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Guerres de pouvoir sur le terrain de jeu du gratin montréalais

Jean-Louis Fortin | Bureau d'enquête

GEN-COVID-19

Photo d'archives, Agence QMI

Nomination controversée, allégations de harcèlement, règlements de compte : la saga du congédiement de la directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal, cette semaine, a levé le voile sur un monde secret autour duquel gravite une des plus grandes familles d’affaires québécoises. 

Dans les coulisses des banquets de financement en robe longue et en smoking, l’institution est déchirée par des jeux d’influence et d’ego.

• À lire aussi: Une firme indépendante va examiner la situation au Musée des beaux-arts de Montréal

Nathalie Bondil a déjà été en lice pour diriger le Musée du Louvre, à Paris. Elle a plutôt choisi de faire carrière à Montréal. 

Deux décennies au Musée des beaux-arts (MBAM), dont plus de dix ans à titre de directrice générale.

Nathalie Bondil, photographiée mardi dernier à Montréal. Elle a été congédiée dans le cadre d’un conflit avec le président du CA, Michel de la Chenelière (en mortaise), qu’on voit ici à l’occasion d’un des bals de financement du MBAM.

Photos Agence QMI, Joël Lemay et d'archives

Nathalie Bondil, photographiée mardi dernier à Montréal. Elle a été congédiée dans le cadre d’un conflit avec le président du CA, Michel de la Chenelière (en mortaise), qu’on voit ici à l’occasion d’un des bals de financement du MBAM.

Aujourd’hui, cette chevalière de la Légion d’honneur française se retrouve sans emploi, après que le président du Conseil d’administration du Musée, Michel de la Chenelière, a annoncé son licenciement par communiqué, lundi. Son numéro de cellulaire a même été désactivé.

Pourtant, pas plus tard que le 26 juin, elle était en pourparlers avec le président du CA en vue d’un renouvellement de contrat pour trois ans.

Comment une femme avec une telle réputation internationale peut-elle avoir été congédiée de façon aussi précipitée et cavalière, du moins en apparence ?

« Une petite game » 

L’ancienne ministre Monique Jérôme-Forget en est « outrée ». Présidente du conseil d’administration du Musée McCord à Montréal, elle s’y connaît en gouvernance d’institutions culturelles 

« C’est une petite game qui s’est jouée de façon absolument non professionnelle », a-t-elle lancé mardi au micro de Caroline St-Hilaire, à QUB radio.

« [Mme Bondil] est une femme pour qui j’ai la plus grande admiration, parce qu’elle a amené le musée des Beaux arts à un niveau tel qu’aujourd’hui il est perçu comme un grand musée dans le monde », déclarait-elle.

Au cours des derniers jours, notre Bureau d’enquête a obtenu plusieurs témoignages et consulté de nombreux documents qui permettent de mieux comprendre ce qui s’est vraiment passé.

« Pourquoi ce nouveau poste ? » 

Personne ne se doutait que la nomination de Mary-Dailey Desmarais comme directrice de la conservation du MBAM, annoncée le 6 juillet, cachait un vrai drame en coulisses. 

Ce poste n’existait pas auparavant, l’équipe de conservateurs se trouvant sous la gouverne de la directrice générale et conservatrice en chef, en l’occurrence Mme Bondil. 

Pascale Chassé, directrice des communications du musée, voit venir le jeu. Elle sait qu’il faudra justifier publiquement le nouvel organigramme.

« Il va falloir prévoir une réponse a la question : pourquoi ce nouveau poste a-t-il été créé ? », écrit-elle par courriel à Nathalie Bondil le 27 juin, lorsque les deux femmes préparent la rédaction du communiqué pour annoncer la nomination.

Stanford et Yale 

Mme Desmarais, 39 ans, nous est décrite comme une jeune femme brillante et ambitieuse. Elle a étudié aux États-Unis, d’abord à l’Université Stanford, avant d’obtenir en 2015 un doctorat en histoire de l’art de la prestigieuse Université Yale.

Elle est mariée depuis 2008 à Paul Desmarais III, petit fils de feu Paul Desmarais, l’ex-grand patron de Power Corporation. 

Le couple s’est établi en 2015 à Westmount, après avoir acheté pour 4,8 M$ la maison de l’ancien premier ministre, Brian Mulroney.

Nathalie Bondil est la patronne de Mary-Dailey Desmarais depuis six ans au MBAM, et elle lui reconnaît beaucoup de talent. Pourtant, les mots choisis par la directrice générale pour annoncer cette nomination dans le communiqué de presse du Musée sont empreints de réserve.

