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Les barrages ferroviaires n’auraient jamais dû être tolérés

Patrick Bellerose | Journal de Québec

David Cliche photographié en juin dernier pour les besoins de cette entrevue. L’ex-ministre péquiste est atteint d’un cancer incurable au cerveau et prévoit publier un livre.

Photo Chantal Poirier

David Cliche photographié en juin dernier pour les besoins de cette entrevue. L’ex-ministre péquiste est atteint d’un cancer incurable au cerveau et prévoit publier un livre.

Atteint d’un cancer du cerveau incurable, l’ex-ministre péquiste David Cliche explique, dans un livre à paraître, qu’il a défié des groupes armés autochtones après la crise d’Oka pour que Québec maintienne le contrôle sur l’ensemble du territoire. Selon lui, les gouvernements Legault et Trudeau n’auraient jamais dû tolérer les barrages ferroviaires l’hiver dernier.

«On ne peut pas tolérer des blocages. On est une société de droits. [...] Tu ne peux pas tolérer des morceaux de territoire où le Québec n’a pas d’accès, pas de contrôle. Quand tu tolères ça, c’est le début de la fin», affirme David Cliche en entrevue au sujet de la crise ferroviaire qui a paralysé le pays.

La présence potentielle d’armes n’y change rien. «À l’époque, je disais : vous êtes armés, mais la police a plus d’armes que vous autres», lance-t-il.

Spécialiste des questions autochtones, David Cliche raconte dans Un Québec indivisible comment le chef péquiste Jacques Parizeau l’a chargé, à titre d’adjoint parlementaire, de tisser des liens avec les Premières Nations à l’aube du référendum de 1995, en plus de défendre l’intégrité territoriale du Québec face aux appels à la partition.

À l’époque, les relations avec certaines communautés sont tendues. La crise d’Oka et le blocage du pont Mercier pendant près de trois mois, à l’été 1990, sont encore frais en mémoire. «[...] la Sûreté du Québec ne patrouillait plus sur les réserves indiennes des Mohawks de Kahnawake et de Kanesatake», écrit David Cliche.

Pour un État qui aspirait à la souveraineté, cette situation était «tout à fait inacceptable» puisque cela signifie qu’il est «incapable d’assumer sa responsabilité première, l’application et le respect des lois sur son territoire».

Marijuana à Kanesatake

À deux reprises, David Cliche défiera des groupes armés pour faire appliquer la présence de l’État québécois en territoire autochtone. 

À l’automne 1994, malgré les réticences de son garde du corps et de la Sûreté du Québec, il se rend sur la réserve de Kahnawake, alors contrôlée par «des guérites avec des gardiens armés». 

«En fait, depuis la crise de 1990, je pense que j’étais le premier représentant du gouvernement du Québec à aller dans la réserve indienne de Kahnawake», raconte-t-il.

L’élu menaça même de s’y rendre sans protection, avec sa voiture familiale. «Devant mon entêtement, mon garde du corps accepta de me conduire sur la réserve et j’eus un malin plaisir à saluer de la main les gardiens de la guérite devant laquelle nous passions sans nous arrêter», écrit-il.

L’année suivante, Le Journal et CBC révèlent la présence «d’immenses plantations de marijuana à Kanesatake». David Cliche est d’avis que la police doit intervenir. 

«Le directeur de la SQ était contre cette idée et proposait plutôt d’accroître les contrôles à la sortie des territoires de Kanesatake», relate-t-il. 

Le grand chef mohawk de Kahnawake Joe Norton le met aussi en garde : «Ne faites pas ça, car il va y avoir des morts.»

Restituer la présence de l’État

«Je tenais absolument à faire acte de présence sur le territoire de Kanesatake accompagné de la presse afin de démontrer qu’il n’y avait pas de territoire à l’intérieur des frontières du Québec qui était à l’abri d’une intervention de notre force policière», raconte-t-il.

Finalement, avec l’aide de Joe Norton, David Cliche et le ministre de la Sécurité publique Serge Ménard accompagnèrent les policiers venus éradiquer les plants de marijuana, dans une opération diffusée en direct sur la toute nouvelle antenne de RDI.

«Il fallait restituer la présence de l’État sur ces terres-là. Ce n’est pas vrai qu’on pouvait laisser, impunément à la face des Québécois, des cultures de pot de cette ampleur-là», dit-il.


Son parcours  

-Négociateur pour le Grand Conseil des Cris du Québec de 1980 à 1984.   

-Président du Forum Grande-Baleine de 1991 à 1993.   

-Adjoint parlementaire au premier ministre Jacques Parizeau sur les questions autochtones.   

-Successivement ministre de l’Environnement, du Tourisme, de l’Autoroute de l’information, puis délégué à la Recherche, à la Science et à la Technologie.   

-Directeur de projets au Groupe S. M. International de 2003 à 2005.      

Son point de vue   

Sur la partition du Québec

Le gouvernement fédéral, estime David Cliche, a instrumentalisé le concept de partition du Québec pour faire peur aux électeurs. Bien sûr, les communautés autochtones, notamment les Cris, auraient pu tenter de faire sécession d’un Québec souverain. Mais «bonne chance» pour obtenir la reconnaissance internationale, dit-il. «Par exemple, si les États-Unis acceptent ça, les Navajos auraient pu décider de faire, eux aussi, la souveraineté», illustre-t-il. Même chose pour le Canada et ses communautés autochtones.


Sur l’abandon du projet hydroélectrique Grande-Baleine

Referendum 1995

Photo d'archives

Bien que ce fut un bon projet d’un point de vue économique, David Cliche a convaincu le premier ministre Jacques Parizeau (photo) d’abandonner le projet hydroélectrique Grande-Baleine. Celui-ci était devenu un «symbole» fort de l’opposition entre Cris et l’État québécois. «Quand je faisais des conférences aux États-Unis, il y avait des jeunes qui pleuraient dans la salle à cause du projet hydroélectrique Grande-Baleine», raconte-t-il.


Sur la déclaration de Jacques Parizeau à propos du «vote ethnique»

«Les Québécois ont manqué de force et de fierté pour se dire Oui à eux-mêmes. Ça n’a rien à voir avec les communautés culturelles.»