/regional/montreal/montreal

Des espèces en danger: le fleuve Saint-Laurent victime de la canicule

Étienne Paré | Agence QMI

GEN-COVID-19

Joël Lemay / Agence QMI

L’eau a rarement été aussi chaude dans le fleuve Saint-Laurent, une situation qui fait le bonheur de quelques pêcheurs pour le moment, mais qui préoccupent les scientifiques et l’industrie touristique.

«Même à 30 mètres de profondeur, c’est encore chaud. Ça oscille entre 10-13 degrés, alors que la moyenne, c’est entre -1 et 4. Il y a déjà eu des périodes comme ça de deux, mais là, ça fait trois semaines que c’est comme ça!» a constaté le photographe Patrick Bourgeois, qui passe ses étés sur la Côte-Nord depuis plus de 10 ans comme guide de plongée.

Les données sur le site internet de l’Observatoire global du Saint-Laurent confirment ses constats. Samedi, les températures enregistrées à la surface du fleuve dépassaient largement les 15 degrés au large de Baie-Comeau et de Sept-Îles, alors que l’an dernier à pareille date, le mercure peinait à atteindre les 10 degrés. En 2017 et 2018, les eaux étaient encore plus froides.

«Je n’ai jamais vu ça. Le fleuve est un désert à la surface; il n’y a pas de baleine, pas de phoque, pas de marsouin... Il n’y a pas de crabe des neiges. J’ai vu ma première méduse à crinière de lion aujourd’hui, alors qu’habituellement c’est une vedette lors de mes excursions», a déploré Patrick Bourgeois, qui note par ailleurs un nombre particulièrement élevé de homards dans son coin de pays.

Pêcheur heureux

Le phénomène n’est pas nouveau: le homard a tendance à fuir les températures devenues trop chaudes du Maine pour s’installer en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. L’île d’Anticosti accueille aussi des populations de plus en plus importantes depuis quelques années, alors que la température de l’eau y est devenue confortable pour ce crustacé.

«L’an dernier, on avait déjà battu des records, mais là, on bat des records de records. La pêche finit aujourd’hui aux Îles-de-la-Madeleine et le nombre de captures devrait être entre 13 et 14 millions. L’an passé, on était à 11 millions», a illustré le directeur-général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche, Jean-Paul Gagné, qui a cependant ajouté que cette abondance n’allait pas se traduire par une baisse du prix à l’épicerie, comme la valeur du homard a déjà baissé à cause de la pandémie.

Il n’y a pas que les pêcheurs commerciaux qui profitent des bouleversements de la faune aquatique. À cause de réchauffement des eaux, le maquereau est lui aussi davantage présent dans le Saint-Laurent.

«On le remarque depuis plusieurs années, mais là, c’est vraiment plus que d’habitude», a noté Simon Turcotte, un pêcheur de Baie-Comeau qui s’adonne à ce loisir depuis une quinzaine d’années.

Il se réjouit aussi que le bar rayé morde beaucoup plus souvent à l’hameçon. Toutefois, le retour de ce poisson dans l’estuaire inquiète les pêcheurs aux saumons. Les biologistes ne savent pas si ces deux espèces peuvent cohabiter à l’embouchure des rivières qui se jettent dans le fleuve.

«On continue de suivre la situation de près, mais pour l’instant, ça va bien. On a une belle saison», a voulu rassurer Myriam Bergeron, biologiste et directrice générale de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique.

Béluga en danger

Le vétérinaire Daniel Martineau, lui, se fait davantage de souci pour le béluga si le fleuve continuait de se réchauffer de la sorte.

«Il faut savoir que le béluga habite précisément à l’embouchure du Saguenay, car on y trouve un microclimat subarctique possible grâce à un courant venant du Labrador. Ils sont isolés et ne peuvent pas migrer vers l’Arctique», a mentionné celui qui a été le premier à réaliser une nécropsie sur un béluga au Québec.

La population de bélugas dans le Saint-Laurent est considérée depuis 20 ans maintenant comme en voie d’extinction.