

À la tête d’Hydro-Québec, Sophie Brochu est la seule et unique PDG de société d’État québécoise à être encore payée par une autre entreprise, a constaté Le Journal

La province compte 56 sociétés d’État, comme Loto-Québec, la Société des alcools ou la Commission de la construction. 

Du lot, pas un seul premier dirigeant, à l’exception de la nouvelle présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, n’occupe de fonction rémunérée au sein du conseil d’administration d’une autre entreprise, révèlent nos recherches.

À sa nomination en avril, Mme Brochu a démissionné des CA de Bell et de CGI. Mais l’ex-PDG d’Énergir conserve son titre d’administratrice de la Banque de Montréal, et la rémunération de 215 000 $ qui l’accompagne.

Parmi la soixantaine de premiers dirigeants de sociétés d’État, on compte plusieurs membres de conseils d’administration d’organismes. Mais il s’agit presque toujours de postes bénévoles, contrairement à celui de Sophie Brochu.

Capture d’écran, site web de la CCMM

Parmi la soixantaine de premiers dirigeants de sociétés d’État, on compte plusieurs membres de conseils d’administration d’organismes. Mais il s’agit presque toujours de postes bénévoles, contrairement à celui de Sophie Brochu.

« Cette situation est peu fréquente, mais il est très clair qu’il n’y a aucun conflit d’intérêts en lien avec la participation de Sophie Brochu au CA de BMO », a affirmé un porte-parole d’Hydro-Québec.

Ce 215 000 $ s’ajoute à son salaire de base de 580 000 $ à Hydro-Québec, et à un boni de performance pouvant atteindre 290 000 $ par an. La rémunération de Mme Brochu, identique à celle de son prédécesseur Éric Martel, sera révisée tous les ans par le conseil d’Hydro-Québec.  

Substantiel

« On parle ici d’une rémunération substantielle chez BMO, surtout par rapport à sa rémunération à Hydro », observe le professeur et titulaire de la Chaire de gouvernance d’entreprise S.A. Jarislowsky, Michel Magnan.

« Ce n’est pas nécessairement mauvais que Mme Brochu siège à la Banque de Montréal, mais ça peut soulever des questions. Est-ce qu’elle va passer 100 % de son temps et de son énergie sur [Hydro-Québec] ? », poursuit-il. 

À titre comparatif, de la soixantaine d’autres premiers dirigeants de sociétés d’État, seuls trois siègent sur des conseils d’entreprise, tous à titre bénévole.

C’est le cas du PDG de Revenu Québec, Carl Gauthier, administrateur depuis 2016 à La Capitale Assurance et services financiers. 

« Il a renoncé dès le début à toute rémunération », précise le porte-parole de Revenu Québec, Martin Croteau. « M. Gauthier respecte toutes les règles régissant l’éthique et les conflits d’intérêts. Il siège en toute indépendance. » 

Une poignée d’autres PDG sont impliqués dans des organismes à but non lucratif. Ceux-ci n’ont toutefois aucun lien avec l’entité qu’ils dirigent. Et ils ne sont pas payés.

Seule autre exception : le PDG de l’Office Québec-Monde pour la jeunesse, Jean-Stéphane Bernard, perçoit des jetons de présence de 300 $ par rencontre à titre de membre du CA de la caisse populaire Desjardins de Sillery.

Négociations

Aux yeux de M. Magnan, il est évident que le maintien de Mme Brochu à BMO a fait l’objet de négociations entre la gestionnaire et le gouvernement Legault avant son entrée en poste. 

« Le gouvernement a mis de l’eau dans son vin parce qu’il voulait Mme Brochu, une dirigeante reconnue. Il semble plausible que cela soit la solution de compromis à laquelle ils sont arrivés », dit-il. 

Les liens d’affaires avec Hydro-Québec sont mineurs, note M. Magnan, mais ils sont bien présents. Ainsi, BMO fait fort probablement partie des syndicats financiers avec lesquels traite Hydro-Québec pour ses émissions de dette, rappelle l’expert de l’Université Concordia. 

Au bureau du premier ministre François Legault, on soutient que « rien ne permet de conclure que Mme Brochu se trouve en conflit d’intérêts ». « C’est une femme brillante, compétente et visionnaire, qui a une connaissance fine du secteur énergétique et qui a su démontrer ses qualités d’administratrice », a soutenu Ewan Sauves. 

En entrevue à Radio-Canada récemment, Mme Brochu a pour sa part soutenu qu’il est bénéfique pour Hydro d’avoir une dirigeante au fait du secteur financier. 

D’autres exemples 

Revenu Québec

Carl Gauthier est au CA de La Capitale (bénévole)

Héma-Québec

Nathalie Fagnan siège à La Presse et au Théâtre Prospero (bénévole)

Société de développement de la Baie-James

Alain Coulombe est aux CA de Pourvoirie Mirage inc. et Mirage Aviation inc., et de Développement Matagami (bénévole)

Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ)

Gilles Lajoie préside le CA de Protégez-Vous, un OSBL (bénévole)