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Fermiers accusés d’abuser des travailleurs

Francis Halin | Journal de Montréal

Le coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), Michel Pilon (premier à gauche), accueille chaque semaine des dizaines de travailleurs agricoles étrangers à l’aéroport Montréal-Trudeau.

Photo Francis Halin

Le coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), Michel Pilon (premier à gauche), accueille chaque semaine des dizaines de travailleurs agricoles étrangers à l’aéroport Montréal-Trudeau.

Un organisme accuse certains fermiers de se faire de l’argent sur le dos de leurs travailleurs étrangers en leur facturant des frais d’hôtel et de repas, qui sont déjà remboursables par le fédéral.

« Ils ne peuvent pas à la fois demander aux travailleurs de payer leur hébergement et leur nourriture et aller réclamer leurs 1500 $ au fédéral. C’est tout à fait injuste. C’est comme s’ils étaient payés deux fois », a déploré Michel Pilon, coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ).

Ces derniers jours, l’organisme dit avoir reçu une trentaine d’appels à ce sujet et avoir déposé quatre plaintes à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), qui n’a pas pu en fournir les détails au Journal.

« Des Guatémaltèques se sont fait enlever 60 $ de leur chèque de paye pour leur hébergement, mais le pire, c’est que certains ont dû payer plus de 200 $ pour leur nourriture. Ça n’a aucun bon sens, surtout pour des gens qui gagnent 700 $ après impôts », s’est indigné M. Pilon.

L’UPA nie 

Cet été, en raison de la pandémie, les travailleurs étrangers qui débarquent de l’avion doivent commencer par faire une quarantaine payée de 14 jours.

Pour aider les cultivateurs à éponger ces coûts supplémentaires, Ottawa leur offre une aide de 1500 $ par travailleur, qui sert entre autres à payer leur « hébergement hors site » et la « nourriture ou une allocation de repas».

Le hic, c’est que des Guatémaltèques et des Honduriens se sont tout de même fait facturer des centaines de dollars de frais d’hôtel et de repas à même leur chèque de paye, a soutenu le coordonnateur du RATTMAQ.

Des accusations que rejette du revers de la main l’Union des producteurs agricoles (UPA). 

« Si le fédéral fait bien son travail de vérification, il n’y aura pas d’abus. Il n’y a pas d’exploitation là », a répondu du tac au tac son directeur général, Charles-Félix Ross, piqué par les critiques de l’organisme.

Pour Fernando Borja, directeur général de FERME, l’aide existe pour payer la rémunération des travailleurs. 

« Le 1500 $ du fédéral sert à payer les salaires et d’autres dépenses, mais pas l’hébergement et la nourriture », a-t-il affirmé, en soulignant que chaque ferme est liée par contrat avec ses travailleurs.

«C’est dégueulasse» 

Contactés par Le Journal, de nombreux fermiers n’ont pas hésité à condamner leurs confrères qui seraient tentés de se faire de l’argent sur le dos de leur précieuse main-d’œuvre.

« S’ils leur ont fait payer l’hôtel, c’est dégueulasse », a laissé tomber Pascal Lecault des Jardins Vegibec, à Oka, qui emploie plus de 224 travailleurs, qui sont en majorité guatémaltèques.

« Chez nous, ils n’ont rien payé, la seule chose qu’ils ont payée, c’est leur lavage, a poursuivi le fermier. Ils ont reçu deux semaines de salaire. On leur a fourni l’hébergement et la nourriture. Cela dit, le 1500 $ du fédéral, ce n’est pas la panacée. On a déjà avancé 300 000 $, ça fait un méchant trou. »

Au cabinet du ministre de l’Agriculture du Québec, André Lamontagne, on a invité les travailleurs à dénoncer les éventuels abus dont ils seraient victimes.

« Nous encourageons les employés qui jugent subir des abus de la part de leur employeur à déposer une plainte à la CNESST », a affirmé son attachée Laurence Voyzelle.

À Ottawa, la ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a prévenu par l’entremise de son attaché, Jean-Sébastien Comeau, que les fermiers devront montrer patte blanche pour avoir droit à la subvention.

« S’ils contreviennent à ces modalités, ils pourraient être obligés de rembourser une partie, voire la totalité du montant qu’ils ont reçu dans le cadre de ce programme », a-t-on assuré au Journal.

Le Programme d’aide pour l’isolement obligatoire des travailleurs étrangers temporaires (PAIOTET) dispose d’une enveloppe de 50 millions $ pour aider les employeurs à éponger une partie des coûts liés à l’isolement de 14 jours. 

Travailleurs étrangers dans nos champs (en ce moment) 

Guatémaltèques : 4800 

Mexicains : 3533 

Source : Ferme Québec 

Nombre d’ouvriers agricoles étrangers 

En temps normal au Québec : 14 653 

Nombre de fermes québécoises qui emploient des travailleurs étrangers : 1259  

Source : Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture, chiffres de 2018 

Recettes du secteur agricole  

Au Québec : 8,4 milliards $ 

Salaire des travailleurs étrangers : 13,10 $ l’heure 

Source : Union des producteurs agricoles et Ferme Québec

Les dépenses admissibles en vertu du PAIOTET 

Transport 

Salaires et avantages 

Hébergement hors site 

Nourriture ou allocation de repas 

Fournitures de santé et de sécurité   

Source : Agriculture et Agroalimentaire Canada