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C’est le bon moment pour rééquilibrer votre portefeuille

Daniel Germain | Journal de Montréal

Bourse Mondiale Bleu

Illustration Adobe Stock

Nous sommes embourbés dans l’une des pires récessions de l’histoire, la COVID-19 continue de faire des ravages aux États-Unis, certains pays mettent un holà au « déconfinement » de leur économie, l’Organisation mondiale de la santé ne voit pas le bout de cette pandémie...

Bref, on est loin d’un retour à la normale, et que se passe-t-il ?

La Bourse de Toronto a gagné plus de 40 % depuis qu’elle a touché les bas-fonds, le 23 mars dernier. L’indice S&P/500 de la Bourse américaine aussi, récupérant plus de 85 % des pertes encaissées entre le sommet du 19 février et le creux du printemps.

Comme quoi ce n’est jamais une bonne idée de jeter l’éponge quand les marchés plongent. Ce qui se passe en ce moment laisse tout de même perplexe. Qu’y a-t-il à comprendre ? 

Pour y voir plus clair, j’ai discuté avec Michel Villa, courtier, formateur en investissement et observateur des tendances boursières. Il se passionne pour la finance comportementale, le sujet de son livre qu’il a publié à compte d’auteur l’année dernière (Pile et Face, combiner raison et émotion pour réussir en Bourse). 

Un rebond boursier inégal

Les chiffres témoignant du rebond boursier sont spectaculaires, mais la réalité est plus contrastée. Aux États-Unis, l’indice S&P/500 est alimenté actuellement par les GAFAM : Alphabet (Google), Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. À elles cinq, ces entreprises forment près du quart de l’indice (constitué de 500 sociétés américaines). 

À l’exception de Facebook, elles ont passé le cap du billion de dollars de valeur boursière (mille milliards) et se négocient toutes à des niveaux records. Le reste ? Ça va comme ci, comme ça. 

Les « investisseurs » montrent en ce moment un appétit certain pour les titres dits « de croissance », ceux qui ont le vent dans les voiles. 

C’est un peu comme la saucisse Hygrade : les titres dont le prix monte attirent les acheteurs, qui font grimper à leur tour le cours de l’action, ce qui rameute d’autres acheteurs. Il arrive un point où les valeurs attribuées aux entreprises n’ont plus rien à voir avec leurs résultats financiers et leurs perspectives de croissance. 

C’est comme ça que se forment les bulles.

Si on n’a pas encore atteint ce point, on s’en approche. 

Une nouvelle génération de boursicoteurs

J’ai mis des guillemets à « investisseurs », car une partie de l’activité provient d’une nouvelle cohorte de boursicoteurs qui négocient des actions comme on joue à Candy Crush, à l’aide d’applications de téléphone (Robinhood ou Wealthsimple).

Leurs titres préférés sont ceux des entreprises que j’ai nommées plus haut, auxquels s’ajoute celui de Tesla, dont la valeur défie la gravité plus facilement qu’une fusée SpaceX. 

Pour cette nouvelle génération d’investisseurs, Warren Buffett est un vieux monsieur dépassé. L’approche de Buffett, dite « valeur », consiste à acheter les titres sous-évalués d’entreprises solides, et à les conserver longtemps. 

Elle nécessite du travail et de la patience, deux vertus incompatibles avec l’instantanéité et la facilité qui définissent les plateformes mobiles d’investissement. 

Au Canada, les titres susceptibles de satisfaire les investisseurs en quête d’adrénaline sont plus rares. Dans cette catégorie, Shopify se démarque toutefois. L’entreprise d’Ottawa offre des infrastructures aux commerçants traditionnels qui veulent se lancer en ligne, une niche assurément porteuse qui ne justifie pas pour autant l’explosion de 150 % de la valeur de l’action depuis le début de l’année. 

Pas de solution de rechange

On ne peut attribuer les performances des marchés qu’à l’attrait exercé par certaines grosses sociétés en vogue. 

Au fond, y a-t-il d’autres options pour faire fructifier son argent ? Pas vraiment, les taux d’intérêt sont à pratiquement zéro, ce qui favorise le marché boursier. 

Beaucoup d’investisseurs qui cherchent des revenus se tournent aussi vers les titres d’entreprises qui versent des dividendes, une spécialité de nos banques, ce qui n’a pas nui au rétablissement de la Bourse canadienne en général (aussi aidée par l’or). 

Selon Michel Villa, les investisseurs sont aussi confortés par la conviction que les banques centrales (la Fed américaine, la Banque du Canada, la Banque centrale européenne) seront toujours là pour les sauver, ce qui les maintient dans le marché. 

Que faire ?

Puisque tout semble bien aller en Bourse malgré des perspectives peu rassurantes, que pourrait-il donc se passer quand les nouvelles seront bonnes, à la découverte d’un vaccin ?

Les titres qui vivotent depuis des mois à l’ombre des GAFAM pourraient soudainement retrouver la faveur des investisseurs. Il pourrait s’opérer une sorte de revirement, aux dépens des titres à la mode.

Le moment semble indiqué pour opérer un rééquilibrage du portefeuille, c’est-à-dire vendre une partie de ce qui a gagné de la valeur pour accroître ses positions dans les titres qui ont moins bien fait. 

C’est le genre de ménage qu’il faut faire à l’occasion. 

Avec les mois turbulents qu’on vient de traverser, il s’impose plus que jamais.