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Les bars de Montréal activent leur mode survie

Alex Proteau | Agence QMI

Depuis que le gouvernement a annoncé jeudi que les bars devraient cesser de servir de l'alcool à minuit et qu'ils devraient limiter leur clientèle à 50 % de leur capacité, des tenanciers doutent de la survie de leurs établissements. 

Mike Sicuso et Richard Janelle, propriétaires du Petit 26 dans le quartier Villeray, ne mâchent pas leurs mots. Avec la réduction de 50 % de leur capacité, le Petit 26 accueillera dorénavant un maximum de 12 personnes.

«La question [à se poser] est: est-ce qu’on peut payer nos comptes?» a dit M. Sicuso, en s’insurgeant face au refus d’une aide additionnelle pour les bars par le gouvernement lors du point de presse de la Santé publique jeudi.

Des «mesures disciplinaires auraient dû être appliquées aux contrevenants et non à l’ensemble des bars», a ajouté M. Sicuso.

Les deux propriétaires faisaient au préalable des partenariats avec des restos-bars avoisinants pour élargir leur clientèle. Les établissements qui fermaient à minuit suggéraient à leur clientèle encore sur place d'aller au Petit 26, ce qui ne sera plus possible.

«Maintenant, ce sont des compétiteurs», a-t-il expliqué.

GUILLAUME CYR/24 HEURES/AGENCE QMI

Émotions mélangées

Le propriétaire de la Drinkerie Ste.Cunégonde sur la rue Notre-Dame Ouest, Simon Dunn, comprend la décision prise par la Santé publique. «Ça ne nous fait pas plaisir», a-t-il toutefois tenu à dire.

«Ils ont bien joué leur carte. Ils ont fait planer le doute comme quoi ils allaient nous fermer complètement. En nous disant: ‘’vous fermez à minuit’’, c’est mieux que fermer complètement. Mais pour certains endroits, fermer à minuit, ça veut dire fermer complètement», a-t-il exprimé.

Questionné à savoir s’il est victime des agissements d’autres établissements lors des dernières semaines, M. Dunn est catégorique. «C’est certain», a-t-il exprimé brièvement.

«Je ne pense pas qu’il n’y a personne qui s’en fout complètement de la sécurité de ses clients. Je pense seulement que certains prennent plus ça à la légère et perdent le contrôle», a-t-il mis en contexte.

Malgré ces nouvelles mesures, la Drinkerie Ste.Cunégonde demeurera ouverte. «On va continuer de se battre jusqu’à la fin», a-t-il maintenu.

La fin des boîtes de nuit?

En plus de devoir cesser de servir de l'alcool et de fermer leurs portes à 1 h du matin, les bars devront empêcher leur clientèle de danser. Émilie Amyot, propriétaire du Ping Pong Club et de la boîte de nuit Mme Lee sur Ontario, n’ouvrira pas le Mme Lee. «Tu vas dans un club pour danser, être collé et être debout», a-t-elle indiqué, expliquant qu'elle manque aussi de mobilier pour asseoir tout le monde.

Ces mesures causeront probablement un changement de vocation du Mme Lee. «On ne peut pas distancer le monde. On ne peut pas faire danser le monde, on n’a pas de places assises et en plus on ferme à minuit. Tous les clubs ne pourront pas rouvrir», pense-t-elle quant aux prochains jours des clubs.

Quant à ces nouvelles mesures, la tenancière de deux bars déplore le manque d’ouverture du gouvernement.

«Ils nous coupent ça tout de suite! Ils ont fait ça vite un peu», a dit celle qui notait une nette diminution du nombre d’interventions auprès de ses clients la semaine dernière par rapport à la précédente.

Terminer la soirée à minuit ne fait que déplacer le problème d’endroit, avance Mme Amyot.

«Les gens vont aller dans les maisons faire des house party. Les gens n’iront pas se coucher à minuit», a-t-elle conclu.