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Walmart impose le port du masque dans ses magasins

Agence France-Presse

Walmart, le plus grand groupe de distribution aux États-Unis, a choisi son camp mercredi dans la controverse sur les masques: le port sera obligatoire dans tous ses magasins à partir de lundi, quand les experts prédisent que la pandémie va encore s'aggraver.

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Walmart n'est pas le premier à imposer le port du masque - Apple, Best Buy ou Starbucks l'ont fait avant lui - mais l'enseigne a une place toute particulière dans la vie du pays où il symbolise le «heartland», l'Amérique réelle. 

Sa clientèle, souvent modeste et rurale, pourrait ne pas apprécier. De fait, la protection faciale, désormais recommandée par les autorités sanitaires américaines longtemps hésitantes, est devenue hautement politique. 

Début mai, un agent de sécurité est mort dans le Michigan après une altercation parce qu'un client refusait de porter un masque dans un magasin.

Donald Trump lui-même n'avait jamais porté publiquement de masque jusqu'à samedi, quand il est apparu le visage couvert pour la première fois depuis le début de la pandémie dans un hôpital près de Washington.

Le président américain a contribué à faire de cet objet clé pour freiner la propagation du virus un symbole de division, en moquant par exemple ses adversaires politiques qui en portent. 

Il a même maintenu envers et contre tout un rassemblement électoral en Oklahoma, où la COVID-19 fait rage. Le gouverneur de l'État Kevin Stitt, présent au rassemblement, a annoncé mercredi qu'il se mettait en isolement parce qu'il a été déclaré positif.

Plusieurs scientifiques ont récemment mis en garde contre la transmission de la COVID-19 par des particules suspendues dans l'air, et non seulement par la projection de gouttelettes (par la toux, l'éternuement et la parole) sur le visage d'autrui ou des surfaces.

Même l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu qu'un tel mode de transmission «ne pouvait être exclu», notamment dans «certains endroits fermés, comme les lieux très fréquentés et mal aérés» et lorsque les gens y sont présents «pendant une longue durée de temps».

Cette hypothèse plaide en tout cas pour un usage très large du masque de protection.

D'autant que la pandémie semble repartir de plus belle dans le sud des États-Unis, de la Californie à la Floride.

Les dernières actualisations de modèles épidémiologiques prévoient encore une augmentation du nombre journalier de décès.

De 136 000 morts officiellement recensés mercredi, le pays devrait atteindre 151 000 d'ici le 1er août et 157 000 le 8 août, selon la moyenne de modèles de 23 groupes de recherche aux États-Unis et ailleurs, publiée mardi. Il y a une semaine, cette moyenne prédisait 147 000 morts au 1er août.

«Mais si 95% des Américains portaient des masques en sortant de chez eux, le nombre (de morts) baisserait de 40 000» d'ici novembre, écrit le centre de recherche IHME.

Les entreprises en faveur

Plusieurs acteurs du monde économique poussent aussi en ce sens. 

Le patron de la compagnie aérienne Delta a ainsi estimé mardi que pour permettre à l'activité de repartir, «il serait utile (...) que notre gouvernement fédéral renforce la nécessité de porter un masque, pas seulement lors des voyages en avion, mais dans la vie en général».

Le patron de la Réserve fédérale (Fed) de Dallas, Rob Kaplan, a aussi affirmé la semaine dernière que les États-Unis renoueraient plus rapidement avec la croissance si les Américains portaient tous un masque.

«Nous espérons que l'annonce de Walmart - le plus grand groupe de distribution au monde - (...) représente un tournant dans ce débat sur la santé publique», a commenté mercredi la fédération américaine du secteur NRF qui encourage tous ses membres à rendre le masque obligatoire dans leurs établissements. 

«Environ 65% de nos 5000 magasins sont déjà dans des zones où les autorités locales imposent d'une façon ou d'une autre de se couvrir le visage», justifie pour sa part Walmart dans un message de blogue. Il souhaite désormais appliquer la même politique dans l'ensemble de ses établissements. 

Le groupe se donne quelques jours avant d'imposer la nouvelle règle afin d'informer les clients, d'installer des panneaux et de former les salariés.

Pour éviter les tensions, Walmart prévoit de nommer des «ambassadeurs», identifiables à leur polo noir, «pour aborder les clients arrivant au magasin sans masque et essayer de trouver une solution». 

Ils seront aussi formés au fait qu'il peut exister des exceptions, notamment pour des raisons médicales.

«Nous reconnaissons également le rôle que nous pouvons jouer pour aider à protéger la santé et le bien-être des communautés que nous servons en suivant l'évolution des directives des responsables de la santé», ajoute le groupe toutefois en remerciant ses clients de leur «compréhension» et leur «coopération».