/news/currentevents

Mort en se protégeant de la COVID

Anne-Sophie Poiré | Le Journal de Montréal

Monique et Raymond Bergeron, au 75e anniversaire de monsieur, en septembre.

Photo courtoisie

Monique et Raymond Bergeron, au 75e anniversaire de monsieur, en septembre.

Un couple marié depuis plus de 50 ans se protégeant de la COVID en buvant du café à l’extérieur des Halles d’Anjou a été tragiquement séparé quand un véhicule a percuté le VUS dans lequel il prenait place.

« Mes parents avaient l’habitude de prendre un café et une collation à l’intérieur du centre d’achats. C’était leur sortie, raconte difficilement Nancy Bergeron Taddeo. Ils jasaient, ils se remémoraient des souvenirs. »

Raymond et Monique Bergeron, deux Montréalais âgés de 75 et de 72 ans, formaient un couple très uni. Le camionneur retraité et la mère à la maison « ne voulaient jamais se causer de troubles », souligne leur fille unique.  

Dans le stationnement

Ils allaient prendre leur petit café depuis une trentaine d’années aux Halles d’Anjou, en face des galeries du même nom. 

« Ils aimaient ce moment d’intimité », poursuit-elle. 

Mais la pandémie les a laissés craintifs de contracter le virus. Ils ont donc décidé de poursuivre ce tête-à-tête, mais en troquant l’aire de restauration du centre commercial pour son stationnement extérieur. 

Fidèles au poste ce premier samedi de juillet, ils sirotaient tranquillement leur café dans leur VUS immobile. 

Un peu avant 11 h 40, un véhicule a fait une manœuvre de recul dans le stationnement arrière des Halles d’Anjou, rapporte le Service de police de la Ville de Montréal. 

Pour une raison toujours inconnue, il a ensuite roulé en direction nord puis a foncé de plein fouet sur l’arrière du véhicule des Bergeron avant de s’emboutir dans un camion semi-remorque garé juste à côté.

Le conducteur de 76 ans et sa passagère de 74 ans n’ont subi que des blessures mineures. Une expertise mécanique déterminera les causes de la perte de contrôle de leur véhicule.  

Merci à la ceinture

La mère de Nancy Bergeron Taddeo, qui était attachée, s’en est sortie avec une fracture à la hanche et au bassin, mais son père, lui, a succombé à ses blessures quelques heures après la collision, entouré de sa fille, de sa femme et de ses deux petits-enfants.  

« C’est peut-être la ceinture qui a sauvé ma mère », soutient-elle.

Arrivé à l’hôpital, M. Bergeron a repris connaissance, mais sans souvenir de l’accident. « Il respirait seulement avec la machine, souffle-t-elle. Avec la médication pour le soulager, il s’est rendormi et ne s’est jamais réveillé. »

Même si elle ne réalise toujours pas la mort de son père, Nancy Bergeron Taddeo ne souhaite pas entretenir de colère à l’égard de l’autre conducteur. 

« Mes enfants disent que mon père est décédé en héros parce qu’il a absorbé une partie de l’impact de l’autre véhicule sur le semi-remorque », lance Mme Bergeron Taddeo. 

« Et mon père était drôle avec ses blagues, poursuit-elle tendrement. Il aurait voulu qu’on continue à avancer ensemble. »