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La faillite la libère de son endettement chronique

Emmanuelle Gril | Le Journal de Montréal

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Journalière dans une entreprise qui a fermé ses portes à l’été 2019, Sophie n’a pas retrouvé de travail depuis. Son mari qui était salarié au même endroit a également perdu son gagne-pain. La situation d’endettement chronique déjà bien installée s’est aggravée par la pandémie.

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Depuis son licenciement, Sophie, 50 ans, reçoit une prestation d’assurance-emploi mensuelle d’un montant de 1810 $. Or, elle vit légèrement au-dessus de ses moyens et utilise ses cartes de crédit pour s’offrir des voyages, acheter des cadeaux ou faire face aux grosses dépenses, comme les réparations de sa voiture. Au fil du temps, elle a accumulé un solde de plus de 35 000 $.

Sans spécialisation et désireuse d’améliorer son sort, elle a décidé de retourner aux études pour apprendre un métier. Mais la pandémie a frappé, mettant tous ses projets sur la glace. Âgé de 65 ans, ne voyant pas quand ni comment il pourrait retrouver un nouvel emploi, son mari a décidé qu’il prendrait définitivement sa retraite.

La baisse de revenus permanente des deux époux et le poids grandissant des dettes de Sophie rendant leur situation intenable, ils sont allés consulter une firme de syndics autorisés en insolvabilité.

Trop de dettes, pas assez de revenus  

« Les dépenses mensuelles du couple s’élèvent à plus de 4500 $ alors que leurs revenus sont d’environ 4400 $ », explique Alexandra Tremblay, conseillère en redressement financier chez Raymond Chabot, qui s’est occupée de leur dossier. Sophie ne pouvant rembourser davantage que les paiements minimums mensuels de 1200 $ sur ses cartes de crédit, même si elle est à jour dans ses versements, elle ne pourra jamais liquider ses dettes qui continuent de s’accumuler à cause des taux d’intérêt élevés (près de 20 %).

Ses actifs étant insuffisants pour rembourser ses soldes de cartes de crédit, elle est donc insolvable. Pour sa part, son mari est solvable, car il est propriétaire de la maison familiale, mais il ne peut assumer les dettes de sa conjointe.

« La faillite était la meilleure solution pour Sophie, ce qui lui permettra de se débarrasser de ses dettes de cartes de crédit. Puisqu’il s’agit de sa première faillite, elle sera libérée dans neuf mois, et d’ici là elle effectuera des paiements mensuels de 200 $, ce qui respecte ses capacités financières », précise Alexandra Tremblay. 

Sophie pourra conserver ses REER de 12 000 $, car ils sont insaisissables. En effet, seules les cotisations des 12 derniers mois pourraient être saisies, ce qui n’est pas son cas. Grâce à ce nouveau départ, elle aura la tête tranquille pour se concentrer sur ses études à la rentrée d’automne, et au terme de sa formation, elle dénichera un nouvel emploi.

La clé du succès : un budget contrôlé  

Alexandra Tremblay constate que le fait de ne pas avoir préparé un budget exhaustif et de dépenser un peu à l’aveuglette a plongé Sophie dans une situation d’endettement chronique qui est rapidement devenue incontrôlable.

« La clé du succès est de préparer un budget détaillé qui tient compte des dépenses actuelles, mais aussi à venir, et de dégager des sommes pour créer un fonds d’urgence. Non seulement le budget de Sophie et de son conjoint était incomplet et ne tenait pas compte de la réalité, mais ils n’avaient pas non plus mis en œuvre des moyens pour le contrôler », remarque-t-elle. 

En effet, pour se protéger de soi-même et réussir à épargner, il faut absolument ouvrir plusieurs comptes, par exemple un compte bancaire pour les dépenses courantes et un compte épargne dans lequel on verse chaque mois les sommes nécessaires pour constituer un coussin de sécurité et en vue de certains projets (voyages, réparations et rénovations, achat de gros électroménagers, etc.). « N’avoir qu’un seul compte bancaire dans lequel tout notre argent transite est généralement fatal pour notre budget », estime la conseillère.

SA SITUATION FINANCIÈRE   

Actif

REER : valeur de 12 000 $

Dettes

Cartes de crédit : 35 418 $

Revenus mensuels

Assurance-emploi (madame) :1810 $

RRQ (monsieur) : 637 $

Prestation canadienne d’urgence (monsieur) : 2000 $

► Total des revenus : 4447 $

Dépenses mensuelles du couple : 4515 $ (incluant hypothèque, taxes, téléphone, électricité, assurances, épicerie, paiement minimum sur les dettes)