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Costco fait le plein de pommes à 14 000 kilomètres du Québec

Francis Halin | Le Journal de Montréal

Le producteur de pommes Sylvain Pelletier aimerait que les grandes chaînes offrent plus de pommes et de produits dérivés, comme des gelées, des confits et du beurre à l’érable, « faits 100 % au Québec ».

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Le producteur de pommes Sylvain Pelletier aimerait que les grandes chaînes offrent plus de pommes et de produits dérivés, comme des gelées, des confits et du beurre à l’érable, « faits 100 % au Québec ».

Un producteur de pommes de Rougemont ne digère pas que Costco vende des pommes de Nouvelle-Zélande plutôt que les siennes, alors que les gouvernements ne cessent d’encourager l’achat local.

« On est à une trentaine de kilomètres de la capitale de la pomme. Je trouve ça inconcevable qu’on ne mette pas de l’avant des produits du Québec. Ça ne me rentre pas dans la tête. C’est choquant », soupire Sylvain Pelletier, propriétaire du verger de quinze hectares Les Jardins d’Émilie, à Rougemont, en Montérégie. 

Hier, le pomiculteur québécois en avait long à dire au sortir du Costco de Saint-Bruno-de-Montarville, où des palettes entières de pommes de la Nouvelle-Zélande sont offertes aux clients de la Montérégie, qui produit plus de 55 % des pommes du Québec.  

« Il y a de la McIntosh, Empire, Spartan, Cortland et ils vont chercher une variété de Nouvelle-Zélande de l’autre bout du monde. Costco devrait nous acheter certains volumes. On n’arrête pas de parler des achats locaux présentement, il y a du monde qui dort sur la switch », a martelé le cultivateur. 

Pour Sylvain Pelletier, il faut plus de projets comme celui du propriétaire des Promenades Saint-Bruno, Cadillac Fairview, qui lance un marché en mettant en vedette les plus petits producteurs comme lui.  

Au Verger Trois Pommes, à Rougemont, on avait aussi du mal à saisir pourquoi certains supermarchés se tournent vers des pommes d’un autre continent alors que la province compte les meilleures variétés au monde. 

« Je ne comprends pas que l’on puisse s’approvisionner d’autres pays aussi loin », a exprimé son propriétaire, Benoit Bouthillier, piqué par la question. 

Meilleures marges   

Chez les Producteurs de pommes du Québec (PPQ), on n’a pas voulu lancer la pierre à Costco, en notant qu’à cette période de l’année, il est courant de voir des pommes de Nouvelle-Zélande, d’Afrique du Sud ou d’Australie sur nos étals. 

« Nos emballeurs vont préférer des chaînes “moins escomptes” comme Provigo, IGA ou Metro avant les Maxi, Super C ou Costco, où leur marge est plus petite », a expliqué son DG, Daniel Ruel, en précisant que Costco a l’habitude d’avoir de la McIntosh et de la Spartan du Québec. 

Pour sa part, Sylvain Charlebois, directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, a rappelé que c’est souvent le prix qui va guider les choix des consommateurs. 

« Il faut se poser des questions sur l’empreinte de carbone de ces produits-là qui arrivent de l’autre bout du monde, mais les distributeurs vont toujours vendre des produits que les clients vont acheter », a-t-il souligné.

D’après lui, ces temps-ci, la framboise ou le bleuet ont tendance à voler la vedette, mais le tour de la pomme viendra à l’automne. « Chaque denrée a son moment de gloire. En juillet, ce n’est pas la pomme », a-t-il analysé.

Hier, Le Journal a appelé au hasard des supermarchés IGA, Metro, Super C et Provigo et tous ont dit avoir en magasin plusieurs variétés de pommes d’ici.

Quand Le Journal a demandé à Costco si la bannière accordait une importance aux pommes québécoises, son porte-parole Martin Groleau a vite répondu que oui. 

« Bien sûr, s’est-il empressé de répondre par courriel. Pourriez-vous partager avec nous ces contacts ? Notre groupe d’achat va se faire un plaisir de [les] contacter le plus rapidement possible », a-t-il conclu.