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En commuant la peine de Roger Stone: Trump a commis un acte de «corruption»

Guillaume Picard | Agence QMI

Le sénateur républicain Mitt Romney n’a pas hésité samedi à qualifier d’acte de «corruption» la décision du président Donald Trump de commuer la peine de son ami Roger Stone.

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Le politicologue Pierre Martin, qui suit de près la politique américaine, n’est pas surpris que l’occupant de la Maison-Blanche ait fait une faveur à Stone, condamné pour avoir joué un rôle dans l’affaire de l’ingérence russe pendant la campagne présidentielle de 2016.

«Stone a menti pour protéger Trump, donc, essentiellement, ce dernier récompense quelqu’un qui a commis un crime pour couvrir son crime à lui. La clé de la détermination d’un acte criminel dans l’affaire russe, c’était la chaîne de contacts qui pouvait exister entre la campagne Trump, WikiLeaks et l’information volée par les Russes. Et ce point de contact, c’est assez évident que c’était Roger Stone», a dit M. Martin, samedi, en entrevue avec l’Agence QMI.

«La raison pour laquelle il n’y a pas eu suffisamment de preuves pour inculper formellement Trump de malversations, c’est qu’il y a eu entrave à la justice, rôle en partie joué par Stone», a ajouté M. Martin, qui est directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines à l’Université de Montréal.

Risque politique

Fragilisé par sa gestion de la crise sanitaire liée à la maladie à coronavirus, Donald Trump prend un risque politique, à moins de quatre mois des présidentielles, «en accordant une faveur qu’il n’aurait jamais donnée à quelqu’un d’autre», croit Pierre Martin, mais les arguments de Trump veulent que «le jugement était injuste pour Stone et que l’enquête de Muller était injuste».

Condamné en février dernier à une peine de 40 mois de prison, Stone devait se retrouver derrière les barreaux dès la semaine prochaine. Trump a commué sa peine à la dernière minute, vendredi.

«Stone a agi en sachant pertinemment que Trump allait le tirer du pétrin s’il était trouvé coupable, ça fait partie de l’ensemble des entraves à la justice qui ont empêché de révéler toute la vérité sur l’affaire russe», a indiqué Pierre Martin, en soulignant au passage que Stone n’a pas été gracié.

«Stone n’ira pas en prison, mais il n’a pas été pardonné, ça n’efface pas les infractions criminelles de son dossier», a dit M. Martin, en rappelant que le coloré personnage entretient depuis des décennies son image de «mauvais garçon» et se trouve même «valorisé par cette histoire, il s’en fait un point d’honneur».

Advenant l’élection du candidat démocrate Joe Biden le 3 novembre prochain, le département de la Justice pourrait revenir à la charge contre Trump.

«Pour une entrave à la justice, il y a une durée de péremption de cinq ans. Alors si Trump renouvelle son mandat, les accusations tomberaient, mais s’il est battu, les autorités du département de la justice, à savoir s’ils possèdent suffisamment de preuves, pourraient déposer une accusation en bonne et due forme contre Trump», a conclu M. Martin, qui est aussi chroniqueur pour le «Journal de Montréal».