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Brûlée par son BBQ

Antoine Lacroix | Journal de Montréal

Renée Godbout a séjourné à l’Unité des Grands Brûlés du CHUM après avoir été gravement blessée aux jambes lors de l’explosion d’un contenant d’accélérant en faisant du barbecue.

Photo fournie par le CHUM

Renée Godbout a séjourné à l’Unité des Grands Brûlés du CHUM après avoir été gravement blessée aux jambes lors de l’explosion d’un contenant d’accélérant en faisant du barbecue.

Une Montréalaise qui a été gravement brûlée aux jambes et sur 20 % de son corps s’estime très chanceuse de ne pas avoir été défigurée après l’explosion d’un barbecue et veut sensibiliser la population à faire preuve de prudence.

« Ça a été extrêmement douloureux, la pire douleur de ma vie, raconte avec émotion Renée Godbout. Quand c’est arrivé, je me demandais si j’allais survivre à tout ça. »

Brulée BBQ

Photo courtoisie, CHUM

La femme de 64 ans s’en veut beaucoup aujourd’hui d’avoir utilisé un accélérant liquide pour alimenter son barbecue, le 4 juillet dernier, alors qu’elle cuisinait avec son conjoint sur leur voilier, par une belle soirée d’été.

« On s’apprêtait à faire cuire des maquereaux et je ne sais pas trop à quoi j’ai pensé. J’ai mis de l’accélérant, puis déposé la bouteille. J’ai brassé les briquettes et un tison a dû rentrer dedans. Tout m’a explosé dessus », explique Mme Godbout.

La sexagénaire sur le bateau où est survenu l’accident.

Photo courtoisie

La sexagénaire sur le bateau où est survenu l’accident.

Le bas de son corps ainsi qu’une partie du bateau ont ainsi pris feu. Le conjoint de la sexagénaire se trouvait ailleurs sur l’embarcation, et il n’était pas en mesure d’atteindre l’extincteur en raison des flammes.

S’éteindre soi-même

« Il y avait cinq bateaux autour et personne n’est venu nous aider. J’ai failli sauter à l’eau, mais je ne pouvais pas faire ça. Malgré la douleur, je suis descendue dans la cale chercher l’extincteur pour tout éteindre, c’était notre seule chance de s’en sortir. Après, je m’y suis couchée, j’avais si mal », relate la femme.

Après ce qui lui a semblé une « éternité », ils ont finalement pu atteindre la terre ferme pour qu’elle soit transportée en ambulance à l’Unité des grands brûlés du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM).

« J’ai été super bien accueillie et prise en charge. Après, j’ai eu des suivis, parce qu’il fallait voir comment les plaies se développaient, et changer des pansements », souligne Renée Godbout.

Elle a finalement été opérée le 17 juillet dernier. De la peau saine a été greffée sur les régions qui ont été les plus gravement brûlées.

En plus de ses jambes, la dame a aussi été blessée aux mains et à l’aisselle.

On peut voir l’étendue des brûlures.

Photo fournie par le CHUM

On peut voir l’étendue des brûlures.

« Ça a duré six heures. C’était vraiment important comme opération, car sinon mes blessures n’auraient jamais guéri. Et tu vois, les endroits où ma “belle” peau a été prise sont déjà pratiquement guéris. Mais une chance que ça ne m’a pas explosé au visage », se console-t-elle.

Réadaptation

Depuis l’intervention chirurgicale, Renée Godbout a entrepris un processus de réadaptation. Elle a donc été transférée à l’hôpital spécialisé Villa Medica, à Montréal.

« Avec la physiothérapeute, on fait beaucoup d’exercices, surtout pour mes chevilles, qui ont été affectées le plus. Je peux maintenant me déplacer sans marchette », se réjouit-elle.

Elle a hâte de pouvoir retrouver ses capacités d’avant et surtout de recommencer à travailler dans son commerce, la charcuterie La Queue De Cochon, sur le Plateau-Mont-Royal.

« Je veux aussi profiter de l’été. Retourner sur le bateau ne sera pas évident, mais il faut faire face à la vie, affirme Mme Godbout. Mais entre vous et moi, je pense que je vais jeter le barbecue... » 

Hausse de 50 % des cas de brûlures en cuisinant  

Le directeur de l’Unité des Grands Brûlés du CHUM sonne l’alarme devant une importante hausse d’incidents impliquant des barbecues cet été et implore la population de redoubler de précautions.

« Depuis le dernier mois, il y a eu énormément de cas de brûlures à cause d’accidents avec des barbecues, ainsi que de l’huile de cuisson », s’inquiète le Dr Ali Izadpanah.

Ce dernier affirme qu’il y a au moins entre 40 et 50 % plus de cas comparativement à l’année dernière.

Bien que l’été a été marqué par une hausse des accidents avec des barbecues, l’Unité des Grands Brûlés du CHUM fonctionne à plein régime depuis le début de la pandémie de la COVID-19, souligne son directeur.

« Depuis les cinq derniers mois, jamais nous n’avons été aussi occupés. On a deux fois plus de patients », affirme le Dr Izadpanah, qui attribue le phénomène à une forte augmentation du stress parmi la population et le fait que les gens cuisinent beaucoup plus à la maison.

Erreur fréquente

Une « erreur fréquente » que font les amateurs de grillades est d’ajouter de l’accélérant sur des flammes pour les alimenter. C’est à proscrire en tout temps, rappelle le médecin.

« Les gens peuvent mettre l’accélérant et ensuite éloigner le contenant avant d’allumer le tout », précise le Dr Izadpanah.

Les utilisateurs de barbecue devraient aussi s’assurer qu’ils n’en ont pas reçu sur eux. Or, même si une petite surface de peau a été brûlée en raison d’un accélérant ou d’huile de cuisson, une chirurgie est pratiquement toujours nécessaire en raison de la gravité des blessures.

Greffe nécessaire

« Ça peut venir affecter presque toutes les couches de peau, ce qui fait en sorte que ça nécessite une greffe », signale le médecin.

D’autant plus que les mains se retrouvent souvent impliquées dans ce type d’accident et qu’elles demandent des soins plus importants.

« Les mains et le visage sont les endroits les plus difficiles à guérir, puisque ce sont des endroits plus délicats », explique le Dr Izadpanah.

Pour des brûlures avec de l’huile ou un accélérant, ce dernier recommande de ne pas mettre d’eau dessus pour éteindre les flammes, car les gouttelettes pourraient aggraver la situation.

Une couverture est à privilégier.