« J’apporterai mon entier soutien à Mary-Dailey pour que le MBAM continue de grandir », se contente-t-elle d’affirmer---, après plusieurs lignes qui portent plutôt sur la vision stratégique à long terme de l’institution et sa programmation artistique. 

Discussions tendues 

Cette déclaration, c’est l’arbre qui cache la forêt. La façon dont Nathalie Bondil accueille publiquement la nomination de Mme Desmarais est au cœur des discussions qu’elle a au même moment avec Michel de la Chenelière pour le renouvellement de son propre contrat. Le processus a débuté le 26 juin, selon des courriels que nous avons consultés.

Nathalie Bondil n’est pas d’accord avec Michel de la Chenelière pour que Mary-Dailey Desmarais soit nommée directrice de la conservation. Elle croit qu’elle manque d’expérience en gestion de personnel, et suggère qu’un poste de conservatrice en chef adjointe serait plus approprié.

D’ailleurs, Mme Desmarais s’était classée quatrième dans la grille d’évaluation des quatre candidats pressentis pour diriger la conservation.

Le 27 juin, en fin de matinée, M. de la Chenelière demande à Nathalie Bondil de voir les textes de l’annonce aux employés et du communiqué de presse pour marquer la nomination de Mme Desmarais. Les échanges deviennent alors plus tendus.

« Compte sur moi : Je le ferai – comme dit déjà à Mary pour les employés – Ce sera un message évidemment positif et constructif dans l’esprit de nos échanges. », lui répond-elle.

« Sens-toi libre de m’écrire ce que tu veux ou de me donner tes points – si tu préfères contrôler ce message », ajoute-t-elle.

En dépit de leurs divergences d’opinions, Michel de la Chenelière convie tout de même la directrice générale à une vidéo-conférence le 2 juillet pour discuter du renouvellement de son contrat. Nathalie Bondil refuse encore d’endosser publiquement le processus de nomination de Mary-Daily Desmarais.

De mal en pis 

Elle expédie dans les heures suivantes une lettre formelle à M. de la Chenelière et à Alix d’Anglejan-Chatillon, secrétaire du CA.

« Lors de notre dernière rencontre du 26 juin, vous m’aviez assuré de la reconduction de mon contrat et vous étiez d’accord pour que ce point soit réglé rapidement en juillet », s’inquiète-t-elle.

« Lors de notre entretien ce matin, j’ai été surprise d’apprendre que vous n’aviez aucune idée de l’avenir ni obtenu le feu vert ou un mandat clair à ce sujet », ajoute la directrice, exprimant le besoin d’être « urgemment renseignée » sur son avenir.

« Il nous est très difficile d’envisager de discuter et de conclure une entente entre toi et le Musée avant ton départ en vacances le 18 [juillet] », lui répond Michel de la Chenelière le soir même.

Le lendemain, il lui propose une autre rencontre le 6 juillet, le jour où il lui apprendra que son mandat se terminerait cet été. Mais cette fois, ce ne sera pas une réunion virtuelle.

« Je comprends tout à fait ton désir, comme tu l’exprimes dans ton mot d’hier, de vouloir être urgemment renseignée sur ton avenir. C’est important, je sais, et crois moi, je fais tout mon possible pour accommoder la situation en consultant le Conseil d’administration. [...]

Je suggère une rencontre en personne, toi et moi, plutôt que sur Zoom.

Dans ton jardin ? Dans mon jardin ? »

Proposition rejetée 

Jadis de grands amis « comme les deux doigts de la main », selon quelqu’un qui les connaît bien, Michel de la Chenelière et Nathalie Bondil viennent de consommer leur divorce professionnel.

Une fois la dispute éventée dans les médias, Michel de la Chenelière lui propose le vendredi 10 juillet de rester jusqu’à la fin de son mandat en 2021, « en vue de promouvoir une transition de fonctions harmonieuse, ordonnée et respectueuse », selon le projet d’entente qui lui est soumis.

Nathalie Bondil occuperait un rôle édulcoré où elle doit notamment s’engager à « rencontrer le président du Conseil sur une base mensuelle, ou plus régulièrement à la demande de celui-ci »

Elle refuse et est officiellement congédiée dès le lundi matin suivant.

Un bal haut en couleur 

Chaque automne, au grand bal annuel de financement du MBAM, le gratin politique, artistique et d’affaires montréalais se met sur son 36 et défile pour une des soirées les plus glamour de l’année. 

