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Quelle retraite peut-on espérer avec 175 000 dollars de REER?

Daniel Germain | Journal de Montréal

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Illustration Adobe Stock

La richesse est une notion relative. Je l’ai constaté une fois encore, à la suite de commentaires suscités par une chronique récente dans laquelle je qualifiais de « pas énorme » un REER de 175 000 $. « Comment ça, “pas énorme” ? » s’est-on étonné.

C’est « énorme » quand nos revenus ne nous permettent pas d’épargner cette somme. En comparaison d’un régime de retraite à prestations déterminées auquel un fonctionnaire municipal aurait cotisé durant 25 ans, toutefois, c’est mince. Ça équivaut à ce qu’a gagné un médecin spécialiste... avant la sortie des premières tulipes.

C’est beaucoup d’argent quand même, mais qu’est-ce que ça représente, comme revenus de retraite, 175 000 $ de REER ? Étonnamment pas beaucoup (encore là, c’est relatif), en tout cas, moins qu’on l’imagine souvent.

Une rente indexée...

Supposons qu’on doive à partir d’aujourd’hui faire durer cette cagnotte 25 ans. Si l’argent génère des rendements nets de 3 %, le REER procurera un revenu annuel de 7850 $, indexé de 2 % par année, soit l’équivalent de 150 $ par semaine. Imposables, faut-il le préciser.

La facture fiscale dépendra de la totalité des revenus de retraite, mais si la balance provient uniquement de la pension de la Sécurité de la vieillesse et de la rente du RRQ, il restera 110 $ par semaine environ.

On est loin du cliché où l’on voit ce couple de jeunes retraités batifoler sur la plage. Tout de même, ça permet de payer l’épicerie et de couvrir une partie des factures jusqu’à l’âge de 90 ans.

Le REER, pas toujours idéal

Dans ce cas où les seuls autres revenus sont ceux de la PSV et du RRQ, le REER peut tout de même être durement pénalisant. Il y a de fortes chances que l’argent retiré du REER coupe l’accès au Supplément du revenu garanti (SRG), un complément à la PSV destiné aux retraités à faibles revenus.

Le montant de cette prestation est déterminé en fonction du revenu du retraité. Grosso modo, il est coupé de 0,50 $ pour chaque 1 $ de revenu déclaré. Le SRG disparaît rapidement, il est réduit à néant pour un célibataire qui déclare 18 600 $ de revenu (2020). Sont exclus de ce montant la PSV elle-même ainsi que 5000 $ de revenu de travail (et une fraction du salaire au-delà de ce seuil), mais pas les retraits du REER.

Imaginons maintenant quelqu’un qui touche 12 500 $ de RRQ par année (c’est la rente de quelqu’un qui aurait gagné l’équivalent de 50 000 $ par année une bonne partie de sa carrière). Pour cette personne, accumuler 175 000 $ en REER exige des sacrifices.

Le revenu qu’elle retire de ce REER (7 850 $) lui enlève 3060 $ en SRG, en plus de l’impôt qui bouffe à peu près le quart de la rente.

La récompense pour l’effort d’avoir épargné dans un REER toute sa vie ne s’élève plus qu’à 2800 $ par année environ, soit 54 piastres par semaine, indexées (wouhou !), jusqu’à 90 ans.

Pas énorme...

Conseils   

-Dans les situations où les retraits du REER amputent les droits au SRG, on peut envisager une stratégie dans laquelle on vide rapidement le REER pour transférer l’argent dans le CELI. Cette stratégie doit être étudiée avec un conseiller.   

-Les gens dont les revenus sont peu élevés et qui sont touchés par un faible taux marginal d’impôt n’ont généralement pas intérêt à contribuer au REER. Il faut favoriser le CELI.