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WE Charity: pas de traitement de faveur, dit Trudeau

Émilie Bergeron | Agence QMI

Le premier ministre Justin Trudeau a martelé que WE Charity n’a pas joui d’un traitement de faveur pour obtenir la gestion du programme de bourses de bénévolat étudiant, jeudi, et ce, même si l’organisation a des liens avec plusieurs membres de sa famille.

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«Je n’étais pas en situation de conflit d’intérêts et je ne suis pas en situation de conflits d’intérêts. Je me suis excusé à cause de la perception, les liens avec ma famille», a-t-il plaidé durant son témoignage historique devant le Comité permanent des finances se penchant sur la controverse sévissant depuis un mois.

Affrontant pendant son témoignage d’une heure et demie le barrage de questions de députés de l’opposition, M. Trudeau a insisté sur le fait qu’il n’avait «absolument rien fait pour influencer» la décision d’attribuer à WE Charity, sans appel d’offres, l’administration du programme de bourses, initialement chiffré à 912 millions $.

Il a fait valoir qu’il avait, bien au contraire, demandé des vérifications supplémentaires au sein de son gouvernement puisqu’il savait que des questions seraient soulevées au niveau éthique.

«Plutôt que d’encourager tout le long [la proposition concernant WE Charity], je l’ai en fait ralentie et repoussée pour tenter d’assurer que tout était fait de la bonne façon», a-t-il soutenu en précisant qu’il n’avait pas été payé lors de ses participations à des événements de l’organisation.

Le premier ministre a en outre ajouté qu’il savait que sa femme, Sophie Grégoire Trudeau, s’était fait rembourser des frais de déplacement par WE Charity, mais a assuré que ce type de dépenses couvertes avait le sceau d’approbation du commissaire à l’éthique.

M. Trudeau a aussi dit qu’il savait que son frère et sa mère avaient collaboré avec WE Charity, mais qu’il n’était pas au courant de l’ampleur de leur travail ni le teneur des rétributions perçues.

Le chef libéral, qui a spécifié ne pas être «ami » avec les frères Kielburger, cofondateurs de l’organisme, a par contre dit qu’il ne savait pas «particulièrement» que son ministre des Finances, Bill Morneau, avait voyagé avec WE Charity. Ce dernier a révélé récemment avoir remboursé environ 41 000 $ en frais de voyages qui avaient d’abord été épongés par WE Charity.

 Comparaissant tout de suite après, la chef de cabinet de M. Trudeau, Katie Telford, a admis qu'Ottawa aurait pu en faire plus pour écarter toute «apparence de favoritisme» envers l'organisation.

Le témoignage de Justin Trudeau était historique puisque les premiers ministres en fonction qui ont témoigné devant des comités parlementaires au Canada se comptent sur les doigts d’une main.

Tout indique que la dernière fois où un premier ministre dans l’embarras a dû s’expliquer remonte à 1932, quand Richard Bedford Bennett a dû témoigner devant un comité spécial après avoir été accusé, entre autres, d’avoir payé à même des fonds publics le voyage de noces de sa sœur.

La comparution la plus récente en date dans ce genre de décorum a eu lieu en 2006, lorsque Stephen Harper a témoigné devant le Comité spécial sur la réforme du Sénat.

 

L’affaire WE Charity a éclaté après que M. Trudeau et son gouvernement eurent annoncé, à la fin juin, que WE Charity gérerait le programme de bourses de bénévolat étudiant. Dans la foulée de la controverse, l’organisation s’est retirée.

Le premier ministre est visé, en marge de cette affaire, par une nouvelle enquête du commissaire à l’éthique et aux conflits d’intérêts, Mario Dion. Conservateurs et bloquistes réclament sa démission, en plus de celle du ministre Morneau.