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Un autre programme d’aide de Trudeau rate sa cible

Francis Halin | Journal de Montréal

Le 1er juillet dernier, Mireille Caron, propriétaire d’Encadrements Frontenac, une petite entreprise de Sherbrooke, a lancé un cri du cœur sur les réseaux sociaux.

Photo courtoisie

Le 1er juillet dernier, Mireille Caron, propriétaire d’Encadrements Frontenac, une petite entreprise de Sherbrooke, a lancé un cri du cœur sur les réseaux sociaux.

Une patronne d’une PME d’encadrement de Sherbrooke au bout du rouleau qui n’arrive pas à avoir le prêt de 40 000 $ du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes dénonce ses critères.

« Ceux qui ont construit ce programme-là ne sont pas des entrepreneurs. C’est clair. Il faut que ce programme soit accessible pour de vrai, sinon ce n’est que du paraître. On joue avec le temps. On étire le temps », soupire Mireille Caron, propriétaire d’Encadrements Frontenac, à Sherbrooke.

Lancé en avril, le Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes (CUEC) offre des prêts de 40 000 $ aux petites entreprises touchées par la COVID-19. Celles qui le remboursent en deux ans ont droit à une subvention de 10 000 $.

Le hic, c’est que le programme, qui a assoupli ses règles à plusieurs reprises, rate toujours sa cible, selon des entrepreneurs d’ici étranglés de dettes.

À Sherbrooke, en Estrie, Mireille Caron, qui s’occupe de son petit magasin seule en survivant à même ses maigres profits, n’est toujours pas admissible.

« Pour y avoir droit, je dois avoir des frais fixes de loyer, d’électricité, etc., d’au moins 40 000 $, mais je n’ai que 34 200 $, alors ça ne marche pas », résume-t-elle.

Aujourd’hui, Mme Caron, qui a son métier dans le sang, n’exclut pas la faillite.

« Je n’ai pas payé mon loyer depuis quatre mois. Dieu merci, j’ai un propriétaire qui comprend. Il a fallu que je me fasse construire une cage de verre contre la COVID-19. Je dois 2000 $ à mon fournisseur », confie-t-elle.

Au Québec, environ 140 000 entreprises ont pu bénéficier du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes en date du 3 juillet dernier, selon des données obtenues par Le Journal.

PME oubliées

Dans l’ensemble du pays, plus de 12 % des PME qui auraient besoin de cette aide d’urgence sont toujours incapables de l’avoir, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

« On aimerait que le seuil de 40 000 $ soit abaissé au plus vite parce qu’il y a trop d’entrepreneurs qui passent encore dans les mailles du filet. Il y a urgence », a déploré son vice-président, affaires nationales, Jasmin Guénette.

Selon lui, Ottawa doit élargir les critères d’admissibilité, augmenter le prêt de 40 000 $ à 60 000 $ et bonifier sa subvention au plus vite.

Joint par Le Journal, le cabinet de la ministre de la Petite entreprise, Mary Ng, a rappelé que les critères ont déjà été modifiés.

« Nous savons que les propriétaires de petites entreprises avec des comptes bancaires personnels ont besoin de notre aide, nous travaillons donc le plus rapidement possible pour leur fournir ce soutien supplémentaire en cette période difficile », a ajouté son attaché, Ryan Nearing.

Il a précisé que le CUEC n’est qu’une des mesures de son gouvernement pour soutenir les entreprises pendant ce défi sans précédent.

« Nous continuerons à aider les propriétaires d’entreprises et les entrepreneurs alors que nous entrons dans la phase de redémarrage et de reconstruction», a-t-il conclu à propos du programme, qui devrait coûter plus de 55 milliards $ au Trésor public.


Pour avoir droit au Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes (CUEC), les demandeurs doivent prouver qu’ils ont cette année des dépenses admissibles ne pouvant être reportées entre 40 000 $ et 1 500 000 $.