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Jean-Philippe Dion : «Je veux faire avancer les choses»

Francisco Randez

PHOTO COURTOISIE/Productions Déferlantes

Comme plusieurs, Jean-Philippe Dion a profité du confinement pour faire le point sur sa carrière et ses projets. Bien que la présente situation puisse paraître vertigineuse, le producteur et animateur avoue que ces quelques mois d’isolement lui ont permis de mettre le cap sur ses véritables motivations. 

Jean-Philippe, comment vas-tu?

Très bien! En fait, je ressens un mélange de stress et de calme. Il y a tellement d’inconnu, ça me donne un peu le vertige! Le confinement a fait ressortir mon côté sauvage; je réalise que je pourrais passer du temps isolé à la campagne pendant de longues périodes sans problème. Il y a quelque chose de vertigineux dans le fait de voir à l’horizon le recommencement d’une vie sociale.

Tu mentionnes ta nature sauvage. Paradoxalement, tu es aujourd’hui une des personnalités les plus en vue au Québec. Comment as-tu vécu cette transition?

Je dirais que je l’ai vécue de la bonne façon. Ça s’est fait graduellement et j’avais déjà une bonne expérience avec le milieu télévisuel. J’avais vécu de grandes expériences derrière la caméra, donc l’aspect animation s’est en quelque sorte ajouté naturellement. Et puis mon chum, avec qui j’étais déjà en couple depuis quelques années, m’a épaulé tout au long du processus. Il est la force tranquille de notre couple, et il m’a permis de toujours garder les pieds sur terre. Cela dit, à certains moments, j’ai dû relever des défis en animation pour lesquels j’avais parfois l’impression de ne pas être prêt.

Comme quoi?

Je n’ai pas fait d’école de télévision ou de journalisme, et de fil en aiguille je me suis retrouvé à animer la chronique culturelle de «Salut Bonjour» tous les matins, la quotidienne de «Star Académie», puis «Accès illimité» est arrivé. J’avais l’impression d’avoir à faire des pas de géant et d’être toujours déstabilisé. J’ai trouvé ces années difficiles. Je n’étais jamais satisfait ce que je faisais, mais c’est comme ça que je me suis forgé dans ce métier! Aujourd’hui, avec toutes les expériences d’animation que j’ai vécues, je me sens plus solide.

Tout ce que tu crées repose sur des valeurs fortes. J’ai l’impression que tu as un grand désir de contribuer à améliorer le monde dans lequel tu vis, est-ce que je me trompe?

Tu vas peut-être trouver que je ne suis pas crédible, mais je me suis toujours considéré comme un «outsider». Je ne fais pas ce métier pour faire partie du showbiz, qui comporte parfois un peu d’artifice. J’ai toujours eu envie que mon métier serve à quelque chose. C’est vraiment à travers mon rôle de producteur que j’ai pu commencer à exprimer ce désir. Le documentaire «#Bye» a d’ailleurs été une révélation. Ce projet m’a permis de réaliser que je pouvais combiner le métier que j’aime avec passion et mon désir d’avoir une voix et de contribuer à changer les choses dans notre société.

Ta grand-maman a été une personne très importante dans ta vie. Avec la situation des derniers mois au Québec quant au traitement réservé aux aînés, où en es-tu dans tes réflexions?

Je ne peux pas en dire trop, mais depuis quelque temps déjà, je travaillais en équipe sur un projet dont le sujet est la condition des aînés au Québec. Au cours des dernières semaines, nous en avons fait une priorité. J’agis à titre de producteur et aussitôt que l’animatrice et créatrice du projet m’a approché, j’ai accepté! Je veux évidemment qu’à travers ce projet, on parle de la qualité des soins de santé pour les aînés, mais aussi qu’on se questionne sur la place qu’on fait aux aînés dans nos vies. Ce qui m’attriste, c’est que je trouve que nous ne les aimons pas assez. Plein de familles ne s’occupent pas de leurs parents ou grands-parents. Je veux contribuer à pousser la réflexion à ce sujet.

