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La Couronne s’attaque à la «bonne réputation» de Salvail

Antoine Lacroix | Le Journal de Montréal

En pleine vague de dénonciations qui frappe le Québec, Éric Salvail est de retour au palais de justice de Montréal lundi matin alors que la Couronne veut faire entendre de nouveaux témoins contre l’animateur déchu dans le cadre de son procès.  

«[Éric Salvail], par son propre témoignage et sans y être incité, a mis en jeu sa bonne réputation en tentant de démontrer qu’il n’est pas le “genre de personne” qui agresse les gens dans la vie», peut-on lire dans la requête en autorisation de contre-preuve déposée par la procureur Me Amélie Rivard.  

La Couronne souhaite donc ajouter trois témoignages troublants contre l’ex-animateur, qui découlent « d’une vague de dénonciations spontanées et non sollicitées ayant suivi la médiatisation des propos » tenus par Salvail lors de son procès.   

Selon la poursuite, la «bonne réputation» de ce dernier est un «point central» dans sa défense. 

Insistant  

Éric Salvail est accusé d’agression sexuelle, de harcèlement et de séquestration qui seraient survenus en 1993. Selon la poursuite, Salvail aurait commis ses crimes alors qu’il travaillait à Radio-Canada, tout comme la victime alléguée Donald Duguay.

Dans les nouveaux témoins que la Couronne veut faire entendre, ils racontent tous avoir subi des gestes déplacés de nature sexuelle de la part d’Éric Salvail, soit par des commentaires de manière récurrente ou des attouchements. Ils l’ont décrit comme une personne insistante. 

L’un d’eux a raconté aux policiers que plusieurs événements se sont produits, sur une longue période. 

L’accusé avait notamment tenté à un moment de lui insérer sa langue dans l’oreille. Aussi, il se serait fait tâter les fesses ou s’être fait suivre dans l’ascenseur. 

Un autre a dit s’être fait empoigner par derrière et que Salvail se serait mis à se frotter sur lui. Il a aussi senti son souffle dans son cou. 

Le dernier a indiqué que l’ex-animateur avait glissé sa main sur sa craque de fesse jusqu’à se rendre à ses testicules. Après s’être dépris de cette étreinte, Salvail l’aurait suivi et aurait baissé son pantalon, «exhibant son pénis en l’invitant dans le bureau des recherchistes», peut-on lire.

Un interdit de publication empêche de les identifier. Toutefois, il est à noter les trois n’ont pas voulu porter plainte contre Éric Salvail. 

Opposition  

De son côté, l’avocat de l’ancien animateur, Me Michel Massicotte, s’oppose à ce que ces témoignages soient pris en compte pour le procès de son client. 

Selon lui, les gestes qui ont été décrits par les trois témoignages ne sont pas similaires à ce qui aurait été subi par la victime dans le dossier, Donald Duguay, faisant en sorte qu’ils devraient être écartés. Il a aussi mis en doute la crédibilité des nouveaux témoins. 

Rappelons que pour l’accusé, les gestes qui lui sont reprochés contre M. Duguay sont «farfelus».

«Je n’aurais pas touché à cette personne, avait témoigné Salvail. Je ne l’ai pas harcelé. Non seulement je n’étais pas là, mais surtout, je n’aurais pas agressé Donald Duguay. Je m’en serais souvenu.»

La requête est débattue aujourd’hui au palais de justice de Montréal devant le juge Alexandre Dalmau. Ce dernier n’a pas indiqué à quel moment il allait rendre sa décision.