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Paradis fiscaux: 381 milliards $ d’actifs à l’abri de l’impôt

Le scandale des Panama Papers ne semble pas avoir refroidi des entreprises canadiennes qui continuent de se tourner vers les paradis fiscaux pour payer moins d’impôt.

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Selon le groupe Canadiens pour une fiscalité équitable, des entreprises d’ici avaient accumulé un montant total record de 381 milliards $ l’an dernier dans les 12 principaux paradis fiscaux de la planète.

Parmi ceux-ci, on compte le Luxembourg (101 milliards $ d’actifs canadiens), les Bermudes (64 milliards $) et la Barbade (50 milliards $).

En se basant sur les plus récents chiffres de Statistique Canada portant sur l’investissement direct à l’étranger (IDE) par des entreprises canadiennes, le groupe conclu dans un rapport publié mercredi que les actifs déclarés par celles-ci dans les 12 plus importants paradis fiscaux ont augmenté de 135 % au cours de la dernière décennie.

Depuis 2018 seulement, on parle de 10 milliards $ de plus à l’abri de l’impôt.

«Ce qui est encore plus troublant, c’est que ce ne sont que les chiffres que les entreprises rapportent, la pointe de l’iceberg. L'ampleur de l'évasion fiscale des sociétés à l'étranger est beaucoup plus profonde», a dit mercredi Toby Sanger, économiste et directeur de Canadiens pour une fiscalité équitable, par communiqué.

«Notre gouvernement fait du bon travail lorsqu'il s'agit de parler afin de lutter contre les paradis fiscaux, mais les chiffres racontent une autre histoire, a-t-il ajouté. Les entreprises canadiennes placent encore des centaines de milliards de dollars - plus que la taille du déficit fédéral - dans des comptes à l'étranger.» 

Les actifs des entreprises canadiennes dans les paradis fiscaux ont grimpé de 634 % depuis 1999, selon le groupe qui milite en faveur de politiques fiscales justes et progressistes.

La moitié de l’investissement étranger concerne les secteurs de la finance, de l’assurance et de la gestion d’entreprises. 

Il ne s’agit pas d’«investissements productifs physiques, mais plutôt d’investissements papier par le biais de sociétés-écrans pour éviter les impôts», a indiqué Canadiens pour une fiscalité équitable.

«Cela se reflète dans le nombre de personnes employées par les multinationales canadiennes dans ces pays par rapport à leurs actifs, poursuit le groupe. Les multinationales canadiennes comptent en moyenne 360 employés pour 1 milliard $ d'actifs dans le monde, mais dans les paradis fiscaux, elles emploient beaucoup moins: aussi peu qu'un ou deux aux Bermudes et aux îles Vierges britanniques.» 

Des pertes de 500 milliards $ dans le monde 

Les gouvernements de la planète perdraient environ 500 milliards $ en revenus de taxes chaque année en raison des paradis fiscaux. 

Le Canada, a lui seul, échapperait chaque année au moins 10 milliards $, et peut-être même jusqu’à 25 milliards $. 

«Les paradis fiscaux volent au public des milliards de revenus tout en aidant les grandes entreprises et les riches à s'enrichir. Le résultat est un écart de richesse grandissant et une concentration croissante des entreprises, ce qui nuit à l'économie et à tous les Canadiens», a dit M. Sanger.