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L’Écurie: pour exporter davantage notre télé

Marie-Josée R. Roy

Photo COURTOISIE, MEDIA RANCH

Le dating a la cote en télévision. La deuxième édition de L’Écurie, l’incubateur de formats télévisuels implanté par la maison de production Média Ranch, en partenariat avec Québecor Contenu, vient de couronner le concept Heartbreak Hotel, de l’auteure et professeure d’art dramatique Isabelle Laperrière.

L’an dernier, la première gagnante de L’Écurie, An Tran, avait elle aussi misé sur une potentielle émission de rencontres amoureuses, Voyage en famille, pour tenter sa chance.

«Il y a clairement une tendance mondiale très forte vers le dating», observe Sophie Ferron, de Média Ranch, instigatrice de L’Écurie.

Québecor Contenu a droit de premier regard pour le développement et la diffusion éventuelle des projets nés au sein de L’Écurie, dont Heartbreak Hotel et Voyage en famille, sans obligation ni délai imposé. Peut-être ces formats verront-ils le jour ici, peut-être pas.

La gagnante de l’an dernier, An Tran, bosse dans le milieu de la finance et son format est déjà assuré de voyager jusqu’en Corée du Sud, mais n’a pas encore eu l’aval pour une mise à feu sur une plateforme de Québecor.

Industrie lucrative

En lançant L’Écurie en 2018, Sophie Ferron espérait dynamiser le développement de formats télévisuels québécois. Spécialisée dans le domaine, la productrice de Vraies histoires de sexe et distributrice de Coup de foudre et Donnez au suivant à l’international estimait que les producteurs d’ici ne maîtrisent pas nécessairement le b.a.-ba de la création de formats.

«Moi, je vois l’argent qu’un format peut faire à l’étranger et à travers le monde, note Sophie Ferron. Je trouvais qu’on ne faisait pas du tout partie de cette industrie-là, qui est évaluée à huit milliards canadiens par année. Et ce n’est pas juste une question d’argent, mais aussi de rayonnement. Je trouvais qu’on n’avait pas l’expertise et la façon de faire, ici. Je voulais mettre le Québec sur la "mappe"!»

Qu’est-ce qui définit un format à la télévision? Il s’agit d’une franchise. Une «recette» qu’on applique dans la création d’une émission, et qui est déclinable et adaptable dans plusieurs cultures.

Le Québec a acquis plusieurs formats au fil des ans. La Voix, avec ses fauteuils rouges pivotants, Le Banquier, avec ses valises, et Star Académie, avec son volet quotidien et son élimination hebdomadaire, sont de bons exemples de rendez-vous télévisés qu’on reconnaîtra au premier coup d’œil, qu’on soit dans un chalet de la Gaspésie ou une chambre d’hôtel en Allemagne, même si on ne comprend pas la langue de l’endroit.

Peu importe le coin de la planète où il sera revisité, le concept comporte des éléments distinctifs qui feront obligatoirement partie de son adaptation.

En fiction, Un gars, une fille, idée née ici de l’imaginaire de Guy A. Lepage et adoptée dans plus de 25 pays, demeure l’exemple le plus significatif de la possibilité de dupliquer une formule à l’infini à l’étranger, même si les codes diffèrent selon qu’on cherche à exporter une série ou un plateau de variétés.

Travail à faire

Puisque le talent peut venir de partout, les portes de L’Écurie sont ouvertes à quiconque veut bien s’y inscrire. Pour ainsi apprendre sur les rouages de la rédaction d’un format, de la vente et de la mise en marché, en étant jumelés à des mentors internationaux, les six à huit candidats retenus s’engagent à être disponibles 25 heures par mois pour leur formation.

«Ils arrivent avec des suggestions super créatives, parce qu’ils n’ont pas d’idées préconçues, spécifie Sophie Ferron. Ils arrivent comme des fans de la télé, et il ne faut jamais perdre ce côté fan. Et ils sortent de là vraiment outillés.»

Révolution figure parmi les exemples récents de canevas qui ont trouvé preneur à l’étranger ; la France, l’Espagne, la Russie, la Chine et la Lituanie ont, ou auront, leur version locale de la compétition de danse et du «moment Révolution». Mais Sophie Ferron estime qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour que le Québec affine ses compétences dans l’élaboration de formats.

«On n’a pas une expertise de formats vraiment reconnue. C’est un tout autre métier. Nous, chez Média Ranch, on n’accepte pas un projet si on ne peut pas l’exporter», décrète la femme d’affaires, dont le père, René Ferron, avait créé Coup de foudre dans les années 1980.