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Les détaillants ensevelis de canettes et bouteilles vides

Arnaud Koenig-Soutière | Journal de Québec

Rémy Du Berger est carrément débordé de canettes et bouteilles consignées dans la cave de son dépanneur du 601 d’Aiguillon à Québec.

Photo Jean-Francois Desgagnés

Rémy Du Berger est carrément débordé de canettes et bouteilles consignées dans la cave de son dépanneur du 601 d’Aiguillon à Québec.

Commerçants et entreprises de recyclage croulent comme jamais sous les contenants vides consignés après un mois de «déconfinement» de la consigne, un encombrement qui ne serait pas à la veille de se résorber.

Le feu vert a été donné il y a exactement un mois pour que la collecte redémarre auprès des détaillants, alors qu’il s’était écoulé près de trois mois pendant lesquels les consommateurs avaient engrangé les bouteilles et canettes vides chez eux. Leur discipline à les conserver, puis les ramener en magasins, a entraîné un déferlement de bouteilles et de canettes, dans les boutiques spécialisées jusqu’à l’usine de transformation, en passant par les épiceries.

«C’est le bordel!» s’exclame Rémy Du Berger, propriétaire de trois dépanneurs spécialisés dans la ville de Québec.

«Je n’ai jamais eu de “vides” comme j’en ai en ce moment. [...] Je suis pris jusqu’aux oreilles avec ça. On n’a pas plus d’espace, lance-t-il. On pensait tous que le monde mettrait ça au recyclage [pendant le confinement], mais non ! Je vous confirme qu’ils ont tout gardé.»

«On empile, on empile, on empile... On est enseveli sous les canettes. Heureusement, c’est un peu moins grave pour les bouteilles», nuance la propriétaire du Monde des bières, Joanie Bouchard.

Débordés

M. Du Berger se considère comme relativement chanceux : l’entreprise chargée de collecter les «vides» dans ses succursales passe fidèlement toutes les deux semaines. Or, tous ne peuvent se réjouir d’une pareille assiduité. Joanie Bouchard a constaté un «gros boom» dans ce premier mois de «déconfinement» de la consigne. Or, «ça va bientôt faire un mois» qu’une entreprise n’est pas venue la décharger des contenants vides.

«On est à un point où il faut qu’on [y] consacre une autre pièce», confie-t-elle, une avenue à laquelle s’est aussi résigné Rémy Du Berger.

Le PDG de l’Association des détaillants en alimentation, Pierre-Alexandre Blouin, s’inquiète que cet encombrement force ses membres à devoir faire fi de leur obligation légale de collecter la consigne.

«Dans certains cas, des détaillants ont dû commencer à refuser de prendre la consigne. C’est comme si certains récupérateurs oubliaient qu’on est leurs clients et qu’on vend leur produit», déplore-t-il.

Hasardeux fruit du hasard pour les entreprises qui récupèrent ce précieux aluminium : la reprise de la consigne coïncide avec le mois de juin, invariablement le plus occupé de l’année. 

«Nous, on roule à 150 % présentement. [...] Tout le monde roule comme on n’a jamais roulé. Le système n’est pas conçu pour arrêter pendant trois mois. C’est correct de dire aux gens de garder la consigne, mais le système n’était pas prêt pour ça», indique le directeur des opérations de Recycan pour l’ensemble du Québec, Frédéric Tremblay, conscient des importants retards de collecte. 

Ralentir le système

Les contraintes sanitaires liées à la COVID-19 créent aussi des remous jusqu’au centre de recyclage de l’entreprise à Baie-d’Urfé, où des camions-remorques attendent parfois par dizaines pour être déchargés. Les sacs de canettes non écrasées, favorisés par plusieurs détaillants pour éviter que leurs employés manipulent les contenants, viennent notamment compliquer l’opération.

«Ça ralentit énormément le système, autant que le retard de trois mois. Pour traiter le même nombre d’unités, ça prend trois fois plus de ressources», rapporte M. Tremblay, indiquant que les répercussions de cette surcharge se feront sentir minimalement sur «des semaines».

Recyc-Québec, qui évoque une «hausse significative du volume», somme les détaillants «d’utiliser leurs récupératrices automatisées» pour «mieux gérer le débit de contenants».