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Sept questions sans réponse

Daphnée Dion-Viens | Journal de Québec

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, le 13 mai, à l’Assemblée nationale.

Photo Simon Clark

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, le 13 mai, à l’Assemblée nationale.

La rentrée scolaire approche à grands pas, mais les questions sans réponse demeurent nombreuses et l’incertitude alimente les inquiétudes de parents et membres du personnel scolaire. Depuis le début de la semaine, Le Journal a tenté sans succès d’obtenir des réponses auprès du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui a refusé nos demandes d’entrevues. Voici un survol de questions auxquelles le ministre devra répondre lorsqu’il présentera la nouvelle version de son plan de retour en classe, en début de semaine prochaine. 

1. Est-ce que le port du masque sera obligatoire pour les élèves du secondaire et si oui, dans quelles circonstances?

Le plan dévoilé en juin ne prévoit pas de port du masque chez les élèves. Or depuis la mi-juillet, le couvre-visage est dorénavant obligatoire dans les lieux publics fermés pour les personnes de 12 ans et plus. Québec reconnaît qu’il y a ici une «incohérence» et pourrait corriger le tir. Si le port du masque devient obligatoire pour les élèves du secondaire, est-ce que le couvre-visage devra être porté lors des déplacements dans les espaces communs, mais aussi dans les classes, comme ce sera le cas en Ontario?  

Des directions d’école estiment que le port du couvre-visage à la cafétéria ou dans les couloirs des écoles secondaires faciliterait grandement la logistique scolaire, puisque les élèves pourraient alors se côtoyer de plus près. «Dans les déplacements, ce serait l’idéal d’avoir le masque», affirme Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE). 

Reste aussi à voir si les «bulles» de 4 à 6 élèves à l’intérieur des classes, prévues dans le plan gouvernemental, seront maintenues au secondaire si le port du masque devenait obligatoire en classe. Il faudra aussi déterminer qui devra fournir ces couvre-visages. Seront-ils ajoutés à la liste de matériel scolaire? On sait déjà que le masque sera obligatoire pour monter à bord des autobus scolaires. 

2. Comment gérer les «bulles» entre les élèves?

Le plan gouvernemental prévoit que les élèves devront se tenir à un mètre de distance les uns des autres, à l’exception des 4 à 6 élèves qui se retrouveront dans la même bulle, où aucune distance physique ne sera exigée. La question préoccupe les enseignants, notamment au secondaire.  

Faudra-t-il que les élèves soient regroupés avec les camarades de classe de leur bulle du matin au soir, y compris pendant les pauses et la période du dîner? Comment gérer l’heure du dîner à la cafétéria ou l’accès aux casiers? Et que faire lorsqu’un ado voudra aller voir ses amis le midi? «Ce sont les profs qui vont avoir à gérer ça», lance Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement. 

«L’école, ça va bien au-delà d’une bulle dans une classe. Ce n’est pas vrai qu’on va jouer à la police tout le temps», ajoute de son côté Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement. 

Ce printemps, le taux de fréquentation des écoles primaires qui ont rouvert leurs portes à l’extérieur de la grande région de Montréal se situait généralement entre 40% et 60%, ce qui facilitait la distanciation physique entre les élèves dans les espaces communs. 

Cet automne, tous les élèves devront obligatoirement être présents en classe. 

3. Fréquentation obligatoire : comment décider quel élève pourra être exempté?

Seuls les élèves ayant un problème médical particulier seront exemptés de la présence à l’école, a annoncé Québec en juin. Plusieurs questions demeurent toutefois en suspens concernant les balises qui permettront d’obtenir ces exemptions. Est-ce qu’un enfant qui souffre d’asthme sera automatiquement exempté? Quels services à distance lui seront alors offerts? 

Par ailleurs, des parents qui sont eux-mêmes à risque voudraient pouvoir garder leur enfant à la maison tout en bénéficiant d’un encadrement à distance fourni par l’école. Or ils devront assurer eux-mêmes le suivi académique de leur enfant s’ils le gardent à la maison comme n’importe quel parent qui déciderait d’opter pour l’école à domicile. 

La Fédération des comités de parents du Québec réclame davantage de souplesse à ce chapitre. «Il devrait y avoir une ouverture et de la flexibilité pour ces parents-là», affirme son président, Kévin Roy. 