Le bal annuel de financement du musée se déroule toujours dans un décor somptueux. Le gratin y défile en smoking et en robe longue.

Photo courtoisie, Pierre Longtin

Le bal annuel de financement du musée se déroule toujours dans un décor somptueux. Le gratin y défile en smoking et en robe longue.

Ils étaient 1000 riches donateurs, artistes et politiciens, le 2 novembre dernier, pour amasser des profits record de 1,6 M$, soit 100 000 $ de plus que l’année précédente, qui avait également établi un record.

Le champagne est frais, le décor somptueux. C’est la vigie créative du Cirque du Soleil qui assure la direction artistique.

On voit ici Julie Katerine Turcotte avec une robe orange, qui organisait les événements spéciaux au MBAM.

Photo d'archives, Éric Carrière

On voit ici Julie Katerine Turcotte avec une robe orange, qui organisait les événements spéciaux au MBAM.

Dans les photos officielles, on voit entre autres le directeur général du Cirque, Daniel Lamarre, et le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Un des clichés montre la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui pose en robe de soirée noire aux côtés de l’incontournable Michel de la Chenelière.

Ce dernier siège au CA du MBAM depuis 2011 et le préside depuis avril 2019. Il a remplacé à ce titre un lieutenant de l’empire Desmarais, Jacques Parisien, qui est président de Power Communications. 

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, et la DG, Nathalie Bondil.

Photo d'archives

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, et la DG, Nathalie Bondil.

Édition et philanthropie 

M. de la Chenelière a acquis une grande notoriété et fait fortune dans le domaine des livres. C’est lui qui a fondé la maison d’édition qui porte son nom, spécialisée dans les manuels scolaires francophones, et vendue à Transcontinental en 2006.

On ne compte plus les distinctions honorifiques reçues au fil des ans par celui qui est notamment récipiendaire de l’Ordre national du Québec et chevalier de l’Ordre des arts et des lettres de la République française. Au MBAM, un atelier d’art-thérapie porte même son nom.

Décrit comme un homme affable et de commerce agréable, Michel de la Chenelière est aussi un grand amateur d’art. Il a fait des dons totalisant 5 M$ au musée en 2011 et 2015.

« Depuis 2010, cet exceptionnel mécène a permis au MBAM d’amplifier ses programmes éducatifs et sociocommunautaires et de promouvoir des projets innovants », mentionnait le comité de nomination du Conseil du MBAM en le nommant président l’an dernier.

Qui préside ce comité ? Un autre fidèle lieutenant de la famille Desmarais, l’ex-sénateur Serge Joyal. Ce célèbre collectionneur d’art et donateur au MBAM, dont il est lui-même administrateur, gère notamment la collection d’art de Power Corporation.

En décembre dernier, alors qu’il recevait les insignes de commandeur de la Légion d’honneur de la République française, il a parlé de Jacqueline Desmarais comme « sa grande amie ».

Jacqueline Desmarais, décédée en 2018, était la femme de feu Paul Desmarais, qui a bâti Power Corp. Après le décès de son mari, c’est elle qui a gardé la famille unie. 

Le couple de milliardaires fait partie des « grands mécènes » du musée, un titre réservé à ceux qui ont contribué pour 1 million $ et plus au fil des années.

Leurs enfants ont perpétué la tradition de soutenir le milieu des beaux-arts. Un de leurs deux fils, Paul Jr, a donné entre 25 000 $ et 50 000 $ lors de la dernière campagne de financement annuelle du MBAM.

Il est le père de Paul III, premier vice-président chez Power Corp depuis 2017 et époux de Marie Dailey-Desmarais, la nouvelle directrice de la conservation du musée.

Chicane de famille 

L’autre fils du couple Paul et Jacqueline Desmarais, André, fait aussi dans le mécénat au profit du musée, « encore plus que Paul Jr et [sa femme] Hélène », selon une source qui connaît très bien la famille.

Mais plutôt que d’appuyer l’une des membres de leur puissante famille dans cette saga, André et sa femme, France Chrétien Desmarais, ont plutôt fait une sortie dans le quotidien La Presse pour prendre nettement position en faveur de Nathalie Bondil et exprimer leurs craintes sur la gouvernance du musée.

« Quand on est président ou membre du Conseil d’administration, on n’est pas là pour gérer le musée », a notamment lancé France Chrétien Desmarais.

