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Vibrant au revoir à Norah et Romy

Romy Carpentier, 6 ans, et Norah Carpentier, 11 ans, ne pourront plus illuminer la vie de leurs proches par leurs rires, leur amour inconditionnel et leur curiosité, mais leur joie de vivre contagieuse leur survivra assurément, ont clamé dans les pleurs, mais aussi les rires, des membres de leur famille, lundi.

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«On dit que je suis forte, que tenir debout dans de telles circonstances est courageux. Moi, je réponds que c’est mon rôle de mère. Celui que j’assume depuis les 11 dernières années et dont j’appréhende la fin, car je n’ai jamais pensé que ce titre était prêté», a dit Amélie Lemieux, la mère des fillettes, 12 jours après avoir vu sa vie chavirer complètement.

«Même si je n’ai pas eu assez de temps à vos côtés, je continuerai de chérir un à un chaque souvenir, photo, vidéo, et je continuerai d’entendre vos douces voix m’appeler maman», a-t-elle promis lors de leurs funérailles, à Lévis.

Pandémie oblige, seule une cinquantaine de membres de la famille rapprochée ont pu assister aux obsèques dans l’intimité de la chapelle du complexe Claude Marcoux. Au moins une centaine d’autres personnes, des connaissances et des citoyens touchés par ce drame, ont pu regarder l’activité sur un écran géant à l’extérieur.

Photo Jean-François Desgagnés

Irréel  

Pour plusieurs, il y avait quelque chose d’irréel de voir une mère tenir dans ses mains les cendres de ses propres filles disparues si jeunes. Présumément enlevées par leur père Martin Carpentier, le 8 juillet, elles ont été découvertes sans vie trois jours plus tard à Saint-Apollinaire. Quant à Carpentier, on ignore toujours où il se trouve.

Tout au long de la cérémonie, les proches qui ont pris la parole ont voulu s’assurer qu’on se souviendrait d’elles pour le bonheur qu’elles ont semé durant leur courte vie. Norah, la «scout de la famille», voulait devenir créatrice de jeux vidéos. C’était une «artiste dans l’âme», une enfant «aimante, curieuse», qui avait «soif d’apprendre» et qui avait «toujours un livre à la main», selon ses grands-parents.

Photo Jean-François Desgagnés

«C’était la petite fille qui aime le bleu et non le rose, qui aime les Lego, les zombies, les technologies, mais pas les trucs de fille», a raconté la célébrante, Josée Masson, directrice générale de Deuil-Jeunesse.

Point final  

Romy, elle, était le «clown de la famille». Elle aimait sa grande sœur et «avait hâte de tout, d’être adolescente, de se maquiller, de se marier et d’avoir des enfants.» Elle avait aussi un côté gourmand, se sont remémorés plusieurs avec amusement.

Photo Jean-François Desgagnés

Les sœurs aimaient chanter et danser, comme a pu le constater l’assistance sur des photos et des vidéos qui ont été projetés à l’écran. D’ailleurs, les funérailles ont été rythmées par leurs leurs chansons préférés, venant d’artistes comme Pink, Les Cowboys Fringants et Bleu Jeans Bleu.

Dans un geste symbolique, les proches des jeunes défuntes ont déposé des roses blanches sur les petites urnes, en référence au 2e prénom que chacune des fillettes portait. Puis, à la fin de la cérémonie, les employés du centre funéraire ont laissé s’envoler deux colombes dehors, apportant un point final à une journée chargée de tristesse. Mme Lemieux, prise par l’émotion, a préféré demeurer en retrait.

Des adieux déchirants   

«Avant que ma vie ne soit enrichie par votre joie de vivre, je n’étais qu’Amélie. [...] Grâce à vous, je suis devenue maman. Merci de m’avoir choisie pour être votre maman, un privilège d’une valeur inestimable.» 

- Amélie Lemieux, mère de Romy et de Norah

«Romy et Norah faisaient sourire tous ceux qui croisaient leur chemin et elles pouvaient illuminer les moments les plus sombres. [...] Notre devoir est de perpétuer [leurs âmes] dans ce monde en appréciant la vie dans l’amour et la simplicité avant tout.»

- Laetitia, cousine des victimes

«Ce n’est qu’un au revoir, car nos cœurs battront toujours à l’unisson avec vous, nos amours. Protégez votre maman, veillez sur elle. Elle vous a tant aimée.» 

- Gaétane et Yvon, grands-parents de Romy et Norah

«Malgré le peu de temps que nous avons eu [ensemble], Norah, Romy, vous m’avez comblé par votre présence, vos rires, votre joie de vivre et votre amour inconditionnel. Merci pour tous ces beaux moments.»

- Renée, marraine de Romy

«Norah, notre artiste ingénieuse. Romy, notre bouffonne gourmande. Vous nous manquerez. Votre départ a été si soudain. Nous aurions tant aimé vous voir grandir.» 

- Anika, tante des fillettes

«C’est une journée très très douloureuse»  

«Ce sont des émotions qui sont difficiles à nommer [pour la famille]. C’est une journée très très douloureuse pour eux aujourd’hui. C’est une journée qu’ils ne souhaitaient pas, qu’ils auraient tout fait pour ne pas vivre» a déclaré un peu plus tôt dans l’après-midi Josée Masson, directrice générale de l’organisme Deuil-Jeunesse, qui est la célébrante.

Celle-ci a indiqué vouloir mettre l’accent sur «la joie de vivre de ces enfants-là» et sur «l’amour».

