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La Chine et les baleines volantes québécoises

Antoine Robitaille | Agence QMI

C’est parfois dans les petits dossiers qu’on prend conscience à quel point le monde a changé.

Voilà ce que je me suis dit lorsque notre Bureau d’enquête a dévoilé qu’Ottawa tardait à donner son accord au démarrage de la co-entreprise franco-québécoise Flying Whales (FW).

Gonflée à l’hélium? 

FW souhaite construire des dirigeables pouvant servir entre autres à transporter dans le Grand Nord québécois marchandises, matériaux et main d’œuvre; mais aussi du nord au sud.

La somme de 30 millions $ versée par Investissement Québec à cette entreprise qui n’a pas encore construit un seul ballon géant - même pas un prototype! - a fait hurler bien du monde dans les oppositions à Québec.

Les calembours étaient trop faciles: «parti sur une balloune»; «gonflé à l’hélium», etc. Depuis l’écrasement du Hindenburg en 1937, la confiance en ces objets volants géants est chancelante, malgré l’annonce périodique du retour imminent à cette technologie.

Les engins de FW pourraient-ils s’adapter aux réalités du Grand Nord? Les interrogations sont nombreuses et on peine à s’expliquer l’enthousiasme du gouvernement Legault (notamment du premier ministre lui-même) pour ce projet.

Naïveté des années 1990 

Est-ce pour cela qu’Ottawa tarde à approuver l’affaire? Non. Ses réticences sont liées à la présence de la société d’État chinoise AVIC dans l’actionnariat de la maison-mère de l’entreprise, qui a pignon sur rue en France.

On craint pour la propriété intellectuelle et les risques d’espionnage industriel de la part de la Chine.

Quel contraste avec les années 1990 où, au contraire, nos gouvernements déployaient des efforts inouïs pour accroître les affaires entre la Chine et nous. (Malgré les pratiques d’espionnage déjà existantes.)

Aussitôt arrivé au pouvoir, Jean Chrétien organisa des voyages «Équipe Canada» de premiers ministres dans l’ancien Empire du Milieu afin de multiplier échanges et investissements. À l’époque, bien sûr, le Canada ne pouvait se permettre de passer à côté d’occasions de croissance mirobolantes offertes par l’essor du colosse asiatique.

Dans l’après-guerre froide en plus, on caressait certains espoirs qui semblent bien naïfs aujourd’hui : «La meilleure façon d'aider à l'amélioration de la situation des droits de l'Homme dans des pays comme celui-là, c'est de faire affaire avec eux, d'ouvrir ce pays au monde. C'est comme cela que la démocratie va venir. Comme ce fut le cas avec l'Union soviétique.» (Chrétien, 18 mars 1994)

Aujourd’hui, en Occident, on craint plutôt d’avoir contribué à créer un monstre chinois aux ambitions impérialistes ouvertement hostile à la démocratie (notamment à Hong Kong et Taiwan). Le «New York Times» soulignait mardi que les relations sino-américaines sont en passe de devenir une «guerre froide».

Le Canada et le Québec sont aspirés dans cette tourmente, laquelle est accentuée par l’actuelle pandémie ayant pris naissance en Chine et révélatrice de notre dépendance en matière de matériel sanitaire.

Déjà en conflit ouvert avec la Chine en raison de l'arrestation de la vice-présidente de Huawei, Meng Wanzhou, le Canada devra sans doute bientôt imiter le Royaume-Uni et expurger son réseau 5G de tout matériel chinois.

Rien pour aider les baleines volantes à décoller.