Dans la famille Desmarais, ce n’est pas l’harmonie. « Les deux belles-sœurs (France et Hélène) ne s’apprécient guère, depuis longtemps », rapporte une source qui a voulu garder l’anonymat, grande habituée des soirées du musée.

Exposition compromise ? 

Si André et France Chrétien Desmarais s’inquiètent pour l’avenir du MBAM, c’est que Nathalie Bondil est celle qui devait y diriger la mise en place d’une toute nouvelle aile dédiée au célèbre peintre québécois Jean-Paul Riopelle, dont l’ouverture a été annoncée pour 2023. 

Grand collectionneur qui gère notamment la collection d’art de Power Corporation, l’ex-sénateur Serge Joyal est également l’un des fondateurs de la Fondation Jean-Paul Riopelle. L’organisation, dont on voit ici le site web, prépare une aile spéciale du MBAM qui célébrera les 100 ans de la naissance du peintre en 2023.

Photos capture d’écran site Internet Fondation Jean-Paul Riopelle et courtoisie Sénat du Canada

Grand collectionneur qui gère notamment la collection d’art de Power Corporation, l’ex-sénateur Serge Joyal est également l’un des fondateurs de la Fondation Jean-Paul Riopelle. L’organisation, dont on voit ici le site web, prépare une aile spéciale du MBAM qui célébrera les 100 ans de la naissance du peintre en 2023.

Ce projet de 20 M$ doit voir le jour grâce à la fondation Jean-Paul Riopelle, dont deux des six fondateurs et mécènes sont nul autre qu’André Desmarais et Serge Joyal.

Cette fondation est dirigée par Manon Gauthier, l’ex-chef de cabinet de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, qui a lancé ce jeudi une attaque à peine voilée contre le CA du Musée. 

« En tant que plus important bailleur de fonds du musée, à raison de 16 M$ par année, le gouvernement du Québec se considère en droit de poser des questions et d’obtenir des réponses sur la gestion et la gouvernance du musée et de son Conseil d’administration », a-t-elle affirmé, en lançant une enquête indépendante sur l’affaire.

Climat toxique 

Le MBAM a rouvert ses portes aux visiteurs le 6 juin dernier, après une pause obligée en raison de la COVID-19. Le masque est de rigueur et les réservations sont obligatoires pour pouvoir déambuler dans la seule exposition accessible au public pour le moment, Paris au temps du postimpressionnisme.

Le Musée des beaux-arts de Montréal a rouvert ses portes le 6 juin dernier, après le confinement imposé par la COVID-19. On peut en ce moment y admirer une exposition mettant en vedette le peintre français Paul Signac.

Photo Agence QMI, Gabriel Beauchemin

Le Musée des beaux-arts de Montréal a rouvert ses portes le 6 juin dernier, après le confinement imposé par la COVID-19. On peut en ce moment y admirer une exposition mettant en vedette le peintre français Paul Signac.

Mais plusieurs de ses employés, dont la direction, travaillent encore à distance. C’était le cas de Nathalie Bondil et de ses subalternes. Et c’est peut-être une bonne chose, si l’on se fie aux raisons officiellement invoquées pour le congédiement de Nathalie Bondil.

En annonçant le licenciement, Michel de la Chenelière a décrit un climat de travail qui semble avoir été épouvantable depuis plusieurs mois. Un rapport d’une firme externe qualifierait même l’ambiance de « toxique ».

« Depuis l’an dernier, le Musée a vu plusieurs départs d’employés clés et a été mis au courant de témoignages troublants d’employés faisant état d’une détérioration évidente du climat de travail », peut-on lire dans le communiqué pour annoncer le départ de la directrice générale.

Mme Bondil n’est personnellement visée par aucune allégation de harcèlement. Néanmoins, « au cours des derniers mois, les tentatives maintes fois répétées par le conseil d’administration de trouver une solution à cette situation devenue intolérable se sont butées à l’inflexibilité de Mme Bondil et à son déni de plusieurs conclusions pourtant sans appel du rapport », peut-on lire.

Autre signe de déchirement entre riches, le grand mécène et multimillionnaire Pierre Bourgie a endossé cette version dans une lettre ouverte publiée hier dans La Presse.

Calmer le jeu 

Que contient précisément le rapport ? Même le Conseil d’administration ne l’a pas vu, selon nos informations. Pour sa part, la ministre Roy a indiqué l’avoir demandé à deux reprises au CA, mais ne pas l’avoir obtenu.