Aujourd’hui, considères-tu que ta place dans les médias est aussi une occasion de faire avancer les choses?

C’est certain! Je trouve que ça prend du temps dans une carrière pour apprendre qui on est et trouver notre place dans notre milieu professionnel. On a tendance à se comparer et à se concentrer sur ce que les autres ont, mais qu’on n’a pas. Pendant quelques années, cette espèce de pression qui vient avec le fait de se comparer m’a amené à faire des choix qui n’étaient pas les meilleurs pour moi. Dans les deux dernières années, j’ai fait un tri dans mes activités professionnelles, et ça m’a permis de découvrir que j’aime me concentrer sur une chose à la fois et plonger dans des expériences uniques que je prends le temps de bien faire.

Avec des projets comme «Une chance qu’on s’a», on voit que tu as envie de faire du bien à travers ton travail.

Oui, mais je te dirais que la priorité, c’est avant tout de créer des dynamiques d’équipe où les gens sont heureux. J’ai vécu dans le passé des expériences de télé désagréables, avec des gens qui ne respectaient pas les autres. Je n’ai pas envie de revivre ça et de faire vivre ce genre d’atmosphère à d’autres. Je ne dis pas que c’est toujours simple de travailler avec moi — je suis exigeant envers moi-même et envers mes collaborateurs —, mais je m’efforce toujours de faire en sorte que les gens avec qui je travaille se sentent respectés, reconnus et écoutés. Une fois que ces critères sont respectés, si les projets que je produis favorisent un changement, je vais être très heureux. L’impact qu’une émission peut avoir sur le public, c’est avec du recul qu’on peut l’observer.

C’est le cas de «La vraie nature»?

Exactement. Je ne me suis pas levé un jour en me disant que cette émission allait aider le monde. J’aimais le concept, et je m’imaginais l’animer, mais j’ai vite réalisé que si je voulais que ce projet-là soit pertinent dans ma vie, ça ne pouvait pas simplement être un show où j’interviewais des vedettes. Pour que le contenu ait de l’impact, il faut que les invités se révèlent sincèrement et que les spectateurs puissent se reconnaître en eux. Après quelques tournages, j’ai compris que le concept était très fort, à condition de toujours s’efforcer de le ramener à quelque chose de très humain. Je trouve aussi que ç’a été très audacieux de la part de TVA d’embarquer dans l’aventure, parce qu’à une époque où les émissions sont produites dans une cadence hyper rapide et montées de façon très serrée, «La vraie nature» détonne, avec son rythme lent; c’est quand même un talk-show dans un chalet! Je crois qu’on aime plus que jamais une certaine vérité à la télé et qu’on peut produire de très bons concepts de variétés pourvu que ce soit connecté sur les bonnes valeurs.

J’ai l’impression que tu as traversé plusieurs fois dans ta vie des périodes où tu as rebrassé les cartes. Comment vois-tu la suite des choses?

Je n’ai pas de plan de carrière précis, mais je sais quel genre de producteur et d’animateur j’ai envie d’être. Je dois simplement trouver le bon chemin pour y arriver. Donc, quand des opportunités se présentent et que je dois prendre des décisions, je les prends en gardant cette vision en tête. Mais je dois avouer que la pandémie a changé les choses. Il y a quelques mois, j’avais envie de développer davantage mon côté entrepreneur et d’en mener plus large dans ce créneau. Les derniers mois m’ont fait comprendre que ce n’est pas ce dont j’ai envie. J’ai envie de faire du sur-mesure, d’être un artisan qui polit doucement un diamant. C’est ce que j’aime faire dans la vie. Si j’avais un slogan de compagnie, ce serait «La qualité avant la quantité», et je suis prêt à vivre avec les conséquences de ce type de décision, car je sais que c’est ce qui me rendra fier.