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Une mère porteuse pour Mai Duong, survivante du cancer

Dominique Scali | Journal de Montréal

Mai Duong en compagnie de la petite Béatrice Stesin, âgée de trois jours. « C’est un bébé miracle », dit-elle.

Photo Pierre-Paul Poulin

Mai Duong en compagnie de la petite Béatrice Stesin, âgée de trois jours. « C’est un bébé miracle », dit-elle.

La survivante du cancer Mai Duong, bien connue pour sa vaste campagne de dons de cellules souches il y a six ans, a reçu son plus beau cadeau d’une mère porteuse cette semaine : un deuxième enfant. 

« Elle est incroyable. C’est une femme extraordinaire », s’exclame Mai Duong à propos de celle qui a donné naissance à la petite Béatrice jeudi dernier. 

 « On est complètement gaga, dit-elle à propos de son bébé miracle. On fait juste la regarder tout le temps », ajoute-t-elle en riant.

Mai Duong est cette Montréalaise au coco rasé et au sourire lumineux dont le combat contre la leucémie avait été grandement médiatisé en 2014. 

La maman en 2014 avec sa première fille au moment où elle était en attente d’une greffe de moelle osseuse.

Photo d'archives

La maman en 2014 avec sa première fille au moment où elle était en attente d’une greffe de moelle osseuse.

Elle avait besoin d’une greffe de moelle osseuse pour survivre, mais étant d’origine vietnamienne, aucun donneur n’était compatible. En trois semaines, plus de 1000 personnes de la communauté avaient répondu à la campagne « Sauvons Mai Duong ».

Elle était déjà mère d’une fillette de trois ans à l’époque. Enceinte de son deuxième enfant, elle avait dû se faire avorter avant d’entreprendre ses premiers traitements, à 15 semaines de grossesse.

« Ça a été une décision super triste », se souvient-elle. 

Adieu à sa fertilité  

Aujourd’hui âgée de 40 ans, Mai Duong est considérée comme guérie. Mais les traitements de chimio et de radiothérapie ont miné sa fertilité. 

Heureusement, elle et son conjoint avaient fait congeler quatre embryons en clinique de fertilité juste avant de commencer les traitements de chimiothérapie les plus agressifs. Leur rêve d’agrandir la petite famille était donc possible, mais l’enfant devait être porté par quelqu’un d’autre. 

Au Québec, il est interdit de recourir à une mère porteuse en échange de rémunération. La grossesse doit donc se faire de façon gratuite, comme un don. 

« Il y a donc beaucoup plus de gens qui veulent ce service que de mères porteuses », explique Mme Duong, qui a fait affaire avec une agence qui jumelle les couples et les mères potentielles.

Ils sont ainsi tombés sur la perle rare : Isha-Claire Dey.  

Coup de foudre  

« Ça a été le coup de foudre. Ça a vraiment cliqué », raconte Mme Dey. 

« [Pendant l’accouchement], les infirmières ne pouvaient pas croire qu’on ne se connaissait pas avant », abonde Mai Duong. 

La petite Béatrice Stesin est donc née cette semaine. 

La « boucle du cancer » est maintenant bouclée, se réjouit Mai Duong. 

Dans sa vie, deux mamans lui auront fait un don qu’elle n’oubliera jamais. Celle qui lui a donné le cordon ombilical en 2014, ce qui lui a donné accès aux cellules souches nécessaires pour vaincre sa leucémie. Et Isha-Claire Dey. 

 « C’est le plus beau cadeau qu’on aurait pu espérer. » 

Une femme qui a été touchée par son histoire    

Dès qu’elle a lu l’histoire de Mai Duong, Isha-Claire Dey a su qu’elle accepterait d’être mère porteuse pour elle, pour la première et dernière fois de sa vie. 

Cette technicienne de laboratoire de 40 ans a toujours été touchée par les témoignages de femmes qui peinent à tomber enceinte. Surtout que ses grossesses à elle ont toujours été faciles. 

« Ça a toujours été “bing, bang, boom” », résume celle qui est mère d’une adulte et de deux adolescents.

Sa sœur lui avait déjà demandé si elle voulait être mère porteuse pour elle, mais elle n’en a finalement pas eu besoin. L’idée a toutefois continué de mijoter dans sa tête.

« Je me disais : ‘‘si je suis capable de donner cette chance à quelqu’un d’autre...’’ »

« Ma plus grande crainte, c’était de remettre l’enfant à quelqu’un qui ne le mérite pas ». 

Elle voulait s’assurer de trouver un couple dont elle partagerait les valeurs.  

Mai Duong était « un match parfait ». 

Car elle a non seulement survécu au cancer, mais elle a aussi su rendre son combat utile à d’autres. Trois personnes d’origine asiatique ont pu bénéficier d’une greffe de cellules souches grâce à sa campagne de 2014. Et une fois en rémission, elle a créé la fondation Swab the world, qui tente de recruter des millions de donneurs ethniques à travers le monde. 

« Vous n’avez plus 20 ans »  

La grossesse n’aura toutefois pas été aussi facile que les précédentes, avoue-t-elle. « Le médecin me disait : “Vous n’avez plus 20 ans, Mme Dey”. Il y avait de la rouille dans mon système », dit-elle en riant. 

De plus, elle devait prendre des médicaments qui amplifient les effets de la grossesse, comme la nausée. 

Mais somme toute, l’expérience a été « incroyable ». 

« C’est tellement émouvant [...] J’avais vraiment hâte que Mai et Vlad [le papa] aient leur enfant. Tout ce que j’ai fait, c’est dans ce but-là. »

« C’est incroyable le sacrifice et le don de soi qu’elle a faits, dit Mai Duong, qui a bien l’intention de rester en contact. Elle est devenue comme un membre de la famille. »