La saga du Musée des beaux-arts de Montréal laisse une institution blessée qui n’a même plus honte de laver son linge sale sur la place publique. Des tensions ont été mises au jour à la direction, au Conseil d’administration et même chez les milliardaires qui lui donnent généreusement des peintures et des dollars.

Mercredi, pour calmer le jeu, le musée a publié une déclaration dans laquelle une dizaine de ses responsables de la conservation ont salué les qualités de leur nouvelle patronne.

« Mary a gagné notre profond respect par son ouverture à la collaboration, son intelligence, sa capacité d’écoute et d’apprentissage rapide, sa discrétion, sa modestie, son intégrité et la qualité de ses publications savantes », ont-ils exprimé en bloc.

« Du salissage » 

Nathalie Bondil, pour sa part, s’est vidé le cœur sur toutes les tribunes médiatiques.

« Mon congédiement, c’est du salissage, vraiment, qui masque un processus de recrutement qui est irrégulier », a-t-elle lancé en entrevue à l’Agence QMI.

L’ex-directrice a évoqué sans nuance des problèmes de gouvernance, affirmant que la décision de nommer Mary-Dailey Desmarais aurait été prise à huis clos par le Conseil d’administration.

« Le CA a pris la direction du musée. Nous [la direction], on agace. Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il y a confusion des rôles entre président et DG », a-t-elle affirmé.

Ingérence ? Michel de la Chenelière ne l’entend pas de cette oreille. Il n’a pas voulu nous accorder d’entrevue, mais a répondu ce jeudi à plusieurs de nos questions par le truchement de la chargée des relations médias du MBAM.

« Le Conseil d’administration tente de respecter la distanciation habituelle voulant qu’il n’intervienne pas dans la gestion interne du musée, mais lorsque l’attitude et le comportement de sa directrice générale sont à ce point problématiques, il n’a d’autre choix que d’intervenir », a-t-il soutenu.

Le président du CA persiste et signe : le congédiement de Mme Bondil « n’a rien à voir » avec le processus de sélection de Marie-Dailey Desmarais, et est dû au « climat de travail malsain ».

« Elle n’a d’ailleurs pas donné suite à des doléances du personnel, tant en 2019 qu’en 2020, ne reconnaissant pas ainsi la gravité de ces problèmes, et ne s’est pas assurée que les correctifs appropriés soient apportés ».

Reviendra-t-elle ? 

Nathalie Bondil a reçu cette semaine le soutien de 26 femmes leaders du Québec et du Canada, dont plusieurs gestionnaires d’entreprises, qui se sont portées à sa défense.

« Nous exprimons par la présente notre refus d’accepter le congédiement de Madame Bondil. Nous souhaitons que cette situation soit revue et corrigée, en accord avec le gouvernement du Québec et les donateurs et les Amis qui permettent au MBAM de rayonner », écrivent-elles dans une lettre ouverte.

Alors, Nathalie Bondil reviendra-t-elle au MBAM ou est-elle partie pour de bon ? L’ex-chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a une opinion bien arrêtée là-dessus et l’a publiée sur Twitter mercredi.

« Si dans 10 jours Nathalie Bondil n’est pas de retour à son poste, à ses conditions, c’est à désespérer du pouvoir combiné du gouvernement du Québec et des Desmarais ! ». 

Trois générations de Desmarais... et d’amateurs d’art       

1. Paul Desmarais (décédé en 2013) et sa femme, Jacqueline (décédée en 2018), qu’on voit ici en 2011 en train de recevoir le grade de chevalier de la Légion d’honneur des mains de l’ex-président français, Nicolas Sarkozy.

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Photo courtoisie

Les Desmarais à l’honneur

Photo courtoisie


2. Ci-dessous, Paul Desmarais Jr et sa femme, Hélène. Et plus bas, André Desmarais et sa femme, France Chrétien Desmarais. Ces derniers se sont publiquement inquiétés de problèmes de gouvernance au MBAM dans le cadre du congédiement de Nathalie Bondil, à la suite de la promotion de Marie-Dailey Desmarais, la femme de leur neveu.

GEN-Assemblées Power Corporation

Photos tirée de Twitter et d'archives, Agence QMI

Ville Bonaventure

Photo d'archives, Martin Chevalier


3. Paul Desmarais III est le fils de Paul Jr et Hélène. Il est en ce moment premier vice-président chez Power Corporation. Mary-Dailey Desmarais, son épouse depuis 2008, a récemment été nommée directrice de la conservation au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Elle a étudié dans les meilleures universités américaines.

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Photos d'archives et courtoisie, Stephanie Badini