4. Quelles mesures pour rattraper le retard scolaire?

Plusieurs questions demeurent entourant les mesures qui seront mises en place pour aider les élèves à rattraper le retard scolaire, alors que des milliers de jeunes n’ont pas mis les pieds à l’école depuis la mi-mars.  

À la Fédération des syndicats de l’enseignement, on affirme que la situation varie d’une école à l’autre. «Il y a des écoles qui se sont déjà organisées, mais il y en a d’autres où on a aucune idée où on s’en va», affirme Josée Scalabrini.  

Or les besoins, déjà immenses avant la pandémie, seront plus grands que jamais, souligne Bianca Nugent, président de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec. «Les élèves qui étaient à risque vont se retrouver en difficulté. Qu’est-ce que le ministère prévoit pour ces élèves? On s’attend à des mesures exceptionnelles pour un contexte exceptionnel», affirme-t-elle. 

La Coalition aimerait que Québec mette sur pied un programme permettant aux parents de se faire rembourser des services d’aide au privé pour leurs enfants, puisque les écoles ne pourront pas répondre à tous les besoins, indique Mme Nugent, qui presse Québec d’agir rapidement à ce chapitre.     

5. Quels services seront offerts à distance en cas d’isolement d’élèves ou de fermetures d’écoles?

C’est «la grande question» qui préoccupe le plus les familles, affirme Kévin Roy, de la Fédération des comités de parents du Québec. Il est fort probable que des élèves devront être retirés de l’école cet automne parce qu’ils auront contracté la COVID-19 ou parce qu’ils auront été en contact avec un proche qui sera déclaré positif. Des classes ou des écoles complètes pourraient à nouveau devoir fermer en cas de deuxième vague.  

Or il faudra offrir mieux aux familles que ce qu’elles ont connu ce printemps, ajoute M. Roy. Selon un sondage réalisé par la Fédération ce printemps, 63% des parents ont indiqué qu’ils n’avaient pu offrir qu’un encadrement scolaire limité à leurs enfants pendant le confinement.  

«Qu’est-ce qu’on va mettre en place pour soutenir les familles? Est-ce qu’il y aura des cours à distance, des classes virtuelles? Chaque parent devrait savoir à quoi s’en tenir si ça arrive. Il faut qu’il y ait des lignes directrices claires», affirme-t-il. 

Québec a demandé aux centres de services scolaires d’élaborer d’ici la mi-septembre un plan d’urgence en cas de reconfinement. 

6. Où trouver les profs suppléants?

Les élèves et les membres du personnel qui présentent au moins un symptôme de COVID-19 devront être immédiatement retirés de l’école, le temps que les symptômes disparaissent (toux, fièvre, mal de gorge, diarrhée, vomissement, etc.). Il ne sera donc plus question pour un prof qui a un léger rhume de se présenter en classe. Alors que la pénurie était bien réelle dans les rangs des enseignants avant la pandémie, où trouver les suppléants pour les remplacer cet automne?  

Voilà une autre question qui risque de causer bien des maux de tête aux directions d’école. «C’est très préoccupant», lance Carl Ouellet, de l’AQPDE, qui estime que les protocoles doivent être plus détaillés concernant le retrait des élèves et des membres du personnel en cas de symptômes. 

7. Doit-on reporter la rentrée après la fête du Travail pour mieux s’y préparer?

C’est du moins la suggestion que fait la Fédération des syndicats de l’enseignement. «Est-ce qu’on peut prendre le temps de se parler pour partir l’année du bon pied? On est dans une situation exceptionnelle, est-ce qu’on peut la vivre de façon exceptionnelle?», lance sa présidente, Josée Scalabrini. 

Les mesures de rattrapage, la mise en place des mesures sanitaires, l’accompagnement à distance des élèves qui devront être retirés de l’école doivent être mieux planifiés et les écoles ont besoin de temps pour bien faire les choses, selon la FSE. 

«Ce n’est peut-être pas une bonne idée d’avoir tout le monde dans nos écoles avant la fête du Travail» qui se déroule cette année le 7 septembre, ajoute Mme Scalabrini. 

Au cabinet du ministre de l’Éducation, on nous a transmis mardi exactement la même réponse écrite fournie lundi, à la suite de nos demandes d’éclaircissements. Les «discussions se poursuivent» entre le ministère et la santé publique. «Nous sommes confiants que tout sera en place afin d’accueillir les élèves et le personnel de manière sécuritaire», a réitéré son attaché de presse, Francis Bouchard.