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Des victimes unies pour éviter la sortie d’un tueur

Claudia Berthiaume | Le Journal de Montréal

Francis Jutras a été déclaré non criminellement responsable du meurtre de François-Xavier Théberge commis en octobre 2015 à l’aide d’un marteau.

Photo d'archives

Francis Jutras a été déclaré non criminellement responsable du meurtre de François-Xavier Théberge commis en octobre 2015 à l’aide d’un marteau.

Les victimes d’un tueur au lourd passé psychiatrique, qui a sauvagement attaqué trois personnes avec un marteau, ont uni leurs voix jeudi pour tenter d’éviter qu’il puisse bénéficier de sorties.

« Je n’ai pas de préjugés contre les schizophrènes, j’en côtoie à mon travail. Mais Francis Jutras n’est pas comme eux. C’est un meurtrier [...]. Il est dangereux et ne devrait jamais se retrouver dans les rues », a déclaré Marie-Josée Guilbeault, au palais de justice de Montréal.

La mère de famille a bien cru y rester lorsqu’elle a été assaillie par Jutras le 13 octobre 2015, dans une rue de Laval. 

Tout comme Gilles Fortin, qui a lui aussi eu la peur de sa vie ce soir-là. 

« S’il reste enfermé, ça me rassure qu’il ne fera pas vivre ça à quelqu’un d’autre », a écrit l’aîné dans une lettre lue par la Couronne.

Investi d’une « mission marteau » dictée par le « pirate informatique » qui vivait dans sa tête, Jutras a frappé trois personnes choisies au hasard.

Parmi celles-ci, c’est François-Xavier Théberge, 19 ans, qui a eu le moins de chance. Le passionné de hockey, qui revenait à pied d’un rendez-vous chez le dentiste, n’a pas survécu à la violente attaque. 

Jeune passionné de hockey, François-Xavier Théberge n’a pas survécu à l’attaque au marteau de Francis Jutras.

Photo courtoisie

Jeune passionné de hockey, François-Xavier Théberge n’a pas survécu à l’attaque au marteau de Francis Jutras.

« Il a fallu qu’un autre juge avant vous décide que Francis Jutras avait sa place en société pour qu’il arrive ce qui est arrivé à mon fils. Ne faites pas la même erreur », a prévenu le père de la victime, Benoît Théberge, en s’adressant au juge de la Cour supérieure, Marc-André Blanchard.

Prendre une chance? 

« Êtes-vous prêt à prendre la chance qu’il fasse une autre victime ? Êtes-vous prêt à vivre avec ça ? » a renchéri sa conjointe, Marie-France Bélisle.

Si les parents de François-Xavier Théberge ont été si insistants avec le magistrat hier, c’est que le tueur demande au tribunal de lui retirer son statut très restrictif d’« accusé à haut risque ».

L’homme de 39 ans a reçu cette étiquette, dont seule une poignée de délinquants canadiens sont affublés, lorsqu’il a été déclaré non criminellement responsable du meurtre et des deux tentatives de meurtre, en raison de ses troubles mentaux.

Détenu à l’Institut Philippe-Pinel à Montréal depuis, son sort demeure entre les mains de la Cour supérieure pour qu’il puisse bénéficier de tout élargissement de conditions. 

Or, son psychiatre, le Dr Frédéric Millaud, est d’avis que ce statut particulier devrait être révoqué afin qu’il bénéficie de sorties accompagnées, pour continuer à cheminer dans son plan de traitement.

« Soulagé d’un carcan » 

« M. Jutras a le droit de demander à la cour d’être soulagé d’un carcan qui n’est plus le sien aujourd’hui », a plaidé Me Yves Poupart, de la défense.

Une démarche à laquelle s’opposent les victimes et leurs proches ainsi que la Couronne, représentée par Mes Karine Dalphond et Jean-Sébastien Bigras.


Le juge Marc-André Blanchard a pris l’affaire en délibéré.