/news/coronavirus

Les frais de garderie des employés payés

Francis Halin | Journal de Montréal

Adfast a été un des premiers à se lancer dans la fabrication de produits désinfectants pour participer à l’effort de guerre demandé par Québec au début de la pandémie.

Photo Francis Halin

Adfast a été un des premiers à se lancer dans la fabrication de produits désinfectants pour participer à l’effort de guerre demandé par Québec au début de la pandémie.

Un patron d’une PME qui a payé 100 % des frais de garderie de ses travailleurs dès le début de la pandémie estime avoir un chiffre d’affaires de 60 millions $ parce qu’il traite bien ses employés.

« Notre programme de garderie devrait nous coûter un bon 50 000 $. C’est rien. J’ai du mal à comprendre ceux qui ont de la misère à trouver des journaliers à 14 $ ou 15 $ l’heure. C’est normal, McDonald’s paye plus cher que ça ! Les nôtres commencent à 25-30 $, et ça monte à 50 $ l’heure », lance au Journal Yves Dandurand PDG d'Adfast.

Fondée par son père en 1978, l’entreprise d’assemblage d’attaches mécaniques et d’outils a pris son envol en 1996 en fabriquant des adhésifs. Son nom, Adfast, vient de l’anglais, (ADhesive) et (FASTener).

Aujourd’hui, la PME est l’un des plus gros fabricants de scellant au pays avec 125 employés dans trois usines à Saint-Laurent et huit centres de ventes et de distribution en Amérique du Nord. 

L’entreprise dérange les géants européens et japonais, qui rêvent de l’avaler. 

« C’est normal qu’ils veuillent nous acheter : on leur vole leurs clients. On nous a proposé 80 millions $ avant la crise », souffle-t-il.

Pas de facture 

Aux yeux du patron d’Adfast, son programme de garderie n’a rien d’exceptionnel. Quand on lui demande s’il exige des factures de ses employés avant de les rembourser, il répond qu’il n’en ressent pas le besoin.

« On ne s’obstine pas. On ne va pas vérifier. Ce sont des gens honnêtes ici. Ils sont là depuis des années. Ils n’ont pas envie de tricher l’entreprise », dit-il.

À deux pas de lui, à l’accueil, sa coordonnatrice au service à la clientèle, Marta Biffi, raconte spontanément son expérience, qui a rendu jalouse autour d’elle durant le confinement.

« J’ai une fille de sept ans. Ce n’était pas évident de se retourner si vite. Il n’y avait plus d’école, de famille ou de garderie. Ça m’a permis de continuer à travailler sans devoir m’occuper de ma fille », confie-t-elle, rassurée de savoir qu’elle pourra en profiter encore en cas de deuxième vague.

Une vision qui détonne 

Au-delà des frais de garde payés, la vision d’entreprise d’Adfast revendiquée par son dirigeant détonne avec celle d’autres PME manufacturières.

« Si tu crées une machine à faire de l’argent, et que ça bénéficie juste à deux ou trois personnes, tu n’as pas le droit d’exister. Tu sers à quoi ? Tu rends du monde extrêmement riche et ça rend tout le monde inconfortable », laisse tomber Yves Dandurand.

Plusieurs fois en cours d’entrevue, l’entrepreneur martèle que son chiffre d’affaires de 60 millions $ n’a rien à avoir avec lui, mais qu’il reflète le sentiment de fierté des travailleurs d’usine.

« On est extrêmement rentable. Pas parce qu’il y a deux ou trois personnes en haut qui sont des génies, mais parce qu’on a mobilisé notre monde. Quand on a des gains, tout le monde gagne. On augmente immédiatement les salaires », poursuit-il.

Plus valorisant 

Au passage, le PDG coloré écorche les patrons qui font étalage de leur richesse en disant qu’il ne rêve pas d’avoir une « maison grosse comme une école ou un bateau » et qu’il trouve plus valorisant de créer de bons emplois.

« Chaque employé est un décideur, un innovateur. Écoute-le. Il est sur la ligne de production. Il voit des choses. Si tu ne l’écoutes pas, il va te manquer de l’information. Si tu as quatre niveaux de hiérarchie, ça ne marchera jamais », conclut-il, en esquissant un sourire à travers son masque.