Mme Masson a confirmé que la famille avait été grandement touchée par l’élan de solidarité et de soutien qu’elle a reçu de la population québécoise.

«Ils m’ont exprimé leur gratitude, clairement. Ils ont reçu du Québec, mais aussi d’au-delà, c’est allé beaucoup plus loin que ça, des messages, beaucoup d’offres d’aide, de soutien. Ils ont toute la gratitude du monde pour les gens qui l’ont fait», affirme Josée Masson.

Pierre-Hugues Boisvenu, touché  

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui a lui-même perdu sa fille, assassinée en juin 2002, tenait lui aussi à être présent. Bouleversé par les événements qui lui ont rappelé son propre deuil, il a salué la mémoire des deux sœurs et assuré son soutien à la famille.

«D’être auprès d’eux, c’est de dire: “J’ai vécu la même chose que vous. On a un langage du cœur qui est similaire”. C’est de dire: "oui, on peut s’en sortir". Il faut s’en sortir en donnant un sens à cet événement-là, c’est difficile, mais c’est la seule façon de s’en sortir», a confié M. Boisvenu, insistant sur l’espoir, qui même s’il peut paraître mince aujourd’hui, est toujours là.

«Qu’est-ce qui reste après un drame comme celui-là, sinon de retrouver ses rêves, de retrouver sa joie de vivre? Ce qu’on a volé à cette famille-là, c’est le futur de leurs enfants», a-t-il rappelé.

Citoyens attristés  

Carpentier et ses filles se sont volatilisés à la suite d’un accident mystérieux sur l’autoroute 20 impliquant le véhicule de l’homme, le 8 juillet en soirée. La vie d’Amélie Lemieux, ex-conjointe du suspect, a basculé complètement trois jours plus tard, lors de la malheureuse découverte, par des policiers et des bénévoles, des corps des fillettes dans un boisé de Saint-Apollinaire.

Cet après-midi, de nombreux amis et collègues ont commencé à défiler devant la famille, à l’intérieur du complexe funéraire pour offrir leurs sympathies aux proches des deux sœurs Carpentier.

Parmi eux, le président du 128e groupe scout de Charny, qui connaissait bien les deux enfants. Atterré, François Samson peine toujours à trouver les mots pour décrire l’horrible drame.

Photo Jean-François Desgagnés

«Le pire, c’est que ce n’est pas fini. On n’a pas de réponses, on ne sait rien. On va de surprise en surprise comme tout le monde», a confié M. Samson, la voix tremblante.

Lui et les membres de ses équipes scouts tentent bien d’expliquer aux enfants le triste destin de Norah et Romy, mais ce n’est pas chose facile. «Les gens n’ont pas de mots. Tout le monde est suivi, les enfants surtout. Ma job est de les protéger et qu’on passe au travers, mais ce n’est pas chose facile», ajoute le responsable qui côtoyait les deux fillettes.

Beaucoup d’enfants ont aussi défilé pour venir rendre hommage aux deux petites. Visiblement, Norah et Romy n’ont pas manqué d’amies au cours de leur trop courte existence.

Photo Jean-François Desgagnés

Photo Stevens LeBlanc

«C’était important de leur rendre hommage une dernière fois», racontait une maman, qui a dû expliquer ce qui était arrivé à Norah, la grande amie de sa plus vieille fille. «C’est difficile à expliquer, de trouver les mots».

«Affreux»  

Un peu plus loin dans la longue file de gens venus soutenir la famille, l’oncle du conjoint actuel d’Amélie Lemieux, la maman des deux petites, avait fait la route de la région de Rimouski pour accompagner la famille.

«Je trouve ça pas mal affreux», confie Clermont Pelletier, qui souhaite que la famille puisse mettre un terme à son cauchemar avec l’éventuelle découverte de Martin Carpentier, toujours au large. «J’espère qu’ils vont le prendre, parce que c’est pas mal triste ce que vit la famille».

Même des gens qui n’avaient aucun lien avec les fillettes tenaient à être présents, pour soutenir cette famille. «Ça nous a tellement ébranlé, ce qui est arrivé. On ne les connaît pas intimement, mais il fallait être ici pour leur souhaiter le meilleur à venir. On voulait être ici pour leur souhaiter bonne chance», soulignait Gilles, un passant.

Avant-midi réservé à la famille  

La famille immédiate des deux fillettes a fait son arrivée au complexe funéraire peu après 8h30. Dans les minutes qui ont suivi, des membres de la famille et des proches ont commencé à faire leur entrée pour aller soutenir la famille dans cette difficile épreuve.

Photo Stevens LeBlanc

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, et le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu sont notamment venus se recueillir avec les proches endeuillés.

«Est-ce qu’on se prépare vraiment à ça? Je vous dirais que consoler l’inconsolable, je ne suis pas certaine que ça se fait vraiment», a souligné Mme Masson. «Je souhaite grandement amener de l’espoir parce que ces gens-là n’ont pas envie d’être là aujourd’hui».

Présence policière  

Évidemment, la traque de Martin Carpentier demeure en toile de fond de cette journée difficile, malgré la douleur de la famille. Comme le père des fillettes n’a toujours pas été retrouvé après une cavale de plus d’une semaine, une présence policière continue s’observera autour du complexe funéraire Claude Marcoux.      

Photo Jean-François Desgagnés

Tôt en matinée, des policiers du Service de police de Lévis ont circulé autour du salon funéraire et des patrouilleurs sont installés tout près pour assurer l’ordre.