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Port du masque: furieux de devoir jouer à la police

Jean-Michel Genois Gagnon | Le Journal de Montréal

Déjà à bout de souffle, des commerçants digèrent mal d’être contraints à jouer à la police en s’assurant que leurs clients portent un masque en plus d’être passibles d’amendes s’ils ne font pas respecter la consigne adéquatement.

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«On est en tabarnak. [...] On vient de passer à travers une période difficile où nous avons mis en place des règles sanitaires pour rouvrir. Là, ils nous donnent la responsabilité de gérer les gens avec des masques. Cela n’a aucun sens», lance au Journal le PDG de La Vie en Rose, François Roberge.

Lundi, le gouvernement a annoncé que le port du masque sera obligatoire dans les lieux publics fermés à partir de samedi.

Les commerçants s’exposeront à des amendes pouvant varier entre 400 $ et 6000 $, tandis que les consommateurs seront épargnés de sanctions, du moins jusqu’au 1er août.

Seulement aux commerçants 

Pour M. Roberge, il est illogique de donner des amendes seulement aux commerçants. Il se dit «estomaqué» par cette nouvelle qui place son organisation et ses employés «dans une situation inconfortable».

«Ce que je trouve déplorable, c’est que ce sont les commerçants qui sont pénalisés et qui devront jouer à la police. [...] Est-ce que, dans le métro, les autorités vont aussi donner des amendes à la Société de transport de Montréal pour les gens qui ne portent pas de masque?», demande l’homme d’affaires.

Selon le PDG du Groupe Boucher Sports, le gouvernement fait fausse route en imposant le masque à travers l’ensemble de la province. Il estime qu’il aurait été préférable de cibler des régions ainsi que des industries. 

«Là, on se retrouve à cibler certains secteurs où il n’y avait pas de problème. Aussi, je ne comprends pas qu’on ne module pas de manière régionale. Il y a des bilans exceptionnels dans certaines régions», ajoute M. Martin Boucher.

L’homme d’affaires croit qu’il sera difficile de suivre les clients dans les magasins afin de s’assurer qu’ils conservent leur masque.

Pour Owen Stroll, de Pantalons Supérieurs au centre-ville de Montréal, la règle du masque obligatoire va trop loin. 

Il comprend sa pertinence dans les transports en commun, mais pas dans sa boutique désertée.

«Tu ne vois pas les clients parler, tu n’entends pas ce qu’ils disent, ce n’est pas une façon d’être en affaires, c’est fâchant», lance-t-il.

Difficultés financières 

Le Conseil canadien du commerce de détail s’inquiète pour sa part de l’impact de cette mesure sur les entreprises déjà en difficultés financières. 

Certaines pourraient être contraintes de remettre du personnel supplémentaire à l’entrée de leur magasin.

«C’est certain qu’on n’est pas content de jouer à la police. [...] Il va falloir gérer les gens qui pensent que la COVID-19 est une farce», souligne le porte-parole Jean-François Belleau. 

«Pour ceux qui sont dispensés médicalement du masque, est-ce que le gouvernement va demander aux citoyens d’aller chercher des certificats médicaux?», demande-t-il.

– Avec Hugo Duchaine