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WE Charity | Justin Trudeau regrette

Émilie Bergeron | Agence QMI

Le premier ministre Justin Trudeau s'est excusé, lundi, de ne pas s'être retiré des discussions entourant l'octroi d’un contrat sans appel d'offres à WE Charity, ce qui n'a pas contenté les partis d'opposition.

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«Je comprends que c’est une situation où j’aurais dû me retirer dès le début à cause de l’implication de ma famille. Je ne l’ai pas fait», a répété M. Trudeau en point de presse devant sa résidence de Rideau Cottage, à Ottawa, disant éprouver de profonds regrets.

Le chef libéral est talonné de questions sur le sujet depuis plus de deux semaines, dès son annonce que l’organisme WE Charity, proche des Trudeau, administrerait le programme de 900 millions $ de bourses pour des étudiants privés de revenus en raison de la COVID-19.

Margaret Trudeau, la mère du premier ministre, a touché 250 000 $ pour ses participations à des événements orchestrés par l'organisation entre 2016 et 2020. Alexandre Trudeau a pour sa part reçu 32 000 $ pour sa contribution à l’organisme, alors que son frère était à la tête du gouvernement.

«Je savais que [...] les membres de ma famille travaillaient avec cet organisme, étaient impliqués avec cet organisme, mais je n’avais pas les détails de leur rémunération et j’aurais dû avoir ces détails-là et je le regrette», a dit le premier ministre à ce sujet.

Il a par après ajouté qu’il n’était «pas surpris» que son frère et sa mère aient été rémunérés pour leur collaboration auprès de WE Charity.

Dans son mea culpa, le chef libéral a surtout insisté sur le fait qu’il regrette que son «erreur» retarde l’accès à des fonds pour des étudiants éprouvés par la crise sanitaire. WE Charity, face au flot de critiques, s’est retirée de la gestion du programme et ce dernier sera finalement administré par l’État.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a aussi fait acte de contrition, lundi, en émettant une déclaration sur Twitter. Ses filles sont liées à WE Charity et l’une d’elles y occupe un poste rémunéré.

Insuffisant

Les excuses de lundi n’ont pas convaincu les partis d’opposition, qui poursuivent leurs offensives après avoir réussi à déclencher, notamment, une nouvelle et troisième enquête du Commissariat à l’éthique visant le premier ministre.

«S’excuser, c’est un peu plaider coupable. Or là, il plaide coupable à ce qui serait un énorme conflit d’intérêt», a réagi le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, en entrevue avec l’Agence QMI.

Il a réclamé, à nouveau, que M. Trudeau se retire de ses fonctions le temps que la lumière soit faite et qu'il passe, dans l’intervalle, les rênes à la vice-première ministre Chrystia Freeland. Il a précisé que cela ne signifie pas nécessairement que ce retrait doive durer jusqu'à la fin de l’enquête du commissaire à l’éthique Mario Dion.

«Est-ce que ça prendra les sept mois que le commissaire à l’éthique va vouloir? Est-ce que ce sera révélé dès les prochaines semaines dans les comités?», s’est-il interrogé, comparant M. Trudeau à un enfant qui s’excuse avant de reproduire le même genre d’erreur.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a aussi insisté sur la récurrence des fois où M. Trudeau a été «coincé», rappelant l'affaire SNC-Lavalin et celle de l’Aga Khan.

Les conservateurs, qui ont demandé lundi une réunion d’urgence du comité parlementaire de l’éthique, se sont aussi montrés insatisfaits.

«Je ne crois pas que les Canadiens vont avaler ça», a lancé sur Twitter leur lieutenant québécois, Alain Rayes.

On ne savait pas, lundi, quand se tiendrait cette réunion ni ce qu’il adviendrait des demandes formulées auprès de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du comité parlementaire des Finances pour faire la lumière là-dessus.

M. Trudeau pourrait être appelé à témoigner non seulement aux Communes, mais aussi au Sénat. Le sénateur conservateur Don Plett a envoyé une lettre au président de la chambre haute pour le sommer de rappeler des sénateurs en comité plénier afin qu'ils entendent une série de témoins, dont le premier ministre.