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Alstom/Bombardier: feu vert de l'UE à la création d'un géant ferroviaire

Agence France-Presse

La Commission européenne a autorisé vendredi sous conditions le rachat par Alstom de la branche transports du canadien Bombardier, qui donnera naissance au numéro deux mondial du rail, un an et demi après le mariage avorté du groupe français avec Siemens.

Le nouvel ensemble emploie (avant les cessions concédées pour satisfaire Bruxelles) environ 76 000 salariés pour un chiffre d'affaires de 15,5 milliards d'euros. Il a l'objectif de concurrencer le chinois CRRC, numéro un mondial du secteur.

«Grâce à l'ensemble complet de mesures correctives proposé pour résoudre les problèmes de concurrence dans les secteurs des trains à très grande vitesse, des trains de grande ligne et de la signalisation grandes lignes, l'opération a pu être examinée et autorisée rapidement», s'est félicitée la vice-présidente de l'exécutif européen, Margrethe Vestager, citée dans un communiqué.

Le patron d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, a immédiatement «salué» cette décision. «Un dialogue de confiance a pu se nouer (avec Bruxelles, NDLR). Est-ce que c'est la conséquence des difficultés du précédent dossier (avec Siemens, NDLR) ou pas ? Je n'en sais rien», avait-il affirmé vendredi matin sur France Inter.

C'est «une bonne nouvelle pour l'industrie ferroviaire européenne, qui doit rester à la pointe de l'innovation», a réagi le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, qui avait vertement critiqué le veto de la Commission européenne, gardienne de la concurrence dans l'UE, au rachat d'Alstom par Siemens.

Afin de laisser de la place à ses rivaux, Alstom avait proposé plusieurs engagements à Bruxelles, notamment la cession de ses trains régionaux pour le marché français, Coradia Polyvalent, et de son site de production de Reichshoffen, en Alsace, qui emploie 780 salariés.

«On est écoeurés, abasourdis. (...) C'est dur», a réagi Daniel Dreger, délégué CGT du site, jugeant l'usine «sacrifiée par les financiers».

«C'est Alstom qui va choisir le nouvel acquéreur, qui sera un concurrent régional pour lui. Donc on n'est pas sûrs que la direction veuille prendre le meilleur acquéreur possible, qui soit viable et solide», a-t-il expliqué à l'AFP, rappelant qu'il n'existait pour l'heure aucune garantie pour les emplois.

Position dominante

Le groupe vendra également la plateforme Bombardier Talent 3 --des automoteurs vendus en Allemagne et en Autriche-- ainsi que l'usine de Hennigsdorf, au nord de Berlin, en Allemagne.

Enfin, il cédera la contribution de Bombardier Transport dans Zefiro, la plateforme de trains à grande vitesse développée conjointement avec Hitachi.

«Les cessions seront réalisées en conformité avec tous les processus sociaux en vigueur», a promis Alstom dans un communiqué, rappelant que l'opération serait finalisée au «premier semestre 2021».

Le groupe français avait notifié mi-juin à Bruxelles le projet de rachat de son concurrent Bombardier Transport pour 6 milliards d'euros.

La menace de la concurrence chinoise avait déjà été évoquée pour justifier la reprise d'Alstom par Siemens, une opération bloquée en février 2019 par la Commission.

Bruxelles craignait une position trop dominante en Europe dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse.

Les chevauchements d'activité d'Alstom avec Bombardier étaient, de fait, moins grands qu'avec le groupe allemand.

Basé à Berlin, Bombardier Transport a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 8,3 milliards de dollars américains (7 milliards d'euros), terminant l'année avec un carnet de commandes de 35,8 milliards de dollars (30,1 milliards d'euros).

Cette branche de Bombardier, détenue à 32,5% par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), dispose notamment à Crespin (Nord) de la plus grosse usine ferroviaire de France, avec 2000 employés.

De son côté, Alstom exploite de nombreux sites plus petits. Le constructeur a bouclé son exercice 2019-20 (clos fin mars) avec un chiffre d'affaires en légère progression, à 8,2 milliards d'euros. Son carnet de commandes culmine à 40,9 milliards d'euros.

La crise du coronavirus devrait avoir un impact sur l'exercice en cours, mais le groupe estime disposer d'une trésorerie suffisante pour y faire face.