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Patrick Huard : Rogatien n’est jamais loin

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

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PHOTO COURTOISIE/TVA Productions Films Jessie inc.

Notre Rogatien Dubois a conduit son «Taxi 0-22» jusque sur Club illico, où on peut désormais visionner la première saison de ses envolées comiques au volant. En attendant de s’installer dans le décor de son «talk-show» quotidien «La Tour», qu’on verra à TVA cet automne, Patrick Huard revient sur le chemin parcouru avec son personnage.

Patrick Huard fréquentait encore l’École nationale de l’humour quand un chauffeur de taxi mal engueulé l’avait cueilli à la sortie de Radio-Canada et s’était emporté avec virulence pendant le trajet, au lieu de lui jaser gentiment de la météo.

La voiture avait à peine franchi la moitié du pont Jacques-Cartier, que le conducteur, rouge de colère, avait déjà déversé son fiel avec hargne sur une personnalité importante du monde de la télévision et de la politique, et élaboré maintes théories du complot. Au point de ne même plus regarder la route devant lui.

Apeuré, mais inspiré, le futur humoriste assis sur le siège arrière avait alors pris des notes, sans se douter que le personnage qu’il s’apprêtait à créer deviendrait presque plus célèbre que lui. D’ailleurs, il n’est pas impossible que Rogatien s’invite à «La Tour» à l’occasion, laisse miroiter son interprète, qui se dit encore très attaché à son alter ego à l’esprit étroit.

Patrick, à ton avis, qu’est-ce que Rogatien penserait de ce qu’on vit en ce moment, de la pandémie...?

«Lui, il en aurait eu à dire! (rires) "Tabarouette" qu’il aurait de la matière! Juste Donald Trump remplirait un épisode de "Taxi 0-22" par semaine. C’est débile! Et, sur tout ce qu’on vit présentement, c’est sûr qu’il aurait eu un regard un peu différent. J’ai déjà cru que Rogatien n’avait plus rien à dire, mais ça s’écrit tout seul, ce dont il pourrait parler.»

Il y a déjà 11 ans que «Taxi 0-22» a quitté l’antenne, après quatre saisons à TVA. Qu’est-ce qui t’avait poussé à mettre fin à l’émission, à l’époque?

«Ça passe vite, c’est fou! Quand j’ai arrêté de faire ce personnage à la télé, je me disais qu’il n’y avait plus grand-chose à dire... et qu’il y avait un petit peu trop de monde qui m’appelait Rogatien! Tout le monde m’appelait Rogatien dans la rue, et me demandait si j’étais venu en taxi! Plus personne ne m’appelait par mon nom. Je pense que j’étais à un an et demi de ne plus pouvoir jouer d’autres rôles. Ça me demandait aussi beaucoup : j’écrivais, je réalisais, je produisais, je jouais... Ça prenait 100 % de mon temps, et c’était devenu difficile physiquement.»

Toi-même, quel regard poses-tu sur Rogatien Dubois?

«Je parle de lui à la troisième personne, parce qu’il est meilleur que moi. Quand Rogatien arrive sur scène, le monde capote plus que quand c’est moi qui entre. Rogatien, la meilleure façon de le décrire, c’est : petit esprit, grand cœur. C’est de l’ouvrage pour lui d’arriver à ouvrir son esprit et être moins borné, mais il a le cœur gros comme la terre. Il donnerait tout! Il t’aiderait en toute situation, il te donnerait sa bouffe... mais il t’engueulerait en le faisant (rires). Il va te dire que tu es cave de ne pas avoir fait ton épicerie! Mais les gestes qu’il pose sont extrêmement touchants.»

En terminant, crois-tu que Rogatien serait un fidèle client d’Uber (rires)?

«Uber, c’est son ennemi juré! Je me suis toujours dit que, si un jour Rogatien revenait, son ennemi juré serait un chauffeur d’Uber qui fréquente le "snack-bar" de Nancy (Sylvie Boucher), et qui a toujours des plans pour lui saboter son "char" et lui faire perdre de la clientèle!»

La première saison de «Taxi 0-22» est disponible sur Club illico.